Confiance
confiance #
1. DÉFINITION REÇUE #
Disposition à se fier à autrui ou à soi-même, qu’on déclare en crise depuis quarante ans, et qu’on demande aux institutions, aux entreprises, aux conjoints et à soi.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « Faut faire confiance. »
- « C’est la confiance qui sauve. »
- « C’est la confiance qui se gagne. »
- « C’est une crise de confiance. »
- « La confiance des Français est au plus bas. »
- « Le climat de confiance, c’est tout. »
- « Faut avoir confiance en soi. »
- « Faut avoir confiance dans l’avenir. »
- « C’est la confiance dans les institutions. »
- « C’est la confiance dans la science. »
- « Sans confiance, plus rien. »
- « C’est la base, la confiance. »
- « C’est trop tôt pour la confiance. »
- « Faut reconstruire la confiance. »
- « Faut perdre la confiance. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
La poignée de main. Le pacte signé. Le regard qui croise. Le sondage de confiance. Les deux mains qui se serrent. Le contrat de confiance Darty. Le « pacte de confiance » politique. La pyramide hiérarchique. Le « trust me ». Le « je te fais confiance ». Le client qui paie d’avance. Le couple stable.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Confiance / méfiance. Confiance / contrôle. Confiance institutionnelle / interpersonnelle. Innée / acquise. À accorder / à mériter. Confiance en soi / confiance en l’autre. Privé / public. Court / long terme. Confiance / vérification.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut faire confiance. »
- « La confiance se gagne. »
- « Sans confiance, pas de société. »
- « Faut reconstruire la confiance. »
- « C’est trop tôt pour la confiance. »
- « C’est la base, la confiance. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« La confiance est moins un sentiment qu’un consentement à l’incertitude. » « Toute société se mesure à la confiance qu’elle peut rendre légitime. » « La confiance est l’autre nom du courage social. » « On ne fait pas confiance, on prend le risque. » « Sans confiance, tout coût se multiplie. » Convient à un essai de Pierre Rosanvallon (La contre-démocratie), à un livre de Cynthia Fleury, à une chronique sur la défiance.
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « la confiance s’effondre », « les Français ne croient plus en », sondages.
- Entreprises : « culture de confiance », « trust-based leadership ».
- Politiques : « pacte de confiance », « rebâtir la confiance », promesses.
- Intellectuels : Pierre Rosanvallon, La contre-démocratie ; Francis Fukuyama, Trust.
- Consultants : « trust as a competitive advantage », « Edelman Trust Barometer ».
- Réseaux sociaux : « build trust », « trust me », « rebuild trust », slogans.
- Publicité : Darty et son contrat de confiance, banque, mutuelle.
- Conversations ordinaires : « je te fais confiance », « j’ai plus confiance », rituels.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
La confiance est innée et apprise. Donnée et méritée. Indispensable et trahie. Permanente et fragile. À reconstruire et à donner. La confiance institutionnelle s’effondre, la confiance interpersonnelle reste élevée. C’est la base et c’est rare.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a montré Pierre Rosanvallon, la « défiance » contemporaine n’est pas seulement une crise — c’est aussi une vigilance démocratique productive. Et que les institutions qui se plaignent de la perte de confiance sont souvent celles qui ont fait le plus pour la mériter.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Pierre Rosanvallon, dans La contre-démocratie, a inversé la perspective : la défiance n’est pas l’opposé de la démocratie, c’en est une condition. Francis Fukuyama, dans Trust, a montré que les sociétés à haute confiance produisent plus de richesse — c’est utile mais un peu mécaniste. Aujourd’hui, on est dans une crise de confiance institutionnelle (politiques, médias, science) qui mérite analyse — pas seulement déploration. C’est aussi le résultat de comportements répétés. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Confiance : disposition qu’on demande aux autres tout en se réservant le droit de la suspendre.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
La confiance, c’est la base — c’est ce qu’on dit en surveillant l’autre du coin de l’œil.