Courage
courage #
1. DÉFINITION REÇUE #
Vertu de l’audace face à la peur, qu’on attribue à ceux qu’on admire et qu’on dénie à ceux qu’on critique, sans jamais bien le définir.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « Faut du courage. »
- « C’est une question de courage. »
- « Il en faut du courage. »
- « C’est courageux, ce qu’il fait. »
- « Bon courage ! »
- « Faut le courage de dire non. »
- « Le courage politique est rare. »
- « C’est un courage exemplaire. »
- « C’est un courage moral. »
- « C’est un courage du quotidien. »
- « Sans courage, pas d’avancée. »
- « Faut savoir prendre son courage à deux mains. »
- « C’est un manque de courage. »
- « C’est inversement proportionnel au courage. »
- « Le vrai courage, c’est… »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Le soldat à la bataille. Le pompier dans les flammes. Le héros qui brave. Le whistleblower qui parle. La femme qui dit non. L’enfant qui ose. La main tendue malgré le risque. Le poing serré. Le sourire malgré la peur. Le « lâche » dans le polar. Le « Je suis Charlie ». La résistante.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Courage / lâcheté. Physique / moral. Personnel / collectif. Audace / témérité. Courage politique / privé. Quotidien / héroïque. Sain / suicidaire. Public / discret. Universel / culturel.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut du courage. »
- « Le courage paie. »
- « Sans courage, pas d’avancée. »
- « Le courage moral est plus rare. »
- « C’est dans l’épreuve qu’on est courageux. »
- « Faut savoir reconnaître le courage. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Le courage est moins une vertu qu’un consentement à l’inconfort. » « On ne décide pas d’être courageux, on consent à l’être. » « Toute société se mesure à ce qu’elle continue d’appeler courage. » « Le courage politique est l’autre nom du refus de plaire. » « Sans courage, pas de morale ; sans morale, pas de courage. » Convient à un essai de Cynthia Fleury, à un livre de Vladimir Jankélévitch (Le courage), à un texte d’Aristote.
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « le courage exemplaire », portraits de héros, pompiers, soignants.
- Entreprises : « courageous leadership », « brave conversations ».
- Politiques : « le courage politique », « ils n’ont pas le courage », rituel.
- Intellectuels : Aristote, Éthique à Nicomaque ; Jankélévitch ; Cynthia Fleury.
- Consultants : « courage as a competitive advantage », « brave culture ».
- Réseaux sociaux : « courage », poster inspirant ; « bon courage », formule rituelle.
- Publicité : « pour ceux qui osent », sport, mutuelle, banque.
- Conversations ordinaires : « bon courage ! », formule de soutien quotidienne.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Le courage est universel et culturel. Personnel et politique. Sain et téméraire. Visible et discret. À admirer et à pratiquer. La rhétorique du courage est partout, le courage politique est rare. On valorise les héros et on s’épargne le courage soi-même.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a montré Aristote, le courage est une vertu intermédiaire (entre lâcheté et témérité), et qu’il ne se définit pas hors situation. Et que la rhétorique du « courage politique » sert souvent de reproche moralisateur sans contenu — ce qui demande du courage, c’est rarement ce qu’on dit.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Aristote, dans l’Éthique à Nicomaque, a fait du courage l’une des vertus cardinales — un juste milieu entre lâcheté et témérité. Vladimir Jankélévitch, dans Le courage, a poursuivi avec finesse. Cynthia Fleury, dans Les Irremplaçables, en a fait un acte démocratique. Aujourd’hui, le mot est galvaudé : “courage politique” sert de reproche sans contenu, “bon courage” est une formule de retrait. Le vrai courage n’est presque jamais celui qu’on désigne ainsi. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Courage : vertu qu’on souhaite aux autres et qu’on évite chez soi, en se réservant le droit de la commenter de loin.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Bon courage ! — c’est ce qu’on dit pour s’épargner d’avoir à en faire preuve soi-même.