Risque
risque #
1. DÉFINITION REÇUE #
Probabilité d’un événement dommageable, qu’on convoque pour parler économie (« prise de risque »), assurance (« risque assurable »), santé (« facteurs de risque »), et sociologie (« société du risque »).
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est le risque. »
- « C’est prendre des risques. »
- « C’est devenu un risque majeur. »
- « C’est l’éternel risque. »
- « C’est le risque zéro n’existe pas. »
- « C’est à ses risques et périls. »
- « C’est la prise de risque. »
- « C’est minimiser les risques. »
- « C’est sans risque. »
- « C’est un risque calculé. »
- « C’est le risque inhérent. »
- « C’est le risque de société. »
- « C’est dans le risque qu’on est. »
- « C’est l’âme de l’aventure. »
- « C’est un risque inacceptable. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
La société du risque (Ulrich Beck, Risikogesellschaft, 1986). « Le risque zéro n’existe pas » (formule administrative). Le « principe de précaution » (Charte de l’environnement, 2005). Frank Knight (Risk, Uncertainty and Profit, 1921, distinction risque/incertitude). « Pas de risque, pas de gain » (formule capitaliste). Le « risque systémique » (crise 2008). Le « risque OGM », « risque pandémique » (Covid 2020-22). L’assurance vie. Le « risque tribunal » (médiatique). La « zone à risque ». « Avis aux personnes à risque ». La « théorie de la perspective » (Kahneman-Tversky, 1979).
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Risque / certitude. Risque / opportunité. Calculé / aveugle. Acceptable / inacceptable. Individuel / collectif. Zéro / élevé. Précaution / prévention.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut prendre des risques. »
- « C’est le risque zéro n’existe pas. »
- « C’est l’éternel risque. »
- « C’est l’âme de l’aventure. »
- « C’est un risque calculé. »
- « C’est un risque inacceptable. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Le risque est moins une probabilité qu’un consentement à ne pas savoir. » « Toute société se mesure aux risques qu’elle accepte. » « Le risque est l’autre nom de l’incertitude calculée. » « Sans risque, pas de gain ; sans gain, plus de risque. » « Le risque calculé est l’envers du risque aveugle. » Convient à un livre d’Ulrich Beck (La société du risque, 1986), à un essai de Frank Knight (Risk, Uncertainty and Profit, 1921), à un texte de Mary Douglas et Aaron Wildavsky (Risk and Culture, 1982).
7. CLichés PAR MILIEU #
- Médias : « facteurs de risque », « zones à risque », rituels.
- Entreprises : « risk management », « ERM » (Enterprise Risk Management), jargon central.
- Politiques : « principe de précaution » vs « prise de risque calculée », clivage.
- Intellectuels : Ulrich Beck (Risikogesellschaft, 1986 ; World at Risk, 2007) ; Frank Knight (Risk, Uncertainty and Profit, 1921) ; Daniel Kahneman et Amos Tversky (Prospect Theory, 1979, Nobel 2002) ; Mary Douglas (Risk and Culture, 1982) ; Niklas Luhmann (Sociologie du risque, 1991).
- Consultants : « risk matrix », « risk appetite », « VaR » (Value at Risk), jargon massif.
- Réseaux sociaux : « no risk no story », slogan ; « calculated risk ».
- Publicité : « sans risque pour… », assurances ; « tentez votre chance ».
- Conversations ordinaires : « c’est risqué », jugement ; « zéro risque », exigence populaire.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Ulrich Beck, dans La société du risque (Risikogesellschaft, 1986, publication coïncidant avec Tchernobyl), a posé la « modernisation réflexive » : la modernité industrielle produit des risques globaux (nucléaires, climatiques, financiers) qui dépassent les institutions traditionnelles de gestion (assurance, État-providence, science classique). Frank Knight, dans Risk, Uncertainty and Profit (1921), a forgé la distinction canonique : risque (probabilités connues, assurable, gérable par calcul) vs incertitude (probabilités inconnues, non-assurable). Daniel Kahneman et Amos Tversky (« Prospect Theory », 1979 ; Nobel 2002) ont démontré que les humains sont risk-averse face aux gains et risk-seeking face aux pertes — asymétrie qui contredit l’utilité espérée classique. Le « risque zéro n’existe pas » est formule administrative défensive.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a démontré Ulrich Beck dans La société du risque (1986), la modernité avancée ne gère plus seulement des « risques » assurables (accidents, maladies) — elle produit des « méga-risques » globaux (Tchernobyl, climat, pandémies, crise financière 2008) qui dépassent les institutions de l’État-providence. Et que comme l’ont posé Daniel Kahneman et Amos Tversky dans « Prospect Theory » (Econometrica, 1979), les humains ne traitent pas symétriquement gains et pertes — la « peur de perdre » est ~2 fois plus puissante que le « désir de gagner », biais cognitif fondamental qui invalide les modèles classiques.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Ulrich Beck, dans La société du risque. Sur la voie d’une autre modernité (Risikogesellschaft. Auf dem Weg in eine andere Moderne, 1986, parution coïncidant avec l’accident de Tchernobyl, 26 avril 1986), a posé la “modernisation réflexive” — les sociétés industrielles produisent des risques globaux (nucléaires, climatiques, biotechnologiques) qui transforment la politique. Frank Knight, dans Risk, Uncertainty and Profit (1921), a établi la distinction canonique : risk (probabilités connues) vs uncertainty (probabilités inconnues). Daniel Kahneman et Amos Tversky, dans “Prospect Theory. An Analysis of Decision under Risk” (Econometrica, 1979, Nobel à Kahneman 2002, Tversky décédé en 1996), ont démontré l’aversion aux pertes (~2x plus puissante que le désir de gains équivalents). Mary Douglas et Aaron Wildavsky, dans Risk and Culture. An Essay on the Selection of Technical and Environmental Dangers (1982), ont posé une approche culturelle du risque. Niklas Luhmann, dans Sociologie du risque (Soziologie des Risikos, 1991), distingue risque (décision propre) et danger (effet externe). »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Risque : probabilité d’un événement dommageable qu’on déclare « calculé » d’autant plus volontiers qu’on n’a fait aucun calcul.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Le risque zéro n’existe pas — c’est ce qu’on dit pour valider à l’avance ce qui aurait pu être évité avec un peu plus de précaution.