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Salut

salut #

1. DÉFINITION REÇUE #

Délivrance ou geste de bienvenue, qu’on convoque pour parler religion (« salut de l’âme »), politique (« salut du peuple »), militaire (« salut au drapeau »), et familier (« Salut ! »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est le salut. »
  • « C’est le salut de l’âme. »
  • « C’est devenu un salut nazi. »
  • « C’est l’éternel salut. »
  • « C’est le salut public. »
  • « C’est faire le salut militaire. »
  • « C’est salut, ça va ? »
  • « C’est notre salut. »
  • « C’est la planche de salut. »
  • « C’est devoir son salut à… »
  • « C’est sans salut. »
  • « C’est le salut nazi. »
  • « C’est dans le salut qu’on est. »
  • « C’est l’âme de la délivrance. »
  • « C’est un salut chaleureux. »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

Le « salut de l’âme » (théologie chrétienne). Le salut public (Comité de salut public, 1793-95, Robespierre). Le « salut nazi » (depuis 1933, interdit en Allemagne depuis 1945). Le « salut militaire » (geste de respect). « Salut, ça va ? » (salutation familière). « Avoir son salut à… » (Bossuet). « La planche de salut ». « Salus populi suprema lex esto » (Cicéron, De legibus). « La Marseillaise », « Salut, peuples frères ! ». Le salut au drapeau. La « tête de Salomé » (salut décapité). « Salutations distinguées » (formule de fin de lettre). Le « salut bouddhiste » (paumes jointes, namaste).

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Salut / damnation. Salut / perte. Religieux / politique. Individuel / collectif. Sincère / formel. Militaire / civil. Personnel / institutionnel.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « Faut chercher le salut. »
  • « C’est notre salut. »
  • « C’est l’éternel salut. »
  • « C’est l’âme de la délivrance. »
  • « C’est devoir son salut à… »
  • « C’est un salut chaleureux. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« Le salut est moins une délivrance qu’un consentement à se laisser sauver. » « Toute société se mesure au salut qu’elle promet. » « Le salut est l’autre nom du rachat collectif. » « Sans salut, pas de perte ; sans perte, plus de salut. » « Le salut individuel est l’envers du salut collectif. » Convient à un livre d’Augustin (Cité de Dieu, 426), à un essai de Max Weber (L’éthique protestante, 1905, sur les voies de salut), à un texte de Marcel Gauchet (Le désenchantement du monde, 1985).

7. CLICHÉS PAR MILIEU #

  • Médias : « salut au drapeau », rituel républicain ; « salut nazi », alerte d’extrême droite.
  • Entreprises : « kudos », « shout-out », jargon emprunté.
  • Politiques : « Comité de salut public » (référence révolutionnaire) ; « salut républicain » ; appel à la « Marseillaise ».
  • Intellectuels : Augustin d’Hippone (La cité de Dieu, 413-426) ; Max Weber (L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, 1904-1905, voies de salut) ; Marcel Gauchet (Le désenchantement du monde, 1985) ; Karl Löwith (Histoire et salut, 1949, sécularisation des théologies du salut).
  • Consultants : peu présent.
  • Réseaux sociaux : « salut tout le monde ! », ouverture de vidéo classique YouTube ; « namaste » comme cliché yoga.
  • Publicité : « salut » dans publicités jeunes ; « salutaire pour… » argument bien-être.
  • Conversations ordinaires : « salut ! », formule du quotidien ; « salut bien ! », adieu familier (régional).

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

Le « salut » a deux racines sémantiques : religieuse (rédemption, salus animae) et sociale (salutation, salutatio romaine). Augustin d’Hippone, dans La cité de Dieu (De Civitate Dei, 413-426), a fondé la théologie chrétienne du salut comme grâce divine. Max Weber, dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1904-1905), a posé que les calvinistes — angoissés par la prédestination — ont cherché dans le « succès professionnel » des « signes » de leur élection (salut par la Beruf). Le Comité de salut public (créé par la Convention le 6 avril 1793, dissous le 4 brumaire an IV / 26 octobre 1795) a incarné la dictature de salut public révolutionnaire. Le salut nazi (Hitlergruß) est officialisé par le NSDAP en 1933 — interdit en Allemagne depuis 1945 (§86a Strafgesetzbuch). Marcel Gauchet (Le désenchantement du monde, 1985) a analysé la sécularisation des théologies du salut en idéologies politiques.

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’a démontré Max Weber dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (1904-1905), l’angoisse du salut a été un moteur paradoxal de la rationalisation capitaliste — les calvinistes, ne pouvant agir directement sur leur élection prédestinée, ont cherché dans la réussite séculière des « signes » de grâce, accumulant capital et discipline. Et que comme l’a posé Karl Löwith dans Histoire et salut (Meaning in History, 1949), les grandes idéologies modernes (progrès, marxisme, libéralisme triomphant) sont des « théologies du salut » sécularisées — eschatologies déguisées qui projettent l’espérance chrétienne sur l’histoire profane.

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« Augustin d’Hippone (354-430), dans La cité de Dieu (De Civitate Dei contra paganos, 22 livres écrits 413-426, achevés après le sac de Rome de 410), a fondé la théologie chrétienne du salut — opposition entre cité terrestre (civitas terrena, amor sui) et cité céleste (civitas Dei, amor Dei). Max Weber, dans L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme (Die protestantische Ethik und der Geist des Kapitalismus, Archiv für Sozialwissenschaft und Sozialpolitik, 1904-1905, augmenté 1920), a posé l’angoisse du salut calviniste comme moteur de la rationalisation économique — Beruf (vocation séculière). Karl Löwith, dans Histoire et salut. Les présupposés théologiques de la philosophie de l’histoire (Meaning in History. The Theological Implications of the Philosophy of History, 1949), a démontré que les philosophies modernes de l’histoire (Hegel, Marx) sont des sécularisations de l’eschatologie chrétienne. Marcel Gauchet, dans Le désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion (1985), prolonge cette analyse. Le Comité de salut public (6 avril 1793 - 26 octobre 1795) a été l’organe exécutif révolutionnaire dominé par Robespierre (juillet 1793 - 9 thermidor an II / 27 juillet 1794). »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Salut : délivrance qu’on déclare « notre » d’autant plus volontiers qu’il dépend de la perte de quelqu’un d’autre.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

Notre salut — c’est ce qu’on dit pour habiller en mission collective ce qui n’est qu’un sauvetage personnel.

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