Données
données #
1. DÉFINITION REÇUE #
Informations brutes traitées informatiquement, qu’on a transformées en « nouvel or noir » et en sujet RGPD, sans toujours bien savoir ce qu’on signifie quand on dit « données ».
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « Les données, c’est l’or noir. »
- « Faut protéger les données. »
- « C’est devenu Big Data. »
- « C’est devenu data-driven. »
- « C’est de la data quali. »
- « C’est de la data quanti. »
- « C’est devenu RGPD. »
- « C’est mes données personnelles. »
- « C’est de la donnée publique. »
- « C’est de la donnée privée. »
- « Faut une stratégie data. »
- « C’est l’éternelle donnée. »
- « C’est devenu un sujet politique. »
- « C’est de la donnée qui ment. »
- « C’est l’ère de la data. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Le 0 et 1. Le serveur. Le data center. Le « cloud ». Le tableau Excel. Le graphique en hausse. Le « Big Data » en infographie. Le RGPD avec son logo. Le « cookie » qu’on accepte sans lire. Le « data scientist » en hoodie. Le « new oil » de The Economist.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Données / informations. Personnelles / publiques. Data quali / quanti. Big Data / small data. Open data / privée. Données / faits. RGPD / surveillance. Algorithme / données.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut protéger les données. »
- « Les données ne mentent pas. »
- « Les données sont l’or noir. »
- « Faut être data-driven. »
- « C’est de la donnée objective. »
- « C’est l’ère du Big Data. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Les données sont moins des faits qu’un récit construit. » « Toute société se mesure aux données qu’elle accepte de produire. » « Les données sont l’autre nom du pouvoir algorithmique. » « Sans données, pas de décision ; trop de données, plus de décision. » « Les données ont remplacé l’expérience comme source de vérité. » Convient à un livre de Shoshana Zuboff (L’âge du capitalisme de surveillance), à un essai de Cédric Durand (Technoféodalisme).
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « les données personnelles », « scandale de fuite de données ».
- Entreprises : « data-driven », « data lake », « data mining ».
- Politiques : « RGPD », « souveraineté numérique », « cloud souverain ».
- Intellectuels : Shoshana Zuboff, Capitalisme de surveillance ; Cédric Durand, Technoféodalisme.
- Consultants : « data strategy », « analytics maturity », « data ops ».
- Réseaux sociaux : threads sur les fuites Facebook, Cambridge Analytica.
- Publicité : « vos données sont notre priorité », greenwashing.
- Conversations ordinaires : « ils ont mes données », ton inquiet.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Les données sont objectives et orientées. Personnelles et exploitées. Protégées et accessibles. Or noir et bien commun. À protéger et à monétiser. Tout est devenu data, plus rien n’est interprété sans data. Les données sont produites par chacun et possédées par quelques-uns.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a montré Shoshana Zuboff dans L’âge du capitalisme de surveillance, les données personnelles sont devenues la matière première d’une nouvelle économie d’extraction — Google et Meta capturent ce qui n’avait jamais été marchandisé. Et que comme l’a documenté Cédric Durand, ce « technoféodalisme » crée des asymétries massives entre producteurs (nous) et propriétaires (eux).
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Shoshana Zuboff, dans L’âge du capitalisme de surveillance, a fait l’analyse définitive : les plateformes (Google, Meta, Amazon) ont créé une nouvelle économie d’extraction en transformant nos comportements en données. Cédric Durand, dans Technoféodalisme, parle même de retour au féodalisme : les utilisateurs sont des serfs digitaux. La rhétorique de la “data-driven decision” est souvent un alibi : on prétend décider à partir des données, mais ce sont les algorithmes propriétaires qui décident. La “data” est l’enjeu politique majeur. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Données : informations qu’on déclare protéger en cliquant « accepter » sur tout ce qu’on n’a pas lu.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Les données ne mentent pas — c’est ce qu’on dit pour donner l’apparence d’objectivité à des choix très orientés.