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Peuple

peuple #

1. DÉFINITION REÇUE #

Ensemble des citoyens d’un pays, ou classes populaires, qu’on convoque pour parler démocratie (« la souveraineté du peuple »), populisme (« le peuple contre l’élite »), révolution (« le peuple s’est levé »), et nation (« le peuple français »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est le peuple. »
  • « C’est le peuple souverain. »
  • « C’est devenu un peuple en colère. »
  • « C’est l’éternel peuple. »
  • « C’est le peuple uni. »
  • « C’est le peuple français. »
  • « C’est le peuple debout. »
  • « C’est le peuple et l’élite. »
  • « C’est au nom du peuple. »
  • « C’est le peuple décide. »
  • « C’est le peuple en marche. »
  • « C’est l’opium du peuple. »
  • « C’est dans le peuple qu’on est. »
  • « C’est l’âme de la nation. »
  • « C’est nous le peuple. »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

La Liberté guidant le peuple de Delacroix (1830). « We the People » du préambule constitutionnel américain (1787). « Au nom du peuple français » des jugements. « Le peuple uni ne sera jamais vaincu » (slogan chilien Allende 1973, repris partout). Le « peuple-roi ». La « volonté générale » de Rousseau (Du contrat social, 1762). Le « populisme » droite et gauche. La République et le peuple de Pierre Rosanvallon. « L’opium du peuple » (Marx, 1843). « Le peuple a parlé » post-élection.

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Peuple / élite. Peuple / population. Peuple / classe. Peuple souverain / divisé. Demos / ethnos. Populaire / populiste. Réel / fantasmé.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « C’est le peuple. »
  • « Faut écouter le peuple. »
  • « C’est l’éternel peuple. »
  • « C’est l’âme de la nation. »
  • « C’est le peuple souverain. »
  • « C’est le peuple s’est levé. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« Le peuple est moins une foule qu’un consentement à se reconnaître ensemble. » « Toute société se mesure au peuple qu’elle invente. » « Le peuple est l’autre nom de la communauté politique. » « Sans peuple, pas de démocratie ; sans démocratie, plus de peuple. » « Le peuple souverain est l’envers du peuple soumis. » Convient à un livre de Pierre Rosanvallon (Le peuple introuvable, 1998), à un essai d’Ernesto Laclau (La raison populiste, 2005), à un texte de Jacques Rancière (La haine de la démocratie).

7. CLICheS PAR MILIEU #

  • Médias : « le peuple a parlé », « le peuple en colère », rituels.
  • Entreprises : « we the people », rhétorique américaine.
  • Politiques : « peuple » polysémique (gauche : classes populaires ; droite : nation) ; « voix du peuple ».
  • Intellectuels : Pierre Rosanvallon (Le peuple introuvable, 1998) ; Ernesto Laclau (La raison populiste, 2005) ; Jacques Rancière (La haine de la démocratie, 2005) ; Karl Marx ; Chantal Mouffe.
  • Consultants : peu présent.
  • Réseaux sociaux : « le peuple » polarisé politiquement ; « nous le peuple ».
  • Publicité : « le peuple », plus rare.
  • Conversations ordinaires : « le peuple en a marre », généralisation ; « au nom du peuple », solennité.

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

Le « peuple » est polysémique : demos (corps politique) vs ethnos (nation ethnique) vs plebs (classes populaires). La rhétorique populiste (gauche et droite) revendique le « peuple contre l’élite » — concept analysé par Cas Mudde, Pierre-André Taguieff. Le « peuple » est invoqué et réputé absent (« le peuple introuvable » de Rosanvallon). Les « Gilets jaunes » (2018-2019) ont été lus comme « peuple en colère ». La « voix du peuple » des sondages est constamment contradictoire (favorable au RN et opposé à beaucoup de ses propositions). L’« opium du peuple » de Marx (1843) visait la religion — souvent mal cité.

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’a démontré Pierre Rosanvallon dans Le peuple introuvable (1998), le « peuple » comme catégorie politique est constitutivement instable — pluriel, contradictoire, jamais identique à lui-même. « Le peuple » est moins une donnée qu’une construction politique. Et que comme l’a posé Ernesto Laclau dans La raison populiste (2005), le « peuple » du populisme est construit par opposition à un « eux » (l’élite, l’étranger) — opération discursive précise, pas réalité sociologique.

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« Pierre Rosanvallon, dans Le peuple introuvable. Histoire de la représentation démocratique en France (1998), a démontré que “le peuple” est constitutivement instable — pluriel, contradictoire, jamais identique. Ernesto Laclau, dans La raison populiste (2005), a fait du “peuple” populiste une construction discursive précise — opposition à un “eux” (élite, étranger). Jacques Rancière, dans La haine de la démocratie (2005), a montré que la démocratie est précisément la mise en cause de ceux qui sont qualifiés à gouverner — au nom du peuple. Karl Marx a écrit “l’opium du peuple” en 1843 (Contribution à la critique de la philosophie du droit de Hegel) — visait la religion. La rhétorique populiste française est analysée par Pierre-André Taguieff (L’illusion populiste) et Cas Mudde. »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Peuple : ensemble des citoyens qu’on déclare souverain d’autant plus volontiers qu’on parle en son nom sans lui demander.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

Le peuple a parlé — c’est ce qu’on dit pour fermer un débat dont les résultats nous arrangent.

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