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Planète

planète #

1. DÉFINITION REÇUE #

Astre tournant autour d’une étoile, qu’on convoque pour parler écologie (« sauver la planète »), climat (« planète qui brûle »), astronomie (« planète bleue ») et globalisation (« planète foot »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est la planète. »
  • « C’est sauver la planète. »
  • « C’est devenu la planète des fous. »
  • « C’est l’éternelle planète. »
  • « C’est la planète bleue. »
  • « C’est la planète qui brûle. »
  • « C’est notre planète. »
  • « C’est la planète Terre. »
  • « C’est respecter la planète. »
  • « C’est aimer la planète. »
  • « C’est la planète foot. »
  • « C’est la planète menacée. »
  • « C’est dans la planète qu’on est. »
  • « C’est l’âme du vivant. »
  • « C’est la planète habitable. »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

La « planète bleue » (vue de l’espace, photo « Blue Marble » d’Apollo 17, 1972). La « planète qui brûle » (réchauffement climatique). Le Petit Prince (Saint-Exupéry, 1943) et ses planètes. « Notre maison brûle » (Chirac Johannesburg 2002). La « planète foot » (mondialisation médiatique). « Sauver la planète » (slogan écologiste). Les neuf limites planétaires (Rockström, 2009 ; six déjà franchies). La planète Mars (objectif Musk, SpaceX). Les exoplanètes (Trappist-1, etc.). Pluton, déclassée de planète à « planète naine » (2006, UAI).

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Planète / humanité. Planète / économie. Habitable / morte. Sauver / exploiter. Locale / globale. Terre / Mars. Bleue / brûlée.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « Faut sauver la planète. »
  • « C’est la planète bleue. »
  • « C’est l’éternelle planète. »
  • « C’est l’âme du vivant. »
  • « C’est respecter la planète. »
  • « C’est la planète qui brûle. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« La planète est moins un astre qu’un consentement à se sentir concerné. » « Toute société se mesure à la planète qu’elle laisse. » « La planète est l’autre nom de notre dette envers le vivant. » « Sans planète, pas d’humanité ; sans humanité, plus de planète qui pense. » « La planète bleue est l’envers de la planète qui brûle. » Convient à un livre de James Lovelock (Gaïa, une médecine pour la planète, 1979), à un essai de Bruno Latour (Où atterrir ?, 2017), à un texte de Rockström et al. sur les limites planétaires (Nature, 2009).

7. CLICheS PAR MILIEU #

  • Médias : « la planète brûle », « sauver la planète », rituels.
  • Entreprises : « planet-friendly », « greenwashing » massif ; « planet, people, profit » (triple bottom line).
  • Politiques : « one planet summit », « notre planète », rhétorique COP.
  • Intellectuels : Bruno Latour (Où atterrir ?, 2017 ; Face à Gaïa, 2015) ; James Lovelock (Gaïa, 1979) ; Johan Rockström (limites planétaires) ; Dipesh Chakrabarty (La climate de l’histoire, 2009).
  • Consultants : « planet », « sustainability », jargon.
  • Réseaux sociaux : « save the planet », « eco-anxiety », hashtags massifs.
  • Publicité : « pour la planète », greenwashing systématique.
  • Conversations ordinaires : « pour la planète », justification ; « la planète va mal », résigné.

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

La « planète » est métonymie pour « biosphère habitable » — la planète comme astre ne risque rien, c’est la vie qui est menacée. James Lovelock, dans Gaïa, une nouvelle hypothèse sur la vie sur Terre (1979), a posé que la Terre est un système auto-régulé. Bruno Latour (Face à Gaïa, 2015 ; Où atterrir ?, 2017) a repris Gaïa pour penser la « zone critique » terrestre. Les neuf limites planétaires (Rockström et al. 2009, Nature) : six déjà franchies en 2023 (climat, biodiversité, azote, phosphore, eau douce, cycle terre). La photo « Earthrise » (Apollo 8, 1968) a fondé la conscience planétaire.

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’a démontré Johan Rockström et al. dans Planetary Boundaries (Nature, 2009 ; mise à jour 2023), six des neuf limites planétaires (climat, biodiversité, azote, phosphore, eau douce, cycle terre) sont déjà franchies — chiffrage scientifique précis, pas slogan vague. Et que comme l’a posé Bruno Latour dans Face à Gaïa (2015) puis Où atterrir ? (2017), le « globe » d’avant et la « planète Terre » d’aujourd’hui ne sont pas le même objet — Gaïa n’est pas une planète indifférente, c’est un système qui réagit à nos actions.

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« James Lovelock, dans Gaïa, une nouvelle hypothèse sur la vie sur Terre (1979), a posé l’hypothèse Gaïa : la Terre comme système auto-régulé. Bruno Latour, dans Face à Gaïa. Huit conférences sur le nouveau régime climatique (2015) puis Où atterrir ? Comment s’orienter en politique (2017), a repris Gaïa pour penser la « zone critique » et le passage du Global au Terrestre. Johan Rockström et al., dans Planetary Boundaries (Nature, 2009 ; Science, 2023), ont chiffré neuf limites planétaires — six déjà franchies. Dipesh Chakrabarty, dans The Climate of History (2009) puis The Climate of History in a Planetary Age (2021), a posé que l’humain est devenu force géologique. La photo “Earthrise” (Apollo 8, 24 décembre 1968) a fondé la conscience planétaire occidentale. »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Planète : astre tournant autour d’une étoile qu’on déclare « à sauver » d’autant plus volontiers qu’on prend l’avion pour s’y intéresser.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

Sauver la planète — c’est ce qu’on dit pour donner un sens cosmique à des gestes domestiques.

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