Race
race #
1. DÉFINITION REÇUE #
Catégorie supposée biologique de l’humanité ou classification animale, qu’on convoque pour parler racisme (« lutte contre le racisme »), polémique (« mot interdit »), élevage (« race de chien »), et histoire coloniale.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est la race. »
- « C’est la race humaine. »
- « C’est devenu un mot tabou. »
- « C’est l’éternelle race. »
- « C’est la race n’existe pas. »
- « C’est la race blanche/noire. »
- « C’est la race supérieure. »
- « C’est le racisme. »
- « C’est un mot dangereux. »
- « C’est la race et l’ethnie. »
- « C’est la race des seigneurs. »
- « C’est une race en voie d’extinction. »
- « C’est dans la race qu’on est. »
- « C’est l’âme du peuple. »
- « C’est une belle race. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Le suprémacisme. Race et histoire (Lévi-Strauss, 1952, pour l’UNESCO). La déclaration de l’UNESCO sur la race (1950, 1951). La phrénologie (XIXe). Gobineau (Essai sur l’inégalité des races humaines, 1853-55). Les lois de Nuremberg (1935). L’apartheid sud-africain (1948-1991). La suppression du mot « race » de l’article 1 de la Constitution française (révision 2018). Black Lives Matter (depuis 2013). « Race war » (rhétorique suprémaciste). Le « privilège blanc » (Peggy McIntosh, 1988). Les « races chevalines », « races canines » (élevage).
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Race / ethnie. Race / culture. Biologique / sociale. Concept / réalité. Race / racisme. Blanche / autres. Mot / chose.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut combattre le racisme. »
- « C’est la race n’existe pas. »
- « C’est l’éternelle race. »
- « C’est l’âme du peuple. »
- « C’est un mot dangereux. »
- « C’est une belle race. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« La race est moins une biologie qu’un consentement à se diviser. » « Toute société se mesure aux races qu’elle invente. » « La race est l’autre nom du racisme préparé. » « Sans race, pas de racisme ; sans racisme, plus de race. » « La race-construction est l’envers de la race-essence. » Convient à un livre de Claude Lévi-Strauss (Race et histoire, 1952), à un essai de Pap Ndiaye (La condition noire, 2008), à un texte de Colette Guillaumin (L’idéologie raciste, 1972).
7. CLICheS PAR MILIEU #
- Médias : « race », « ethnie », flottement terminologique ; « tensions raciales », rituel.
- Entreprises : « diversity », « race equity », jargon US ; en France encore tabou.
- Politiques : suppression de « race » de la Constitution (2018), débat ; « race », mot interdit à droite.
- Intellectuels : Claude Lévi-Strauss (Race et histoire, 1952 ; Race et culture, 1971) ; Colette Guillaumin (L’idéologie raciste, 1972) ; Pap Ndiaye (La condition noire, 2008) ; Éric Fassin (Démosophie, 2020) ; Stuart Hall (cultural studies, race comme signifiant flottant).
- Consultants : « racial equity », approche RH.
- Réseaux sociaux : Black Lives Matter (depuis 2013) ; « race » comme outil politique afro-américain ; débats vifs en France.
- Publicité : représentations diversifiées (depuis 2010s) — Benetton avait ouvert (1989).
- Conversations ordinaires : tabou ; « ya pas de races », formule consensuelle.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
La « race » comme catégorie biologique a été invalidée par la génétique (UNESCO 1950, 1951 ; depuis Lewontin 1972 : 85% de la variation génétique humaine est intra-populationnelle). Mais elle persiste comme catégorie sociale (rapports de pouvoir racialisés). En France, le mot « race » a été supprimé de l’article 1 de la Constitution par la révision du 12 juillet 2018 — interprété comme progrès par les uns, comme négation des discriminations par les autres. Claude Lévi-Strauss, dans Race et histoire (1952, brochure UNESCO), a posé le relativisme culturel. Pap Ndiaye (La condition noire, 2008) a introduit les race studies en France malgré la résistance universaliste.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a démontré Claude Lévi-Strauss dans Race et histoire (1952) puis Race et culture (1971), les « races » n’ont pas de réalité biologique mais — comme catégories sociales — produisent des effets de pouvoir bien réels. Et que comme l’a documenté Colette Guillaumin dans L’idéologie raciste. Genèse et langage actuel (1972), le racisme n’est pas une attitude individuelle moralement réprouvée — c’est un système d’organisation sociale qui produit les races comme catégorie pertinente pour distribuer ressources, droits et statuts.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Claude Lévi-Strauss, dans Race et histoire (1952, brochure pour l’UNESCO) puis Race et culture (1971), a montré que la “race” n’a pas de pertinence biologique mais que les sociétés construisent culturellement la diversité humaine. Richard Lewontin, dans “The Apportionment of Human Diversity” (1972, Evolutionary Biology 6), a démontré que 85% de la variation génétique humaine est intra-populationnelle. Colette Guillaumin, dans L’idéologie raciste. Genèse et langage actuel (1972), a posé le racisme comme système et non comme attitude. Pap Ndiaye, dans La condition noire. Essai sur une minorité française (2008), a introduit les race studies en France (Black studies de Du Bois 1903). Stuart Hall a posé “race” comme signifiant flottant (BBC 1997). La révision constitutionnelle française du 12 juillet 2018 a supprimé “race” de l’article 1, suite à la circulaire Taubira 2013. Peggy McIntosh, dans “White Privilege and Male Privilege” (1988), avait forgé “privilège blanc”. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Race : catégorie biologique invalidée qu’on déclare « n’existant pas » d’autant plus volontiers qu’on continue d’organiser ses préférences en fonction d’elle.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
La race n’existe pas — c’est ce qu’on dit pour clôturer une conversation qu’on aurait pu commencer.