Changement
changement #
1. DÉFINITION REÇUE #
Modification d’un état, qu’on présente comme inévitable et bienvenu en théorie, et qu’on combat avec énergie en pratique.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « Faut du changement. »
- « Le changement, c’est maintenant. »
- « Le changement, c’est inévitable. »
- « Le changement fait peur. »
- « Le changement, ça se gère. »
- « Sans changement, on s’enlise. »
- « Trop de changement, plus de repères. »
- « Faut accepter le changement. »
- « Le changement climatique, c’est l’urgence. »
- « C’est l’effet changement. »
- « Le vrai changement, c’est intérieur. »
- « Faut être agent de changement. »
- « C’est dans le changement qu’on grandit. »
- « C’est un changement de paradigme. »
- « Y’a un changement de cap. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
La feuille qui tombe. La chrysalide. Le papillon qui s’envole. La courbe en S. La rivière qui coule. Le panneau « la voie change ». La transformation digitale en infographie. La photo « avant / après ». Le « disrupteur » en hoodie. Le slogan « change is the only constant ». Le couloir d’open space en travaux.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Changement / continuité. Changement / révolution. Changement / réforme. Volontaire / subi. Brutal / progressif. Personnel / collectif. Climatique / sociétal. Tradition / innovation. Changement de cap / changement de discours.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut accepter le changement. »
- « Le changement, c’est l’avenir. »
- « Sans changement, pas de progrès. »
- « Faut accompagner le changement. »
- « C’est dans le changement qu’on apprend. »
- « Le changement vrai vient de l’intérieur. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Tout change pour que rien ne change. » (Lampedusa) « Le changement n’est pas un événement, c’est un récit. » « On parle de changement quand on n’a plus le courage de la rupture. » « La gestion du changement est l’autre nom du conservatisme adouci. » « Le vrai changement, c’est moins ce qui se modifie que ce qui consent à s’effacer. » Convient à un livre de management, à un essai de Frédérique Joly, à un ouvrage Albin Michel.
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « le changement, c’est maintenant », slogan Hollande 2012.
- Entreprises : « change management », « transformation », vocabulaire saturé.
- Politiques : « il faut du changement », promesse électorale universelle.
- Intellectuels : Boltanski/Chiapello sur la flexibilité ; sociologie du changement.
- Consultants : « change adoption », « ADKAR », « org transformation ».
- Réseaux sociaux : « 5 conseils pour embrasser le changement », threads inspirants.
- Publicité : « changeons », « la vie change », transition.
- Conversations ordinaires : « j’ai besoin de changement », formule existentielle.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Le changement est inévitable et insupportable. Désiré et redouté. Profond et superficiel. Personnel et collectif. Volontaire et subi. À gérer et à embrasser. C’est l’avenir et c’est l’angoisse. Tout le monde le veut, personne ne l’accepte vraiment.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que la rhétorique du « changement » dans les organisations est devenue un dispositif managérial pour faire accepter ce qui est en réalité une intensification du travail (« change management »). Et que la fameuse phrase « tout change pour que rien ne change » de Lampedusa décrit assez bien la majorité des réformes politiques.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Le mot “changement” est devenu une novlangue. Boltanski et Chiapello, dans Le nouvel esprit du capitalisme, ont montré que l’injonction permanente au changement sert à éroder les contre-pouvoirs. La “gestion du changement” en entreprise est l’art d’imposer la transformation sans en discuter. Lampedusa avait tout dit dans Le Guépard : “il faut que tout change pour que rien ne change”. C’est l’art bourgeois par excellence. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Changement : transformation qu’on présente comme inévitable, et qui consiste presque toujours à conserver l’essentiel.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Faut du changement — c’est ce qu’on dit pour ne pas avoir à préciser ce qu’on changerait vraiment.