Épouse
épouse #
1. DÉFINITION REÇUE #
Femme mariée, qu’on désigne du mot « épouse » dans les notices nécrologiques, les annonces officielles (« la Première dame »), et qu’on n’utilise presque jamais dans la vraie vie où l’on dit « ma femme ».
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est son épouse. »
- « C’est l’épouse modèle. »
- « C’est l’épouse de… »
- « C’est l’épouse présidentielle. »
- « C’est l’épouse fidèle. »
- « C’est devenue son épouse. »
- « C’est l’éternelle épouse. »
- « C’est l’épouse trompée. »
- « C’est l’épouse délaissée. »
- « C’est l’épouse-mère. »
- « C’est l’épouse aimante. »
- « C’est l’épouse de raison. »
- « C’est dans l’épouse qu’on… »
- « C’est l’âme du foyer. »
- « C’est l’épouse selon la tradition. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
La robe de mariée. La bague au doigt. Le voile. Le « oui » devant le maire. L’avis de décès « épouse de M. X ». La Première dame à l’Élysée. La « femme de président ». La « femme du footballeur ». La photo de famille. La cuisine. La « épouse modèle » bourgeoise XIXe. La séparation. Le divorce.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Épouse / femme. Épouse / mère. Épouse / maîtresse. Fidèle / infidèle. Modèle / émancipée. Officielle / réelle. Foyer / carrière.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « C’est l’épouse modèle. »
- « C’est l’éternelle épouse. »
- « C’est l’âme du foyer. »
- « Faut respecter son épouse. »
- « Sans épouse, plus de famille. »
- « C’est l’épouse selon la tradition. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« L’épouse est moins un statut qu’un consentement à se définir par l’autre. » « Toute société se mesure aux épouses qu’elle consacre. » « L’épouse est l’autre nom de la subordination consentie. » « Sans épouse, pas de foyer ; sans foyer, plus d’épouse. » « L’épouse officielle est l’envers de l’épouse vécue. » Convient à un livre de Simone de Beauvoir (Le deuxième sexe), à un essai de Geneviève Fraisse (Les deux gouvernements), à un texte de Christine Delphy.
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « épouse de… », formule officielle.
- Entreprises : « épouse du PDG », « plus-one ».
- Politiques : « la Première dame », « l’épouse du président », rituel.
- Intellectuels : Beauvoir (Le deuxième sexe) ; Christine Delphy ; Geneviève Fraisse.
- Consultants : peu présent.
- Réseaux sociaux : « épouse de… », ironique ou féministe selon contexte.
- Publicité : « épouse parfaite », rétro ; ou critiqué.
- Conversations ordinaires : « ma femme » (jamais « mon épouse » sauf solennel).
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
L’épouse est honorée et invisibilisée (« épouse de X »). Modèle (en image) et émancipée (en discours). Officielle (le mariage) et résiduelle (les couples non mariés majoritaires). On l’utilise rarement en privé et beaucoup en officiel. On la dit « égale » de son mari tout en perpétuant les rôles dans les statistiques de tâches domestiques.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a démontré Simone de Beauvoir dans Le deuxième sexe, l’« épouse » est historiquement définie par et pour le mari — l’autonomie de la femme mariée est une conquête tardive (1965 en France pour l’autonomie bancaire sans autorisation du mari). Et que comme l’a documenté la sociologie féministe (Delphy, Maruani), le mariage produit massivement une asymétrie économique au détriment des femmes — surtout au moment du divorce.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Simone de Beauvoir, dans Le deuxième sexe (1949), avait posé le problème : la femme mariée est définie comme “l’autre” de l’homme — pas comme un sujet autonome. Christine Delphy, dans L’ennemi principal, a sociologisé le travail domestique gratuit. Geneviève Fraisse, dans Les deux gouvernements, a montré comment la démocratie a construit la séparation entre public (masculin) et privé (féminin). En France, l’autonomie bancaire des femmes mariées date de 1965 ; la fin de l’autorité maritale de 1970. C’est récent. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Épouse : femme mariée qu’on désigne ainsi dans les nécrologies et qu’on appelle « ma femme » le reste du temps.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
C’est son épouse — c’est ce qu’on dit pour la rattacher à un mari qu’on n’a pas besoin de présenter, lui.