Pétrole
pétrole #
1. DÉFINITION REÇUE #
Hydrocarbure fossile, qu’on convoque pour parler géopolitique (« or noir »), énergie (« choc pétrolier »), écologie (« sortir du pétrole »), et conflits (« guerres pour le pétrole »).
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est le pétrole. »
- « C’est l’or noir. »
- « C’est devenu une dépendance au pétrole. »
- « C’est l’éternel pétrole. »
- « C’est le choc pétrolier. »
- « C’est sortir du pétrole. »
- « C’est la guerre du pétrole. »
- « C’est le prix du baril. »
- « C’est la fin du pétrole. »
- « C’est le pic pétrolier. »
- « C’est l’OPEP. »
- « C’est la dépendance au pétrole. »
- « C’est dans le pétrole qu’on est. »
- « C’est l’âme de l’énergie. »
- « C’est un baril à 100 dollars. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Le derrick. L’« or noir ». Les chocs pétroliers (1973 Yom Kippour, 1979 révolution iranienne). L’OPEP (1960, Bagdad, 13 membres en 2024). Le « peak oil » (pic pétrolier, M. King Hubbert 1956). « En France on n’a pas de pétrole mais on a des idées » (slogan post-1973, attribué à Pierre Guillaumat). Il était une fois dans l’Ouest et la ruée vers l’or. There Will Be Blood (Paul Thomas Anderson, 2007). Les marées noires (Erika 1999, Deepwater Horizon 2010). Le baril de Brent / WTI. Les pétrodollars.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Pétrole / renouvelables. OPEP / consommateurs. Cher / bon marché. Conventionnel / non-conventionnel. Energie / pollution. Souveraineté / dépendance. Maintenant / après.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut sortir du pétrole. »
- « C’est l’or noir. »
- « C’est l’éternel pétrole. »
- « C’est l’âme de l’énergie. »
- « C’est la fin du pétrole. »
- « C’est la dépendance au pétrole. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Le pétrole est moins une matière qu’un consentement à la dépendance. » « Toute société se mesure au pétrole qu’elle consomme. » « Le pétrole est l’autre nom de l’énergie héritée. » « Sans pétrole, pas d’industrie ; sans industrie, plus de pétrole. » « L’or noir est l’envers de la transition verte. » Convient à un livre de Daniel Yergin (The Prize, 1991), à un essai de Matthieu Auzanneau (Or noir, 2015), à un texte de Jean-Marc Jancovici sur la dépendance pétrolière.
7. CLICheS PAR MILIEU #
- Médias : « prix du baril », « choc pétrolier », rituels.
- Entreprises : TotalEnergies, Shell, BP — « majors » historiques ; « sustainable energy », greenwashing.
- Politiques : « indépendance énergétique », « transition », rhétorique récurrente.
- Intellectuels : Daniel Yergin (The Prize. The Epic Quest for Oil, Money and Power, 1991, Pulitzer 1992) ; Matthieu Auzanneau (Or noir. La grande histoire du pétrole, 2015) ; Timothy Mitchell (Carbon Democracy, 2011) ; Jean-Marc Jancovici (Shift Project).
- Consultants : « energy transition », « decarbonization », jargon massif.
- Réseaux sociaux : « stop oil », militantisme ; « XR » (Extinction Rebellion).
- Publicité : « TotalEnergies, our energy is your energy », greenwashing critiqué.
- Conversations ordinaires : « le pétrole augmente », plainte fréquente à la pompe.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Le pétrole est ressource finie — théorie du « peak oil » (M. King Hubbert, 1956, prédisant correctement le pic américain en 1970). La production mondiale atteint ~100 millions de barils/jour (2024). L’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole, fondée à Bagdad le 14 septembre 1960) regroupe 13 membres, dont l’Arabie saoudite et l’Iran. Le slogan « en France on n’a pas de pétrole mais on a des idées » (1976, agence Hervé Morvan) date de la campagne du gouvernement Chirac post-choc pétrolier. Daniel Yergin, dans The Prize (1991, Pulitzer 1992), a écrit l’histoire de référence du pétrole. Timothy Mitchell (Carbon Democracy, 2011) a posé que la démocratie de masse occidentale est indissociable des énergies fossiles. Les guerres récentes (Irak 1991 et 2003) ont eu une dimension pétrolière documentée.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a démontré Timothy Mitchell dans Carbon Democracy. Le pouvoir politique à l’ère du pétrole (2011), la démocratie de masse occidentale du XXe siècle est indissociable de l’économie du charbon puis du pétrole — la transition énergétique n’est pas seulement technique, elle est politique. Et que comme l’a documenté Matthieu Auzanneau dans Or noir (2015), la dépendance pétrolière est tellement systémique (un baril ≈ 25 000 heures de travail humain) que la « transition » exige une rupture infrastructurelle massive, pas un ajustement marginal.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Daniel Yergin, dans The Prize. The Epic Quest for Oil, Money and Power (1991, prix Pulitzer 1992), a écrit l’histoire de référence du pétrole — de Drake en Pennsylvanie (1859) à la fin du XXe siècle. Matthieu Auzanneau, dans Or noir. La grande histoire du pétrole (2015), a réactualisé pour le XXIe siècle. Timothy Mitchell, dans Carbon Democracy. Political Power in the Age of Oil (2011), a posé l’argument central : la démocratie de masse occidentale est inséparable des énergies fossiles, le passage du charbon (qui donnait pouvoir aux mineurs syndiqués) au pétrole (qui le retire) a transformé la politique. M. King Hubbert, en 1956 chez Shell, a forgé la théorie du “peak oil” — pic américain prédit pour 1970 (vérifié). L’OPEP est fondée à Bagdad le 14 septembre 1960. Le premier choc pétrolier (octobre 1973) suit la guerre du Kippour ; le second (1979) suit la révolution iranienne. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Pétrole : hydrocarbure fossile qu’on déclare « à supprimer » d’autant plus volontiers qu’on remplit son réservoir en partant en vacances.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
La fin du pétrole — c’est ce qu’on annonce depuis 1956 sans jamais cesser de l’extraire de plus belle.