Cause
cause #
1. DÉFINITION REÇUE #
Origine d’un phénomène, ou combat moral choisi, qu’on défend avec d’autant plus d’ardeur qu’on n’a pas pris le temps d’en examiner les fondements.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « Faut défendre la cause. »
- « C’est une cause juste. »
- « C’est une cause perdue. »
- « C’est sans cause apparente. »
- « C’est la cause du peuple. »
- « C’est la cause animale. »
- « C’est la cause des femmes. »
- « C’est la cause climatique. »
- « C’est une cause noble. »
- « Y’a pas de cause sans effet. »
- « Faut chercher la cause. »
- « C’est la cause profonde. »
- « C’est la cause superficielle. »
- « Faut s’engager pour une cause. »
- « C’est en cause, c’est le débat. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Le poing levé. La banderole. La pancarte « pour la cause ». Le militant en gilet. La photo de Greta Thunberg. La marche pour le climat. Le ruban orange / rose / arc-en-ciel. La pétition en ligne. L’avocat qui plaide la cause. Le tribunal de l’opinion. Le hashtag dédié.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Cause / effet. Cause / origine. Cause / motif. Personnelle / collective. Cause noble / perdue. Engagement / posture. Privée / publique. Cause politique / morale. Profonde / superficielle. Théorique / pratique.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut s’engager pour une cause. »
- « Sans cause, pas de sens. »
- « Toute cause mérite défense. »
- « Mieux vaut une cause perdue qu’aucune. »
- « C’est dans la cause qu’on existe. »
- « Faut choisir ses causes. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« La cause est moins ce qu’on défend qu’un récit qu’on porte. » « On ne s’engage pas pour une cause, on se choisit une cause. » « Toute cause véritable contient sa propre disqualification. » « Le militantisme contemporain est une économie de la cause. » « Sans cause à défendre, qui sommes-nous ? » Convient à un essai sur le militantisme, à un livre de Cynthia Fleury.
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « la cause animale », « la cause des femmes », sujets dédiés.
- Entreprises : « cause-related marketing », « purpose-driven brand ».
- Politiques : « la cause du peuple », « cause républicaine ».
- Intellectuels : Bourdieu sur le militantisme ; Cynthia Fleury sur l’engagement.
- Consultants : « stand for something », « purpose-driven leadership ».
- Réseaux sociaux : « pour la cause de », hashtag d’engagement.
- Publicité : « la marque qui prend position », ESG, RSE.
- Conversations ordinaires : « je m’engage pour une cause », ton de fierté.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
La cause est noble et instrumentalisée. Engagement et posture. Universelle et particulière. Théorique et pratique. À défendre et à interroger. La « bonne cause » des uns est la « mauvaise cause » des autres. On défend une cause sans toujours la connaître.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que la prolifération des « causes » dans le discours public (cause animale, climatique, féministe, antiraciste, etc.) coexiste avec une fragmentation politique qui empêche l’articulation des combats. Et que le « cause-related marketing » des marques est un détournement systématique de l’engagement vers le profit.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Bourdieu, dans Propos sur le champ politique, a montré que les “causes” se construisent dans des champs spécifiques, avec des entrepreneurs de cause. Cynthia Fleury, dans Les Irremplaçables, défend l’engagement comme acte républicain. Mais aujourd’hui, on est dans une économie de la cause : chaque marque “prend position”, chaque influenceur “défend”, et au final tout se vaut. C’est ce qui rend la critique de la “cause” si difficile : on l’attaque, on a l’air d’attaquer le bien. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Cause : combat noble qu’on défend avec d’autant plus d’ardeur qu’il rapporte en visibilité.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Faut défendre la cause — c’est ce qu’on dit pour s’éviter d’avoir à examiner laquelle, et pourquoi.