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Traduction

traduction #

1. DÉFINITION REÇUE #

Action de transposer un texte d’une langue à une autre, qu’on convoque pour parler littérature (« perdu dans la traduction »), trahisontraduttore, traditore »), interprétation (« traduction libre »), et numérique (« traduction automatique »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est la traduction. »
  • « C’est une bonne traduction. »
  • « C’est devenu une traduction libre. »
  • « C’est l’éternelle traduction. »
  • « C’est traduttore, traditore. »
  • « C’est perdu dans la traduction. »
  • « C’est une traduction littérale. »
  • « C’est traduire l’intraduisible. »
  • « C’est une traduction approximative. »
  • « C’est sans traduction. »
  • « C’est Google Translate. »
  • « C’est une traduction fidèle. »
  • « C’est dans la traduction qu’on est. »
  • « C’est l’âme du passage. »
  • « C’est une traduction inspirée. »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

« Traduttore, traditore » (italien : traducteur traître, formule de Niccolò Franco ~1539). Lost in Translation (Sofia Coppola, 2003). La Septante (Septuaginta, traduction grecque de l’Ancien Testament hébreu, ~250 av. J.-C., Alexandrie). Saint Jérôme et la Vulgate (Bible latine, 382-405). Luther et la Bible allemande (1522 Nouveau Testament, 1534 complète). L’épreuve de l’étranger (Antoine Berman, 1984). La tâche du traducteur (Walter Benjamin, Die Aufgabe des Übersetzers, 1923, préface à Tableaux parisiens de Baudelaire). Google Translate (lancé 28 avril 2006 ; traduction neuronale depuis novembre 2016). ChatGPT et l’explosion des traductions IA (depuis 2022). Le « prix Booker International » de la traduction (depuis 2005).

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Traduction / original. Traduction / interprétation. Littérale / libre. Fidèle / belle. Humaine / automatique. Source / cible. Possible / impossible.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « Faut bien traduire. »
  • « C’est une bonne traduction. »
  • « C’est l’éternelle traduction. »
  • « C’est l’âme du passage. »
  • « C’est traduttore, traditore. »
  • « C’est une traduction inspirée. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« La traduction est moins une transposition qu’un consentement à se laisser trahir. » « Toute société se mesure aux traductions qu’elle accepte. » « La traduction est l’autre nom de la fidélité impossible. » « Sans traduction, pas d’étranger ; sans étranger, plus de traduction. » « La traduction littérale est l’envers de la traduction libre. » Convient à un livre d’Antoine Berman (L’épreuve de l’étranger, 1984), à un essai de Walter Benjamin (La tâche du traducteur, 1923), à un texte de George Steiner (Après Babel, 1975).

7. CLICHÉS PAR MILIEU #

  • Médias : « traduit en 50 langues », mesure de succès ; « perdu dans la traduction », formule.
  • Entreprises : localization (l10n), internationalization (i18n), jargon ; DeepL Pro concurrent de Google Translate.
  • Politiques : traduction simultanée aux institutions européennes (24 langues officielles, ~2400 interprètes/traducteurs UE).
  • Intellectuels : Walter Benjamin (La tâche du traducteur, Die Aufgabe des Übersetzers, 1923) ; Antoine Berman (L’épreuve de l’étranger, 1984 ; La traduction et la lettre, 1985) ; George Steiner (Après Babel, After Babel, 1975) ; Henri Meschonnic (Poétique du traduire, 1999) ; Umberto Eco (Dire presque la même chose. Expériences de traduction, 2003).
  • Consultants : l10n, transcreation, jargon marketing international.
  • Réseaux sociaux : Google Translate fails viralisés ; AI translation (ChatGPT, DeepL).
  • Publicité : DeepL Pro, Google Translate Business ; marché traduction mondial ~60 milliards USD.
  • Conversations ordinaires : « en traduction française, c’est moins bon », opinion ; « Google Translate suffit, performance d’aisance.

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

La formule « traduttore, traditore » (« traducteur, traître ») est italienne, attribuée à Niccolò Franco (Pistole vulgari, ~1539) — paronomase intraduisible précisément (en français, le jeu sonore se perd). Walter Benjamin, dans « La tâche du traducteur » (Die Aufgabe des Übersetzers, 1923, préface à sa traduction des Tableaux parisiens de Baudelaire), a posé : la traduction n’est pas reproduction d’un sens mais geste qui révèle la « langue pure » (reine Sprache) à travers les langues. Antoine Berman, dans L’épreuve de l’étranger (1984), a fondé la traductologie française moderne — la traduction comme « épreuve de l’étranger » qui transforme la langue d’arrivée. George Steiner (Après Babel, 1975) a posé toute communication (même intra-linguistique) comme traduction. Google Translate (lancé 28 avril 2006) a migré vers la traduction neuronale en novembre 2016 — qualité spectaculairement améliorée. DeepL (lancé 28 août 2017 à Cologne, Allemagne) reste référence qualité. Les IA génératives (ChatGPT depuis 2022, Claude depuis 2023) ont transformé la traduction professionnelle (~80% des traducteurs utilisent l’IA en post-édition, étude SFT 2024).

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’a posé Walter Benjamin dans La tâche du traducteur (1923), la traduction n’est pas reproduction servile d’un texte source dans une autre langue — elle révèle la « langue pure » (reine Sprache) que ni l’original ni la traduction ne possèdent seuls. Et que comme l’a démontré George Steiner dans Après Babel (1975), toute communication (même entre deux locuteurs de la même langue, entre deux générations, entre deux idéologies) est traduction — la traduction interlinguistique n’est qu’un cas particulier visible de la condition langagière fondamentale.

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« Walter Benjamin (1892-1940), dans “La tâche du traducteur” (Die Aufgabe des Übersetzers, 1923, préface à sa traduction allemande des Tableaux parisiens de Charles Baudelaire), a posé la traduction comme révélation de la reine Sprache (langue pure) — visée messianique de l’unité brisée des langues post-Babel. Antoine Berman (1942-1991), dans L’épreuve de l’étranger. Culture et traduction dans l’Allemagne romantique (1984) et La traduction et la lettre, ou L’auberge du lointain (1985), a fondé la traductologie française — critique des “tendances déformantes” (rationalisation, clarification, allongement, ennoblissement, etc.). George Steiner (1929-2020), dans Après Babel. Une poétique du dire et de la traduction (After Babel. Aspects of Language and Translation, 1975), a posé “compréhension est traduction” — quatre temps de la traduction : élan, agression, incorporation, restitution. Henri Meschonnic (1932-2009), dans Poétique du traduire (1999), a fondé une théorie du rythme en traduction. Umberto Eco, dans Dire presque la même chose. Expériences de traduction (Dire quasi la stessa cosa. Esperienze di traduzione, 2003), a écrit la traductologie pratique. Google Translate a été lancé le 28 avril 2006 (méthode statistique) puis a migré vers le neural machine translation le 15 novembre 2016 (Google Brain). DeepL (fondé par Jaroslaw Kutylowski, Cologne) a lancé son service le 28 août 2017. La formule “traduttore, traditore” remonte à Niccolò Franco (Pistole vulgari, ~1539). »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Traduction : transposition d’un texte qu’on déclare « fidèle » d’autant plus volontiers qu’on n’a pas pris la peine de lire l’original.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

Traduttore, traditore — c’est ce qu’on cite pour montrer qu’on a lu Benjamin sans lui avoir consacré plus de cinq minutes.

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