Source
source #
1. DÉFINITION REÇUE #
Origine d’un cours d’eau ou d’une information, qu’on convoque pour parler médias (« source fiable »), histoire (« sources primaires »), philosophie (« retour aux sources »), et journalisme (« protection des sources »).
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est la source. »
- « C’est une source fiable. »
- « C’est devenu une source d’inspiration. »
- « C’est l’éternelle source. »
- « C’est selon nos sources. »
- « C’est aux sources de… »
- « C’est de bonne source. »
- « C’est un retour aux sources. »
- « C’est citer ses sources. »
- « C’est sans source. »
- « C’est la source du problème. »
- « C’est une source d’information. »
- « C’est dans la source qu’on est. »
- « C’est l’âme de l’origine. »
- « C’est une source intarissable. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Les « sources du Nil » (Speke 1858 ; Burton ; explorations XIXe). La « source de la Loire » (Mont Gerbier-de-Jonc). « Manger à toutes les râteliers » (formule familière). Le « retour aux sources » (cliché). « Selon nos sources… » (formule journalistique). La « source primaire » vs « secondaire » (Langlois et Seignobos, Introduction aux études historiques, 1898). La « protection des sources » du journaliste (loi Dati du 4 janvier 2010). « Source ouverte » (open source, depuis 1998, Eric Raymond). WikiLeaks et la source anonyme. Edward Snowden (juin 2013). Les Sources du Mékong (titre récurrent de récits de voyage).
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Source / fleuve. Source / dérivé. Primaire / secondaire. Fiable / douteuse. Anonyme / nommée. Officielle / officieuse. Ouverte / fermée.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut citer ses sources. »
- « C’est une source fiable. »
- « C’est l’éternelle source. »
- « C’est l’âme de l’origine. »
- « C’est de bonne source. »
- « C’est un retour aux sources. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« La source est moins une origine qu’un consentement à se laisser remonter. » « Toute société se mesure aux sources qu’elle protège. » « La source est l’autre nom du commencement traçable. » « Sans source, pas de fleuve ; sans fleuve, plus de source. » « La source primaire est l’envers de la source secondaire. » Convient à un livre de Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos (Introduction aux études historiques, 1898), à un essai de Bachelard (L’eau et les rêves, 1942), à un texte d’Heidegger sur la Quelle (source de la pensée).
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « selon nos sources », formule passe-partout ; « source fiable » vs « fake news ».
- Entreprises : « open source », « source code », jargon ; source of truth (data).
- Politiques : « source du conflit », rhétorique d’analyse ; « source à proximité de l’Élysée » (formule).
- Intellectuels : Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos (Introduction aux études historiques, 1898) ; Gaston Bachelard (L’eau et les rêves, 1942) ; Eric Raymond (La cathédrale et le bazar, 1999, open source) ; Marc Bloch (Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien, 1949) sur la critique des sources.
- Consultants : « single source of truth », « data source », jargon massif (data management).
- Réseaux sociaux : « source ? », demande méfiante post-fake news ; fact-checkers.
- Publicité : « eau de source » (Évian, Vittel) ; source naturelle (cosmétiques).
- Conversations ordinaires : « j’ai eu l’info de bonne source », confidence ; « tu as une source ? », demande de vérification.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, dans Introduction aux études historiques (1898), ont fondé la méthode critique des sources historiques française — distinction sources primaires (directement issues de l’époque) et secondaires (commentaires postérieurs), critique externe (authentification) et interne (interprétation). Marc Bloch, dans Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien (1949, écrit avant son exécution par la Gestapo le 16 juin 1944), a renouvelé : la source est trace, pas vérité, et seule la question de l’historien la fait parler. La « protection des sources des journalistes » est protégée en France par la loi Dati du 4 janvier 2010 (article 2 de la loi de 1881) — exceptions en cas d’« impératif prépondérant d’intérêt public ». L’« open source » (terme forgé en février 1998 par Christine Peterson et popularisé par Eric Raymond, La cathédrale et le bazar) est devenu modèle économique majeur (Linux, Apache, Mozilla, Wikipedia). Edward Snowden (juin 2013) a illustré la « source anonyme » lanceuse d’alerte.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a démontré Marc Bloch dans Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien (1949, écrit en 1942-1944 avant son exécution par la Gestapo), la « source » historique n’est pas un témoignage transparent du passé — elle est une trace produite dans des conditions spécifiques, qu’il faut interroger, critiquer et faire parler par la question de l’historien. Et que comme l’a posé Eric Raymond dans La cathédrale et le bazar (1999), le modèle open source (logiciel libre, code accessible) renverse la conception capitaliste de la propriété intellectuelle — sans abolir la valeur économique, mais en la déplaçant vers les services, l’expertise, la communauté.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Charles-Victor Langlois et Charles Seignobos, dans Introduction aux études historiques (1898, librairie Hachette), ont fondé la méthode critique des sources de l’histoire positiviste française — critique externe (authentification, datation, provenance) et interne (sincérité, exactitude, interprétation). Marc Bloch (1886-1944, fusillé par la Gestapo près de Lyon le 16 juin 1944), dans Apologie pour l’histoire ou Métier d’historien (écrit 1942-1944, publication posthume 1949 par Lucien Febvre, première édition définitive Étienne Bloch 1993), a renouvelé la conception des sources — co-fondateur de l’École des Annales (revue Annales d’histoire économique et sociale, 1929). La loi du 4 janvier 2010 (loi Michèle Alliot-Marie, parfois dite loi Dati car préparée sous Rachida Dati) a renforcé la protection du secret des sources des journalistes, modifiant l’article 2 de la loi du 29 juillet 1881 — encore renforcée par la loi du 14 novembre 2016. Eric S. Raymond, dans La cathédrale et le bazar (The Cathedral and the Bazaar, essai 1997, livre 1999), a posé deux modèles de développement logiciel — cathedral (top-down, propriétaire) vs bazaar (bottom-up, open source à la Linux). L’expression “open source” a été forgée en février 1998 par Christine Peterson (Foresight Institute) lors d’une réunion stratégique à Palo Alto. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Source : origine d’un cours d’eau ou d’une information qu’on déclare « fiable » d’autant plus volontiers qu’on s’est gardé de l’identifier.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Selon nos sources — c’est ce qu’on dit pour donner à des rumeurs sans nom l’allure d’un journalisme d’enquête.