Procès
procès #
1. DÉFINITION REÇUE #
Procédure judiciaire, qu’on convoque pour parler justice (« procès équitable »), médias (« procès du siècle »), métaphore (« faire le procès de… »), et histoire (« procès de Nuremberg »).
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est le procès. »
- « C’est le procès du siècle. »
- « C’est devenu un procès en sorcellerie. »
- « C’est l’éternel procès. »
- « C’est faire le procès de… »
- « C’est le procès d’intention. »
- « C’est un procès équitable. »
- « C’est le procès Nuremberg. »
- « C’est intenter un procès. »
- « C’est gagner un procès. »
- « C’est perdre un procès. »
- « C’est un procès médiatique. »
- « C’est dans le procès qu’on est. »
- « C’est l’âme de la justice. »
- « C’est un grand procès. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Le procès de Kafka (1925, posthume). Le procès de Socrate (399 av. J.-C.). Le procès de Jeanne d’Arc (1431, Rouen). Le procès Dreyfus (1894-1906). Le procès de Nuremberg (1945-1946). Le procès Eichmann (Jérusalem, 1961). Le procès des attentats du 13 novembre (2021-2022, V13). « Le procès du siècle » (formule récurrente). « Faire le procès de… » (métaphore). « Le procès en sorcellerie » (procès de Salem, 1692). Twelve Angry Men (Lumet, 1957). Hannah Arendt (Eichmann à Jérusalem, 1963). La Justice (Daumier).
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Procès / verdict. Procès / enquête. Pénal / civil. Équitable / inéquitable. Public / huis clos. Réel / métaphorique. Innocent / coupable.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut un procès équitable. »
- « C’est un procès d’intention. »
- « C’est l’éternel procès. »
- « C’est l’âme de la justice. »
- « C’est le procès du siècle. »
- « C’est faire le procès de… »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Le procès est moins une procédure qu’un consentement à se voir jugé. » « Toute société se mesure aux procès qu’elle tient. » « Le procès est l’autre nom de la justice rendue. » « Sans procès, pas de jugement ; sans jugement, plus de procès. » « Le procès équitable est l’envers du procès biaisé. » Convient à un livre de Franz Kafka (Le procès, 1925), à un essai de Hannah Arendt (Eichmann à Jérusalem, 1963), à un texte de Carlo Ginzburg (sur l’historien comme juge).
7. CLICheS PAR MILIEU #
- Médias : « procès du siècle », rituel hyperbolique ; « procès médiatique », autocritique.
- Entreprises : « lawsuit », jargon ; « litigation ».
- Politiques : « procès en sorcellerie », plainte ; « procès d’intention », contre-argument.
- Intellectuels : Franz Kafka (Der Process, écrit 1914-1915, publié posthume 1925) ; Hannah Arendt (Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, 1963) ; Antoine Garapon (Bien juger, 1997) ; Hans Kelsen sur l’État de droit.
- Consultants : « legal case », « due process », jargon.
- Réseaux sociaux : procès en condamnation immédiate (cancel culture).
- Publicité : peu présent.
- Conversations ordinaires : « il m’a fait un procès », anecdote ; « procès d’intention », défense rhétorique.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Le « procès équitable » est garanti par l’article 6 de la Convention européenne des droits de l’homme (1950) — publicité, impartialité, contradictoire, délai raisonnable, présomption d’innocence. Franz Kafka, dans Le procès (écrit 1914-15, publié 1925 par Max Brod), a livré la métaphore moderne du procès opaque sans accusation claire. Hannah Arendt, dans Eichmann à Jérusalem (1963), a couvert le procès Eichmann (avril-décembre 1961) et forgé la « banalité du mal » — concept controversé. Le procès des attentats du 13 novembre (V13, 8 septembre 2021 - 29 juin 2022, 148 jours) a été le plus long procès criminel français. Le « procès du siècle » est cliché médiatique récurrent (au moins une dizaine d’occurrences par décennie).
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a posé Franz Kafka dans Le procès (1914-1925), le procès kafkaïen est moins fiction littéraire que diagnostic anthropologique : sans procédure claire, sans accusation explicite, le sujet contemporain peut se trouver en permanence accusé d’on ne sait quoi par une bureaucratie qu’il ne comprend pas. Et que comme l’a démontré Hannah Arendt dans Eichmann à Jérusalem (1963), un procès peut révéler que le mal absolu n’exige pas la monstruosité — la « banalité du mal » désigne l’absence de pensée chez un fonctionnaire ordinaire qui exécute des ordres meurtriers.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Franz Kafka, dans Le procès (Der Process, écrit 1914-1915, publication posthume 1925 par Max Brod contre la volonté de Kafka qui voulait que ses manuscrits soient brûlés), a forgé la métaphore canonique du procès absurde : Joseph K. est accusé sans savoir de quoi. Hannah Arendt, dans Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal (Eichmann in Jerusalem. A Report on the Banality of Evil, 1963 ; reportage pour The New Yorker février-mars 1963 sur le procès d’Adolf Eichmann à Jérusalem, avril-décembre 1961), a forgé la “banalité du mal” — concept controversé qui désigne l’absence de pensée chez le bourreau bureaucratique. Antoine Garapon, dans Bien juger. Essai sur le rituel judiciaire (1997), a analysé la dimension rituelle du procès. Le procès des attentats du 13 novembre (V13, 8 septembre 2021 - 29 juin 2022, 148 jours d’audience) est le plus long procès criminel français. La Convention européenne des droits de l’homme (Rome, 4 novembre 1950, article 6) garantit le procès équitable. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Procès : procédure judiciaire qu’on déclare « du siècle » d’autant plus volontiers qu’on l’aura oublié à la suivante.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Le procès d’intention — c’est ce qu’on dénonce chez les autres pour s’exempter de répondre à leurs critiques.