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Scandale

scandale #

1. DÉFINITION REÇUE #

Affaire choquant l’opinion, qu’on convoque pour parler politique (« scandale d’État »), morale (« causer le scandale »), médias (« scandale du jour »), et religion (« le scandale de la croix »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est le scandale. »
  • « C’est un scandale d’État. »
  • « C’est devenu un scandale médiatique. »
  • « C’est l’éternel scandale. »
  • « C’est faire scandale. »
  • « C’est crier au scandale. »
  • « C’est un scandale insoutenable. »
  • « C’est ce qui est scandaleux. »
  • « C’est la chronique du scandale. »
  • « C’est le scandale de l’amiante. »
  • « C’est un scandale sanitaire. »
  • « C’est le scandale du sang contaminé. »
  • « C’est dans le scandale qu’on est. »
  • « C’est l’âme de l’indignation. »
  • « C’est un scandale révoltant. »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

Watergate (Nixon, 1972-74). J’accuse ! (Zola, L’Aurore, 13 janvier 1898, affaire Dreyfus). Le scandale Cahuzac (2013, ministre du Budget qui ment sur ses comptes offshore). Le scandale du sang contaminé (1985-91, ~4 700 contaminations VIH). L’amiante (~100 000 morts prévus en France 1965-2050). Stavisky (1934). Panama Papers (Mossack Fonseca, 2016), Paradise Papers (2017), Pandora Papers (2021). Cambridge Analytica (Facebook, 2018). Weinstein (octobre 2017, déclenchement #MeToo). « Causer le scandale » (Évangile, Matthieu 18:6-7). Le scandalon grec (pierre d’achoppement). « Le scandale de la croix » (1 Corinthiens 1:23).

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Scandale / affaire. Scandale / délit. Politique / sexuel. Vrai / faux. Médiatique / réel. Indignation / désaffection. Public / privé.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « Faut crier au scandale. »
  • « C’est un scandale d’État. »
  • « C’est l’éternel scandale. »
  • « C’est l’âme de l’indignation. »
  • « C’est ce qui est scandaleux. »
  • « C’est un scandale révoltant. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« Le scandale est moins une révélation qu’un consentement à se laisser indigner. » « Toute société se mesure aux scandales qu’elle produit. » « Le scandale est l’autre nom de la transgression visible. » « Sans scandale, pas de norme ; sans norme, plus de scandale. » « Le scandale d’État est l’envers du scandale privé. » Convient à un livre de Damien de Blic et Cyril Lemieux (Mobilisations critiques et critiques de la mobilisation, Politix, 2005), à un essai d’Éric Dupin (Voyage en France, 2011), à un texte de Luc Boltanski (L’amour et la justice comme compétences, 1990).

7. CLICHÉS PAR MILIEU #

  • Médias : « scandale d’État », gradient de gros titres ; « bombshell », anglo-saxon ; exclusivité scandale.
  • Entreprises : « scandal management », « crisis comms », jargon ; PR firms spécialisées.
  • Politiques : « scandale Cahuzac », « scandale du Mediator » (Servier), références obligées ; « Watergate » comme étalon.
  • Intellectuels : Damien de Blic et Cyril Lemieux (“Le scandale comme épreuve”, Politix, n°71, 2005) ; Hannah Arendt (Du mensonge à la violence, 1972, sur les Pentagon Papers) ; Pierre Lascoumes (Une démocratie corruptible, 2011) ; Luc Boltanski (sur la dénonciation, L’amour et la justice comme compétences, 1990).
  • Consultants : « crisis communication », « reputation defense », jargon (FleishmanHillard, Brunswick).
  • Réseaux sociaux : viralité du scandale ; cancel culture comme amplification ; mèmes.
  • Publicité : « publicité scandale » (Benetton, Tom Ford) — provocation calculée.
  • Conversations ordinaires : « tu connais le scandale ? », accroche ; « c’est un scandale ! », indignation routinière.

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

Damien de Blic et Cyril Lemieux ont théorisé le scandale comme « épreuve » sociologique (Politix, 2005) : moment où une transgression devient publique, déclenche une indignation collective, et oblige les institutions à se justifier. Trois phases : révélation, indignation, sanction (ou occultation). Watergate (cambriolage du quartier général démocrate le 17 juin 1972, démission de Nixon le 9 août 1974, suite à l’enquête de Bob Woodward et Carl Bernstein, Washington Post) reste étalon mondial du scandale politique — le suffixe « -gate » est devenu générique (Deflategate, Pizzagate, Macrongate, etc.). L’affaire Cahuzac (révélée par Mediapart le 4 décembre 2012 : compte caché en Suisse du ministre du Budget chargé de la lutte contre la fraude fiscale) a illustré la fonction démocratique du journalisme d’investigation. #MeToo (depuis l’affaire Weinstein, New York Times et New Yorker d’octobre 2017) a transformé le scandale sexuel privé en mouvement structurel mondial.

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’ont démontré Damien de Blic et Cyril Lemieux dans « Le scandale comme épreuve » (Politix, 2005), le scandale n’est pas la révélation d’un fait — c’est un processus collectif où une transgression est qualifiée publiquement, où des « entrepreneurs de scandale » mobilisent l’indignation, et où les institutions sont sommées de se justifier (le scandale est producteur de norme, pas révélateur). Et que comme l’a posé Hannah Arendt dans Du mensonge à la violence (1972, à propos des Pentagon Papers), le scandale politique moderne ne révèle pas la rupture entre vérité et mensonge — il révèle la collusion structurelle entre pouvoir et tromperie.

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« Damien de Blic et Cyril Lemieux, dans “Le scandale comme épreuve. Éléments de sociologie pragmatique” (Politix, vol. 18, n°71, 2005), ont théorisé le scandale comme épreuve en trois phases (publicisation, indignation, sanction) — sociologie pragmatique inspirée de Luc Boltanski et Laurent Thévenot (De la justification, 1991). Hannah Arendt, dans Du mensonge à la violence (Crises of the Republic, 1972, à propos des Pentagon Papers publiés par le New York Times en juin 1971 grâce à Daniel Ellsberg), a analysé le mensonge politique moderne. Pierre Lascoumes, dans Une démocratie corruptible. Arrangements, favoritisme et conflits d’intérêts (2011), a documenté les “petits arrangements” structurels. Watergate (cambriolage du Watergate Complex le 17 juin 1972, révélations Woodward-Bernstein dans le Washington Post, audition du Comité Ervin du Sénat, démission de Richard Nixon le 9 août 1974) reste matrice du scandale moderne — d’où le suffixe productif “-gate”. L’affaire Cahuzac (Jérôme Cahuzac, ministre délégué au Budget, mensonge à l’Assemblée nationale le 5 décembre 2012, “les yeux dans les yeux”, démission le 19 mars 2013, condamnation finale 3 ans dont 2 fermes mai 2018) a été révélée par Edwy Plenel et Mediapart le 4 décembre 2012. #MeToo a été lancé par Tarana Burke en 2006, viralisé par Alyssa Milano le 15 octobre 2017 suite aux révélations sur Harvey Weinstein (New York Times 5 octobre, New Yorker 10 octobre 2017). »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Scandale : affaire choquant l’opinion qu’on déclare « d’État » d’autant plus volontiers qu’il sera oublié dans trois semaines.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

C’est un scandale ! — c’est ce qu’on crie pour participer à une indignation collective qu’on aura oubliée le lendemain.

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