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Problème

problème #

1. DÉFINITION REÇUE #

Question difficile à résoudre, qu’on convoque pour parler vie quotidienne (« il y a un problème »), mathématiques (« résoudre un problème »), politique (« le problème des banlieues »), et philosophie (« la condition humaine est un problème »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est le problème. »
  • « C’est un vrai problème. »
  • « C’est devenu un sacré problème. »
  • « C’est l’éternel problème. »
  • « C’est un problème de société. »
  • « C’est y a pas de problème. »
  • « C’est un problème de fond. »
  • « C’est résoudre le problème. »
  • « C’est poser le problème. »
  • « C’est le problème, c’est que… »
  • « C’est sans problème. »
  • « C’est un faux problème. »
  • « C’est dans le problème qu’on est. »
  • « C’est l’âme de la complexité. »
  • « C’est tous les problèmes. »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

Le « problème de mathématiques » (devoirs d’école). Les « problèmes de société » (chômage, immigration, insécurité, etc.). La « problématique » (vocabulaire d’étudiant). Houston, we have a problem (Apollo 13, 1970). « Pas de problème ! » (« no worries »). Le « problème, c’est que… » (formule d’entrée). Le « problème à plusieurs solutions ». Le « faux problème ». Problèmes d’Aristote. Le « problème de Dieu », le « problème du mal » (théodicée, Leibniz 1710). Les « problèmes du Millénaire » mathématiques (Institut Clay, $1M par problème résolu).

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Problème / solution. Vrai / faux problème. Théorique / pratique. Local / global. Personnel / collectif. Posé / non-posé. Soluble / insoluble.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « Faut résoudre le problème. »
  • « C’est un vrai problème. »
  • « C’est l’éternel problème. »
  • « C’est l’âme de la complexité. »
  • « C’est un problème de fond. »
  • « C’est y a pas de problème. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« Le problème est moins une difficulté qu’un consentement à se laisser questionner. » « Toute société se mesure aux problèmes qu’elle pose. » « Le problème est l’autre nom de la question travaillée. » « Sans problème, pas de pensée ; sans pensée, plus de problème. » « Le vrai problème est l’envers du faux problème. » Convient à un livre de Gilles Deleuze (Différence et répétition, 1968, sur la « problématique »), à un essai de Karl Popper (La quête inachevée, 1976), à un texte de Henri Bergson (La pensée et le mouvant, 1934).

7. CLICheS PAR MILIEU #

  • Médias : « gros problème », « problème de société », rituels.
  • Entreprises : « problem solving », « pain points », « issues », jargon central.
  • Politiques : « problème de société », « vrai problème », rhétorique.
  • Intellectuels : Gilles Deleuze (Différence et répétition, 1968) ; Karl Popper (La quête inachevée, 1976, le savoir avance par problèmes) ; Henri Bergson (La pensée et le mouvant, 1934) ; Thomas Kuhn (La structure des révolutions scientifiques, 1962, paradigmes et énigmes/problèmes).
  • Consultants : « pain points », « problem statement », « solutioning », jargon massif.
  • Réseaux sociaux : « problem ? » (interpellation) ; « no problem » massive.
  • Publicité : « solutions à vos problèmes », rituel.
  • Conversations ordinaires : « y a pas de problème », omniprésent ; « j’ai un problème », plainte.

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

Le « problème » est concept multi-usage : difficulté quotidienne, exercice scolaire, question philosophique. Gilles Deleuze, dans Différence et répétition (1968), pose l’« Idée » comme problème ou « problématique » — la pensée est essentiellement créative de problèmes. Henri Bergson, dans La pensée et le mouvant (1934), pose que « la vérité c’est qu’en philosophie […] le grand effort est de découvrir le problème ». Karl Popper, dans La quête inachevée (1976), pose que la science progresse par problèmes, pas par observations. L’expression « Houston, we have a problem » est citation populaire (Apollo 13, 14 avril 1970, en réalité : « Houston, we’ve had a problem »).

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’a démontré Gilles Deleuze dans Différence et répétition (1968), un problème n’est pas un obstacle à dépasser pour atteindre la solution — c’est la matrice même qui rend les solutions pensables. La solution est déterminée par la manière dont le problème est posé. Et que comme l’a posé Henri Bergson dans La pensée et le mouvant (1934), la véritable difficulté philosophique est de poser les bons problèmes : « un problème bien posé est presque résolu ».

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« Gilles Deleuze, dans Différence et répétition (1968), a posé l‘“Idée” comme problème : la pensée n’est pas reproductive (relation au vrai) mais productive (création de problèmes). Henri Bergson, dans La pensée et le mouvant (recueil, 1934), pose : “la vérité c’est qu’en philosophie […] le grand effort, le seul efficace, est de découvrir le problème et par conséquent de le poser”. Karl Popper, dans La quête inachevée (Unended Quest, 1976), pose que la science progresse par problèmes (P1 → TT [théorie tentative] → EE [élimination d’erreur] → P2). Thomas Kuhn, dans La structure des révolutions scientifiques (1962), distingue science normale (résolution d’énigmes) et révolutions (changements de paradigme). Les sept problèmes du Millénaire ($1M par résolution, Institut Clay 2000) comprennent l’hypothèse de Riemann et l’équation P=NP. »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Problème : question difficile à résoudre qu’on déclare « de société » d’autant plus volontiers qu’on ne propose aucune solution.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

Y a pas de problème — c’est ce qu’on dit en début de phrase pour annoncer qu’il y en a un.

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