Index Lettre M

Mystère

mystère #

1. DÉFINITION REÇUE #

Ce qui reste inexpliqué ou caché, qu’on convoque pour parler religion (« les mystères de la foi »), enquête (« le mystère de l’affaire »), nature (« les mystères de l’univers »), et séduction (« garder son mystère »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est le mystère. »
  • « C’est un mystère. »
  • « C’est devenu un mystère insondable. »
  • « C’est l’éternel mystère. »
  • « C’est garder son mystère. »
  • « C’est élucider le mystère. »
  • « C’est les mystères de Paris. »
  • « C’est le mystère de la foi. »
  • « C’est le mystère de l’existence. »
  • « C’est entouré de mystère. »
  • « C’est ça reste un mystère. »
  • « C’est le mystère plane. »
  • « C’est dans le mystère qu’on est. »
  • « C’est l’âme de l’inexplicable. »
  • « C’est en grand mystère. »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

Le brouillard mystérieux. La pièce sombre à explorer. Le « Mystère de la chambre jaune » de Gaston Leroux (1907). Les « Mystères de Paris » d’Eugène Sue (1843). Les « mystères » médiévaux (théâtre religieux). Le « mystère de la foi » catholique (Trinité, Incarnation, Eucharistie). Le « mystère scientifique » (matière noire, conscience). Le « mystery shopper » du marketing. Le « cold case » sans solution. Le « keep some mystery » des magazines féminins.

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Mystère / vérité. Mystère / explication. Religieux / profane. Cultivé / dévoilé. Élucidable / insondable. Personnel / cosmique. Charmant / inquiétant.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « C’est un mystère. »
  • « Faut garder son mystère. »
  • « C’est l’éternel mystère. »
  • « C’est l’âme de l’inexplicable. »
  • « C’est élucider le mystère. »
  • « C’est entouré de mystère. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« Le mystère est moins une énigme qu’un consentement à ne pas savoir. » « Toute société se mesure aux mystères qu’elle préserve. » « Le mystère est l’autre nom du sacré moderne. » « Sans mystère, pas de quête ; sans quête, plus de mystère. » « Le mystère religieux est l’envers du mystère scientifique. » Convient à un livre de Rudolf Otto (Le sacré), à un essai de Vladimir Jankélévitch (Le je-ne-sais-quoi et le presque-rien), à un texte de Gabriel Marcel (Le mystère de l’être).

7. CLICheS PAR MILIEU #

  • Médias : « le mystère de l’affaire », « élucider le mystère », rituels.
  • Entreprises : « mystery shopper », « surprise marketing ».
  • Politiques : « le mystère de… », accusation ; « les mystères du pouvoir ».
  • Intellectuels : Rudolf Otto (Le sacré, 1917) ; Vladimir Jankélévitch (Le je-ne-sais-quoi et le presque-rien, 1957) ; Gabriel Marcel (Le mystère de l’être, 1951) ; David Hume sur les miracles.
  • Consultants : « mystery shopper », « anonymous testing ».
  • Réseaux sociaux : « mystère » comme marketing ; faits divers viraux non résolus.
  • Publicité : « le mystère du chocolat », « secret de fabrication ».
  • Conversations ordinaires : « ça reste un mystère », clôture ; « garder son mystère », séduction.

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

Le « mystère » est valorisé (séduction, religion) et combattu (enquête, science). « Garder son mystère » est cliché de séduction qui essentialise paradoxalement le « mystère féminin ». Les « mystères » religieux catholiques (Trinité, Incarnation, Eucharistie) sont conceptuellement précis — distincts d’un simple « inexplicable ». Le « mystère scientifique » (matière noire, conscience, origine de la vie) reste vrai sujet de recherche. Les « cold cases » non résolus (~30% des homicides en France) sont sujet médiatique.

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’a posé Rudolf Otto dans Das Heilige (1917, Le sacré), le « mystère » religieux est l’expérience du mysterium tremendum et fascinans (mystère qui fait à la fois trembler et fascine) — pas un simple inexpliqué. Et que comme l’a distingué Gabriel Marcel dans Le mystère de l’être (1951), le « mystère » s’oppose au « problème » : le problème est devant moi (résoluble par méthode), le mystère m’enveloppe (je suis dedans).

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« Rudolf Otto, théologien protestant allemand, dans Das Heilige (1917, Le sacré), a forgé le concept de “mysterium tremendum et fascinans” — le mystère religieux est expérience qui fait à la fois trembler et fascine, pas un simple inexpliqué. Gabriel Marcel, philosophe chrétien, dans Le mystère de l’être (1951), a distingué problème (devant moi, résoluble) et mystère (qui m’enveloppe, dont je suis partie). Vladimir Jankélévitch, dans Le je-ne-sais-quoi et le presque-rien (1957), a fait du “presque-rien” l’objet philosophique majeur. David Hume, dans son essai On Miracles (1748), avait posé l’argument sceptique contre le mystère comme miracle. »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Mystère : ce qui reste inexpliqué qu’on déclare « insondable » d’autant plus volontiers qu’on n’a pas envie d’enquêter.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

Garder son mystère — c’est ce qu’on dit pour transformer le silence en stratégie.

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