Connard
connard #
1. DÉFINITION REÇUE #
Insulte vulgaire qu’on emploie pour désigner les conducteurs hostiles, les ex, les chefs déplaisants, et qu’on revendique parfois comme exclamation libératoire.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « Quel connard ! »
- « C’est un connard. »
- « Tous des connards. »
- « C’est un fini de connard. »
- « C’est un sacré connard. »
- « C’est un connard fini. »
- « C’est un connard de banquier. »
- « C’est un connard de patron. »
- « C’est un connard sur la route. »
- « Faut pas devenir un connard. »
- « C’est devenu un connard. »
- « C’est l’effet connard. »
- « Connard, c’est trop fort. »
- « Connard, c’est un mot du quotidien. »
- « C’est juste un connard. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Le doigt d’honneur sur la route. Le coup de klaxon. La vidéo de bagarre. Le tweet rageur. Le mec qui dépasse dans la file. Le client râleur. Le chef qui hurle. Le « plot twist » du film noir où le héros découvre. Le « no asshole rule » de la Silicon Valley. Le « connard du bureau ».
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Connard / con. Connard / autre insulte. Vulgaire / argot acceptable. Personnel / collectif. Subjectif / objectif. Connard public / privé. Connard d’autoroute / de bureau.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut pas devenir un connard. »
- « C’est juste un connard. »
- « C’est défoulant, le mot. »
- « Faut limiter les insultes. »
- « C’est aussi un signe de fatigue. »
- « C’est devenu trop banal. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Le connard est moins une personne qu’une projection. » « Tout connard désigné l’est moins en soi qu’en relation. » « Insulter, c’est un consentement à l’absence d’argument. » « Le connard est l’envers du soi qu’on n’arrive pas à modifier. » « Toute société se mesure à la fréquence de ses connards déclarés. » Convient à un essai sur la vulgarité contemporaine, à un livre de Mona Chollet, à un texte sur la civilité.
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : rare ; sauf citation ironique.
- Entreprises : la « no asshole rule » de Stanford ; gestion des « toxiques ».
- Politiques : silence officiel, omniprésence privée.
- Intellectuels : Aaron James, Assholes : a theory (livre américain) ; sociologie de l’insulte.
- Consultants : « toxic leader », « toxic culture », anglicisme.
- Réseaux sociaux : threads de connards anonymes, « connard du jour ».
- Publicité : silence absolu.
- Conversations ordinaires : « quel connard ! », exclamation libératoire universelle.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Le connard est universel et personnel. Vulgaire et acceptable. Insulte et exutoire. À éviter et à pratiquer. Le connard désigné varie selon l’humeur. C’est une catégorie scientifique (Aaron James) et une exclamation. C’est l’autre, jamais soi.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a montré Aaron James dans Assholes : a theory, le « connard » a une définition rigoureuse — c’est celui qui s’attribue systématiquement des avantages au mépris de l’égalité. Ce n’est pas qu’une insulte, c’est une catégorie morale. Et que la prolifération du mot dans le langage quotidien est un symptôme : on n’a plus d’autre vocabulaire pour nommer les comportements antisociaux.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Aaron James, philosophe à UC Irvine, a écrit Assholes : a theory — un livre sérieux qui définit le “connard” : celui qui s’attribue systématiquement des avantages au mépris de l’égalité, et qui se sent légitime à le faire. C’est plus précis que l’insulte. Le mot circule désormais à toutes les sauces parce qu’on n’a plus de vocabulaire pour nommer un comportement antisocial banal. La civilité comme exigence collective recule, et le mot “connard” comble le vide. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Connard : individu qu’on désigne ainsi quand on n’a pas le courage ou le vocabulaire de l’analyser.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Quel connard ! — c’est ce qu’on dit pour clore une situation sociale qu’on n’a pas su nommer.