Index Lettre M

Morgue

morgue #

1. DÉFINITION REÇUE #

Lieu où l’on dépose les morts (institut médico-légal), ou attitude hautaine (« morgue aristocratique »), qu’on convoque pour parler médecine légale (« faits divers »), séries policières (« le légiste »), et dédain (« il l’a regardé avec morgue »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est la morgue. »
  • « C’est l’institut médico-légal. »
  • « C’est devenu une morgue improvisée. »
  • « C’est l’éternelle morgue. »
  • « C’est regarder avec morgue. »
  • « C’est l’attitude de morgue. »
  • « C’est la morgue parisienne. »
  • « C’est la morgue de l’aristocratie. »
  • « C’est descendre à la morgue. »
  • « C’est l’autopsie. »
  • « C’est l’expertise médico-légale. »
  • « C’est en faire une morgue. »
  • « C’est dans la morgue qu’on est. »
  • « C’est l’âme du dédain. »
  • « C’est sans morgue. »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

L’IML (Institut Médico-Légal) place Mazas à Paris. La table d’autopsie. Le tiroir réfrigéré du légiste. Les séries TV (NCIS, Les Experts, Engrenages). La « morgue » de la duchesse (attitude hautaine, étymologie du XVe : visage hautain). Les morgues improvisées pendant la COVID (printemps 2020, Ehpad). Le « médecin légiste » d’Audiard. L’autopsie classique de Rembrandt (La leçon d’anatomie du Dr Tulp, 1632).

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Morgue (lieu) / morgue (attitude). Médico-légal / hospitalier. Dédain / fierté. Public / privé. Officiel / improvisé. Civil / militaire. Réel / fictionnel.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « C’est la morgue. »
  • « C’est l’éternelle morgue. »
  • « C’est l’âme du dédain. »
  • « C’est sans morgue. »
  • « C’est regarder avec morgue. »
  • « C’est une morgue improvisée. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« La morgue est moins un lieu qu’un consentement à voir les morts avec dignité. » « Toute société se mesure aux morgues qu’elle organise. » « La morgue est l’autre nom du seuil entre vie et après. » « Sans morgue, pas d’autopsie ; sans autopsie, plus de morgue. » « La morgue aristocratique est l’envers du peuple. » Convient à un livre de Philippe Ariès (L’homme devant la mort), à un essai de Louis-Vincent Thomas sur les rituels funéraires, à un texte de Foucault sur la médecine légale.

7. CLICheS PAR MILIEU #

  • Médias : « morgue improvisée » (COVID 2020), faits divers.
  • Entreprises : peu présent.
  • Politiques : « la morgue du Président » (attitude), critique.
  • Intellectuels : Philippe Ariès (L’homme devant la mort, 1977) ; Louis-Vincent Thomas (Anthropologie de la mort) ; Michel Foucault (Naissance de la clinique).
  • Consultants : absent.
  • Réseaux sociaux : NCIS fan, Les Experts ; « légiste » comme métier fantasmé.
  • Publicité : presque absent.
  • Conversations ordinaires : « avec morgue », ton précieux ; « à la morgue », ton sinistre.

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

La « morgue » comme lieu (institut médico-légal) et comme attitude (dédain) sont étymologiquement liées — du XVe siècle, « morgue » signifiait « visage hautain » avant de désigner la pièce où l’on examinait les morts (qu’on regarde avec « morgue », au sens premier). Pendant la COVID (printemps 2020), des « morgues improvisées » ont été créées (camions réfrigérés, Rungis) — image traumatique. Les séries TV (NCIS, Les Experts) ont popularisé le « médecin légiste » comme héros.

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’a documenté Philippe Ariès dans L’homme devant la mort (1977), le rapport occidental à la mort a connu une mutation majeure — de la « mort apprivoisée » médiévale à la « mort interdite » contemporaine, où la mort est expulsée hors du domicile vers l’hôpital, puis vers la morgue, espace de plus en plus invisible. Et que comme l’a posé Foucault dans Naissance de la clinique (1963), la morgue est l’un des lieux où s’est constitué le « regard médical » moderne — la dissection, la classification, l’objectivation du corps.

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« Philippe Ariès, dans L’homme devant la mort (1977), a tracé l’évolution occidentale du rapport à la mort — de la “mort apprivoisée” médiévale (au domicile, en famille) à la “mort interdite” contemporaine (expulsée à l’hôpital, à la morgue, hors visibilité). Louis-Vincent Thomas a fait l’anthropologie comparée des rituels funéraires. Michel Foucault, dans Naissance de la clinique (1963), a fait l’archéologie du regard médical moderne — la morgue et l’autopsie sont au cœur de la médecine clinique née au XVIIIe-XIXe. Étymologiquement, “morgue” (XVe siècle) désignait le visage hautain avant le lieu d’examen des morts — étymologie partagée. »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Morgue : lieu où l’on dépose les morts, ou attitude hautaine — deux sens qui partagent étymologiquement l’idée de regarder les autres avec distance.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

La morgue improvisée — c’est ce qu’on a vu en 2020 sans avoir préparé de mot pour le dire.

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