Index Lettre N

Nom

nom #

1. DÉFINITION REÇUE #

Mot servant à désigner, qu’on convoque pour parler identité (« le nom de famille »), réputation (« se faire un nom »), justification (« au nom de »), et morale (« en mon nom »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est le nom. »
  • « C’est le nom de famille. »
  • « C’est devenu un nom connu. »
  • « C’est l’éternel nom. »
  • « C’est au nom de la République. »
  • « C’est se faire un nom. »
  • « C’est le nom propre. »
  • « C’est appeler par son nom. »
  • « C’est sans nom. »
  • « C’est en son nom. »
  • « C’est un grand nom. »
  • « C’est le nom de la rose. »
  • « C’est dans le nom qu’on est. »
  • « C’est l’âme de l’identité. »
  • « C’est garder son nom. »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

La signature au bas de la lettre. La plaque au mur. Le « au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit ». Le « au nom de la loi » policier. Le nom de la rose d’Umberto Eco (1980). Le « grand nom » de l’aristocratie. La « particule » de noblesse (« de »). Le « nom de plume » de l’écrivain. Le « nom de scène ». Le « nom de famille » à la française (souvent paternel jusqu’à la loi 2002 sur le double nom). Le « Nom-du-Père » lacanien.

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Nom / prénom. Propre / commun. Nom / pseudonyme. Familial / individuel. Réputation / anonymat. En nom / au nom. De famille / d’usage.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « C’est le nom. »
  • « Faut se faire un nom. »
  • « C’est l’éternel nom. »
  • « C’est l’âme de l’identité. »
  • « C’est au nom de… »
  • « C’est un grand nom. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« Le nom est moins une étiquette qu’un consentement à se laisser appeler. » « Toute société se mesure aux noms qu’elle inscrit. » « Le nom est l’autre nom de l’identité reconnue. » « Sans nom, pas de personne ; sans personne, plus de nom. » « Le grand nom est l’envers de l’anonyme. » Convient à un livre de Marcel Mauss (Une catégorie de l’esprit humain : la notion de personne), à un essai d’Anne-Marie Christin (sémiologie du nom propre), à un texte de Saul Kripke (La logique des noms propres).

7. CLICheS PAR MILIEU #

  • Médias : « grand nom », « nom connu », rituels.
  • Entreprises : « brand name », « name recognition », « personal branding ».
  • Politiques : « au nom de la République », « au nom du peuple français », rituel solennel.
  • Intellectuels : Marcel Mauss (Une catégorie de l’esprit humain : la notion de personne, 1938) ; Saul Kripke (Naming and Necessity, 1980) ; Anne-Marie Christin ; Jacques Lacan sur le « Nom-du-Père ».
  • Consultants : « brand name », « naming strategy ».
  • Réseaux sociaux : @pseudonyme, dénomination centrale ; doxing comme arme.
  • Publicité : « le nom qui rassure », caution patrimoniale.
  • Conversations ordinaires : « ton nom de famille ? » ; « il s’est fait un nom ».

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

Le « nom de famille » à la française a été massivement paternel jusqu’à la loi du 4 mars 2002 (double nom possible) — héritage patriarcal. La loi de 2022 facilite désormais le changement de nom (simple démarche en mairie). « Au nom de la République » est rituel républicain (jugements rendus « au nom du peuple français »). Le « grand nom » de l’aristocratie subsiste paradoxalement dans une République (Bourbon, Orléans, Rohan, etc.). Le « doxing » (révéler le nom réel) est arme contemporaine sur réseaux sociaux.

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’a démontré Marcel Mauss dans Une catégorie de l’esprit humain : la notion de personne (1938), le « nom » est étroitement lié à la construction de la « personne » comme catégorie juridico-politique — pas une étiquette, mais un dispositif. Et que comme l’a posé Saul Kripke dans La logique des noms propres (1980), les noms propres ne sont pas des descriptions abrégées mais des « désignateurs rigides » — théorie philosophique majeure du XXe siècle.

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« Marcel Mauss, dans Une catégorie de l’esprit humain : la notion de personne (1938), a montré comment le nom est constitutif de la “personne” comme catégorie juridique et morale — pas une étiquette, mais un dispositif. Saul Kripke, dans Naming and Necessity (1972, La logique des noms propres), a posé que les noms propres sont des “désignateurs rigides” — théorie philosophique du langage majeure (contre Russell, Frege). Jacques Lacan a forgé “le Nom-du-Père” comme opérateur symbolique fondateur du sujet. En France, la loi du 4 mars 2002 a permis le double nom de famille (avant : paternel obligatoire) ; la loi du 2 mars 2022 a simplifié le changement de nom. »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Nom : mot servant à désigner qu’on déclare devoir « se faire » d’autant plus volontiers qu’on l’a déjà reçu en héritage.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

Au nom de — c’est ce qu’on invoque pour s’autoriser à parler à la place des autres.

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