Index Lettre F

Funérailles

funérailles #

1. DÉFINITION REÇUE #

Cérémonie d’inhumation, qu’on convoque pour parler deuil, hommage national (« funérailles républicaines »), tradition (« funérailles selon les rites »), et fin (« les funérailles du capitalisme »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est les funérailles. »
  • « C’est les funérailles nationales. »
  • « C’est les funérailles républicaines. »
  • « C’est devenues des funérailles d’État. »
  • « C’est l’éternelles funérailles. »
  • « C’est les funérailles d’une idée. »
  • « C’est les funérailles d’une époque. »
  • « C’est les funérailles d’un modèle. »
  • « C’est l’hommage funèbre. »
  • « C’est les funérailles civiles. »
  • « C’est les funérailles religieuses. »
  • « C’est dans les funérailles qu’on voit. »
  • « C’est l’âme du deuil. »
  • « C’est les funérailles intimes. »
  • « C’est les funérailles dignes. »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

Le corbillard. Le cercueil drapé. La couronne mortuaire. Les funérailles de De Gaulle (Colombey, 1970). Les funérailles d’Hugo en 1885 (foule immense). Les funérailles républicaines au Panthéon. Le drap noir. La cloche qui sonne. Le « in memoriam ». La sépulture. Les pompes funèbres. La cérémonie laïque. Les « funérailles à la sauvette » des opposants.

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Funérailles / banquet. Religieuses / civiles. Nationales / intimes. Tradition / modernité. Cher / sobre. Sacrées / profanes. Réelles / métaphoriques.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « Faut des funérailles dignes. »
  • « C’est les funérailles républicaines. »
  • « C’est l’éternelles funérailles. »
  • « C’est l’âme du deuil. »
  • « Sans funérailles, pas de deuil. »
  • « C’est les funérailles d’une époque. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« Les funérailles sont moins une cérémonie qu’un consentement à dire adieu publiquement. » « Toute société se mesure aux funérailles qu’elle organise. » « Les funérailles sont l’autre nom de la mémoire instituée. » « Sans funérailles, pas de deuil ; sans deuil, plus de funérailles. » « Les funérailles d’un homme sont l’envers des funérailles d’un peuple. » Convient à un livre de Philippe Ariès (L’homme devant la mort), à un essai d’Edgar Morin (L’homme et la mort), à un texte de Louis-Vincent Thomas (Anthropologie de la mort).

7. CLICHÉS PAR MILIEU #

  • Médias : « funérailles nationales », « funérailles d’État », rituels.
  • Entreprises : « death of an era » corporate, métaphores.
  • Politiques : « les funérailles de la République », rhétorique catastrophiste.
  • Intellectuels : Philippe Ariès (L’homme devant la mort) ; Edgar Morin ; Louis-Vincent Thomas ; Vladimir Jankélévitch.
  • Consultants : « post-mortem », « obituary », « end of life ».
  • Réseaux sociaux : « RIP », hommages instantanés ; deuil performatif.
  • Publicité : prévoyance obsèques, sujet tabou.
  • Conversations ordinaires : « j’ai des funérailles cette semaine », rituel social ; « funérailles tristes ».

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

Les funérailles sont sobres (en discours moderne) et coûteuses (en moyenne 4 000-5 000€ en France). Religieuses (en déclin) et civiles (en hausse). Intimes (préférence affichée) et nationales (consacrant les grands). On parle de « funérailles d’une époque » dès qu’un événement clôt symboliquement quelque chose — sans toujours mesurer si l’époque est réellement morte. La fin de vie est massivement médicalisée mais la mort reste un tabou social.

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’a démontré Philippe Ariès dans L’homme devant la mort, le rapport occidental à la mort a connu de profondes mutations historiques — de la « mort apprivoisée » médiévale à la « mort interdite » contemporaine, où la mort est expulsée des familles vers l’hôpital, des conversations vers le tabou. Et que comme l’a documenté Louis-Vincent Thomas, les funérailles sont des dispositifs sociaux essentiels pour transformer un deuil individuel en geste collectif — leur affaiblissement contemporain n’est pas neutre.

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« Philippe Ariès, dans L’homme devant la mort (1977), a tracé l’évolution occidentale du rapport à la mort — de la “mort apprivoisée” médiévale (au lit, en famille) à la “mort interdite” contemporaine (à l’hôpital, dissimulée). Edgar Morin, dans L’homme et la mort (1951), a fait l’anthropologie philosophique de la conscience mortelle. Louis-Vincent Thomas a sociologisé les rites funéraires — leur affaiblissement contemporain (crémation en hausse, cérémonies courtes) accompagne le tabou social autour de la mort. Vladimir Jankélévitch, en philosophe, a écrit La mort (1966). Le développement des “funérailles personnalisées” est une mutation récente. »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Funérailles : cérémonie d’inhumation à laquelle on assiste pour ne pas être absent et qu’on quitte dès que possible.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

C’est les funérailles d’une époque — c’est ce qu’on dit dès qu’on veut donner du tragique à un changement qu’on n’a pas compris.

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