Peine
peine #
1. DÉFINITION REÇUE #
Souffrance morale, ou sanction judiciaire (« peine de prison »), qu’on convoque pour parler chagrin (« faire de la peine »), justice (« purger sa peine »), valeur (« peine de mort »), et effort (« à peine »).
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est la peine. »
- « C’est ça vaut la peine. »
- « C’est devenu une peine perdue. »
- « C’est l’éternelle peine. »
- « C’est avoir de la peine. »
- « C’est faire de la peine. »
- « C’est la peine de mort. »
- « C’est purger sa peine. »
- « C’est sous peine de. »
- « C’est à peine. »
- « C’est la peine capitale. »
- « C’est la peine de prison. »
- « C’est dans la peine qu’on est. »
- « C’est l’âme de la sanction. »
- « C’est dommages et peine. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
La peine de mort (abolie en France 9 octobre 1981, Robert Badinter). La « peine perpétuelle ». La « peine perdue » (en vain). La « peine de cœur ». Les « peines plancher » de Sarkozy (2007, abrogées 2014). La « peine alternative » (TIG, bracelet électronique). La « peine plancher » critiquée par les magistrats. La « double peine » (sanction + expulsion). La « peine pédagogique ». La « peine de mort » américaine (toujours pratiquée dans plusieurs États).
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Peine / souffrance. Peine / châtiment. Peine de prison / amende. Peine / récompense. Justifiée / disproportionnée. À peine / beaucoup. Émotionnelle / judiciaire.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « C’est la peine. »
- « Ça vaut la peine. »
- « C’est l’éternelle peine. »
- « C’est l’âme de la sanction. »
- « C’est purger sa peine. »
- « C’est à peine. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« La peine est moins une souffrance qu’un consentement à porter une charge. » « Toute société se mesure aux peines qu’elle inflige. » « La peine est l’autre nom de la sanction sociale. » « Sans peine, pas de mérite ; sans mérite, plus de peine. » « La peine de mort est l’envers de la grâce. » Convient à un livre de Cesare Beccaria (Des délits et des peines, 1764), à un essai de Michel Foucault (Surveiller et punir, 1975), à un texte de Robert Badinter (L’abolition, 2000).
7. CLICheS PAR MILIEU #
- Médias : « peine alourdie », « peine plancher », rituels judiciaires.
- Entreprises : « not worth the effort », « pain point ».
- Politiques : « rétablir la peine de mort » (RN), arlésienne ; « peines planchers » (Sarkozy 2007).
- Intellectuels : Cesare Beccaria (Des délits et des peines, 1764) ; Michel Foucault (Surveiller et punir, 1975) ; Robert Badinter (L’abolition, 2000) ; Antoine Garapon.
- Consultants : peu présent.
- Réseaux sociaux : débats sur la justice ; rétablissement de la peine de mort (sondages variables).
- Publicité : « sans peine », « without effort », méthode.
- Conversations ordinaires : « c’est la peine ? », doute ; « ça en vaut la peine », encouragement.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
La peine de mort a été abolie en France le 9 octobre 1981 (loi Badinter, 17 septembre 1981 vote AN) — restée dans la Constitution depuis 2007 (interdiction inscrite). Pourtant, ~55% des Français se déclarent favorables à son rétablissement (sondages 2024). Aux USA, la peine de mort est toujours pratiquée dans ~24 États (Texas, Floride, Alabama). Les « peines planchers » de Sarkozy (2007) ont été abrogées par Hollande (2014) — débat sécuritaire récurrent. La « double peine » (sanction + expulsion) reste polémique. Le système pénal français connaît une surpopulation carcérale chronique (~78 000 détenus pour 60 000 places, 2024).
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a démontré Cesare Beccaria dans Des délits et des peines (1764, texte fondateur de l’abolitionnisme), la peine de mort n’a pas d’effet dissuasif démontré — argument repris par Badinter en 1981. Et que comme l’a posé Michel Foucault dans Surveiller et punir (1975), l’évolution des peines (du supplice public à la prison disciplinaire) marque une mutation du pouvoir — pas une « humanisation » progressive, une autre forme de domination.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Cesare Beccaria, dans Des délits et des peines (1764, écrit à 26 ans), a fondé l’abolitionnisme moderne — texte traduit en français par l’abbé Morellet 1766, lu et admiré par Voltaire. Robert Badinter, dans son discours du 17 septembre 1981 à l’Assemblée nationale, a obtenu l’abolition de la peine de mort en France (loi du 9 octobre 1981) — texte inscrit dans la Constitution en 2007. Michel Foucault, dans Surveiller et punir. Naissance de la prison (1975), a fait l’archéologie des peines — du supplice public (Damiens, 1757) à la prison disciplinaire. Antoine Garapon a travaillé l’éthique de la peine. La surpopulation carcérale française (~130% de taux d’occupation moyen) reste chronique. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Peine : souffrance morale ou sanction judiciaire qu’on déclare nécessaire d’autant plus volontiers qu’on ne l’applique pas à soi.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Faut rétablir la peine de mort — c’est ce qu’on dit à chaque fait divers, en oubliant qu’on a 40 ans d’études qui démontrent son inefficacité.