Connerie
connerie #
1. DÉFINITION REÇUE #
Acte ou propos jugé idiot, qu’on emploie pour disqualifier rapidement, et qu’on a transformé en l’un des mots les plus utilisés du français parlé.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est de la connerie. »
- « Quelle connerie ! »
- « Tu dis n’importe quoi, c’est des conneries. »
- « C’est une grosse connerie. »
- « C’est une connerie monumentale. »
- « C’est de la pure connerie. »
- « C’est rempli de conneries. »
- « C’est trop con, ce truc. »
- « C’est de la connerie ambiante. »
- « C’est devenu un mot de connerie. »
- « Faut pas dire de conneries. »
- « C’est de la pure connerie politique. »
- « C’est de la connerie médiatique. »
- « C’est juste de la connerie. »
- « C’est l’éternelle connerie humaine. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Le rouleau d’âne. Le « bullshit » américain. Le café entre amis qui dit la vérité. Le bistrot. Coluche au micro. Pierre Desproges. La caricature. La vidéo virale qui montre une connerie. Le journal du soir qui rapporte. Le « peak connerie » de Twitter. Le buzz d’une déclaration absurde.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Connerie / bêtise. Connerie / mensonge. Connerie / opinion. Petite / grande. Personnelle / collective. Politique / privée. Connerie / vérité. Connerie / argument. Vulgaire / argot.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « C’est de la connerie, ce qu’il dit. »
- « Faut savoir reconnaître ses conneries. »
- « C’est plein de conneries, ce film. »
- « C’est dans la connerie qu’on apprend. »
- « Faut pas alimenter les conneries. »
- « C’est l’éternelle connerie humaine. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« La connerie est moins une faute qu’un consentement à l’absence de pensée. » « Toute société se mesure aux conneries qu’elle accepte. » « Le mot connerie est l’autre nom du diagnostic démocratique informel. » « La connerie est sans limites — Einstein l’avait pressenti. » « On ne combat pas la connerie, on la traverse. » Convient à un essai de Pierre Desproges, à un livre d’Étienne Klein sur la rationalité, à un texte de Frankfurt (De la bullshit).
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : silence officiel, omniprésence privée.
- Entreprises : « bullshit jobs », « pas de conneries en réunion ».
- Politiques : « connerie », rare en discours, fréquente en off.
- Intellectuels : Frankfurt (De la bullshit) ; Étienne Klein sur la post-vérité.
- Consultants : « cut the BS », anglicisme.
- Réseaux sociaux : « what a load of crap », threads démontant des conneries.
- Publicité : silence absolu.
- Conversations ordinaires : « c’est des conneries », jugement universel.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
La connerie est familière et grave. Acceptable et vulgaire. Personnelle et collective. À nommer et à éviter. La connerie des autres est patente, la sienne discrète. C’est un diagnostic et une insulte.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a théorisé Harry Frankfurt dans De la bullshit, la « connerie » (au sens propre du mot) est différente du mensonge — le menteur sait la vérité et l’occulte ; le « connard » au sens de Frankfurt s’en fiche complètement. C’est plus dangereux pour la démocratie. Et que la généralisation du mot dans le langage français est un symptôme d’une post-vérité diffuse.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Harry Frankfurt, dans De la bullshit, a fait une distinction philosophique précieuse : le menteur connaît la vérité et la cache ; le bullshitter, lui, s’en fiche complètement — il dit ce qui passe. C’est ce dernier qui est dangereux pour la démocratie. La “connerie” française est l’équivalent — un mot familier qui dit en réalité un problème de fond. Étienne Klein, sur la post-vérité, en a fait une analyse éclairante. Le combat contre les conneries est aussi un combat épistémique. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Connerie : énoncé qu’on déclare faux ou idiot avec d’autant plus d’assurance qu’on n’a pas pris le temps d’argumenter.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
C’est de la connerie — c’est ce qu’on dit pour clore un débat qu’on n’a pas envie d’avoir.