Business
business #
1. DÉFINITION REÇUE #
Anglicisme désignant l’activité commerciale, qu’on emploie pour faire moderne, et qu’on a fini par accoler à tout — du business model au business plan en passant par le business développement.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « It’s business. »
- « Just business. »
- « C’est mon business. »
- « C’est un bon business. »
- « C’est un business plan solide. »
- « It’s the business model qui change. »
- « Faire du business, c’est concret. »
- « C’est du business as usual. »
- « C’est du business model creative. »
- « It’s not personal, it’s business. »
- « Le business, c’est universel. »
- « Le business avant tout. »
- « C’est devenu un business. »
- « Le business de la gentrification. »
- « Le business du bien-être. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Le costume sombre. La poignée de main. Le contrat sur le bureau. La carte de visite. La salle de conférence. Le PowerPoint. La courbe en hausse. L’avion business class. La startup avec table de ping-pong. Le pitch deck. Le « business angel ». Tony Soprano qui dit « it’s business ».
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Business / commerce / affaires. Anglicisme / français. Business / éthique. Business / passion. B2B / B2C. Business angel / banque. Big business / petit. Local / global. Business / non-business.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Le business, c’est le business. »
- « Mais avec éthique. »
- « Sans business, pas d’économie. »
- « Le business avant tout. »
- « Faut avoir le sens des affaires. »
- « Le business est devenu une religion. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Le business est moins une activité qu’une posture. » « On dit business pour ne pas dire commerce. » « Tout business model contient sa propre éthique implicite. » « Le business est l’autre nom de la pensée managériale moderne. » « Le “it’s just business” est l’autre nom de la dispense morale. » Convient à un livre Stock sur le management, à un keynote inspirant.
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « bon pour le business », « mauvais pour le business », argument décisif.
- Entreprises : « business plan », « business model », « business case », vocabulaire saturé.
- Politiques : « pro-business », « anti-business », étiquettes politiques.
- Intellectuels : Boltanski/Chiapello sur le management ; Foucault sur la gouvernementalité.
- Consultants : « business strategy », « business transformation », « business of X ».
- Réseaux sociaux : « business mindset », « hustle hard », threads d’auto-promotion.
- Publicité : « pour les pros du business », école de commerce, banque pro.
- Conversations ordinaires : « c’est pas perso, c’est du business », formule défensive.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Le business est noble et vil. Honnête et louche. Universel et anglo-saxon. Pour les autres et pour soi. C’est le commerce et tout sauf le commerce. C’est concret et c’est jargon. Pro-business / anti-business : les deux sont identitaires.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que la généralisation du mot « business » dans toutes les langues n’est pas neutre : c’est un effet de la mondialisation anglophone, qui transporte avec lui une vision particulière (anglo-saxonne, financière) de l’activité économique. Que la formule « it’s business, not personal » est un dispositif moral pour désamorcer la responsabilité.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« “It’s business, not personal” : Tony Soprano disait ça avant de tuer quelqu’un. C’est révélateur. Boltanski et Chiapello, dans Le nouvel esprit du capitalisme, ont montré comment la rhétorique business a colonisé tous les champs — école, art, santé. C’est ce que Foucault appelait la gouvernementalité : un mode de pensée qui fait du calcul économique l’horizon de toute action. Le mot “business” est l’arme principale de cette colonisation. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Business : anglicisme qui sert à donner à un commerce ordinaire l’apparence d’une stratégie, et à une stratégie l’apparence d’une morale.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
It’s business — c’est ce qu’on dit pour dispenser de toute conscience ce qui devrait en avoir une.