Prison
prison #
1. DÉFINITION REÇUE #
Lieu d’enfermement pénal, qu’on convoque pour parler justice (« sentence de prison »), surpopulation (« prisons surchargées »), récidive (« université du crime »), et métaphore (« prison de soi »).
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est la prison. »
- « C’est l’enfer carcéral. »
- « C’est devenu une prison surpeuplée. »
- « C’est l’éternelle prison. »
- « C’est la prison ne sert à rien. »
- « C’est l’université du crime. »
- « C’est aller en prison. »
- « C’est sortir de prison. »
- « C’est la prison à vie. »
- « C’est la prison dorée. »
- « C’est la prison de luxe. »
- « C’est la prison de soi-même. »
- « C’est dans la prison qu’on est. »
- « C’est l’âme de la peine. »
- « C’est la prison-école du crime. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
La Bastille (prise le 14 juillet 1789). Alcatraz (1934-1963). Le Panoptique de Jeremy Bentham (1791). Surveiller et punir (Foucault, 1975). La Santé à Paris. Fleury-Mérogis (plus grande prison d’Europe : ~4 200 détenus). Les Baumettes à Marseille. Le bracelet électronique. La « surpopulation carcérale » (~75 000 détenus pour ~61 000 places, France 2024). Le « mitard » (isolement). Robben Island (Mandela 1962-1990). Guantanamo (depuis 2002). Cahiers de prison (Antonio Gramsci, 1929-1935). Notes from Underground (Dostoïevski).
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Prison / liberté. Punition / réinsertion. Fermée / ouverte. Réelle / métaphorique. Politique / droit commun. Européenne / américaine. Châtiment / éducation.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut réformer la prison. »
- « C’est l’enfer carcéral. »
- « C’est l’éternelle prison. »
- « C’est l’âme de la peine. »
- « C’est l’université du crime. »
- « C’est la prison ne sert à rien. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« La prison est moins un lieu qu’un consentement à se voir puni. » « Toute société se mesure aux prisons qu’elle construit. » « La prison est l’autre nom du contrôle visible. » « Sans prison, pas de société ; sans société, plus de prison. » « La prison-école est l’envers de la prison-soin. » Convient à un livre de Michel Foucault (Surveiller et punir, 1975), à un essai d’Angela Davis (La prison est-elle obsolète ?, 2003), à un texte de Loïc Wacquant (Les prisons de la misère, 1999).
7. CLICheS PAR MILIEU #
- Médias : « surpopulation carcérale », « réforme nécessaire », rituels.
- Entreprises : « corporate prison », jargon rare.
- Politiques : « prison ferme », droite ; « peines alternatives », gauche.
- Intellectuels : Michel Foucault (Surveiller et punir. Naissance de la prison, 1975) ; Angela Davis (Are Prisons Obsolete?, 2003) ; Loïc Wacquant (Les prisons de la misère, 1999 ; Punir les pauvres, 2004) ; Antonio Gramsci (Cahiers de prison, 1929-1935) ; Didier Fassin (L’ombre du monde. Une anthropologie de la condition carcérale, 2015).
- Consultants : rare.
- Réseaux sociaux : « abolition », mouvement abolitionniste ; « tougher prisons », réaction.
- Publicité : absent.
- Conversations ordinaires : « ils méritent la prison », fréquent ; « ça sert à rien », résigné.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
La prison est invention récente — comme l’a démontré Foucault (Surveiller et punir, 1975), elle remplace les supplices publics à partir de la fin du XVIIIe siècle. Avant : pas de prison comme peine principale, mais cachot pré-jugement. Le Panoptique (Jeremy Bentham, 1791) est dispositif architectural canonique. La France compte ~75 000 détenus pour ~61 000 places (2024) — surpopulation chronique condamnée par la CEDH (arrêt JMB c. France 2020). Le taux de récidive après prison (~60% dans les 5 ans) interroge la fonction de réinsertion. Loïc Wacquant a documenté l’explosion carcérale américaine (~2 millions de détenus aux USA, premier taux d’incarcération mondial). Angela Davis défend l’abolition de la prison.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a démontré Michel Foucault dans Surveiller et punir (1975), la prison n’a jamais été conçue pour éliminer le crime — elle le produit (récidive), le maintient, le gère comme illégalisme utile (la prison est « le grand échec » qui fonctionne). Et que comme l’a posé Angela Davis dans Are Prisons Obsolete? (2003), l’abolition de la prison n’est pas l’abolition de la justice — c’est la construction d’autres modes de réparation (justice restaurative, prévention sociale, désinvestissement carcéral).
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Michel Foucault, dans Surveiller et punir. Naissance de la prison (1975), a posé que la prison n’est pas la mise en œuvre d’une rationalité réformatrice mais le produit d’une économie générale du pouvoir disciplinaire (panoptique de Bentham, 1791) — et que son “échec” (récidive massive) est en réalité sa fonction (production d’un illégalisme utile). Angela Davis, dans Are Prisons Obsolete? (2003, traduction La prison est-elle obsolète ?), pose l’abolitionnisme pénal contemporain. Loïc Wacquant, dans Les prisons de la misère (1999) puis Punir les pauvres (2004), a documenté l’explosion carcérale néolibérale. Didier Fassin, dans L’ombre du monde. Une anthropologie de la condition carcérale (2015), a mené une ethnographie d’une prison française. La France a été condamnée par la CEDH (arrêt JMB c. France, 30 janvier 2020) pour conditions indignes. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Prison : lieu d’enfermement pénal qu’on déclare « ne servir à rien » sans jamais consentir à en sortir personne avant la fin de la peine.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
La prison-école du crime — c’est ce qu’on dit pour critiquer la prison tout en continuant à demander des peines plus longues.