Respect
respect #
1. DÉFINITION REÇUE #
Considération due à autrui ou à une norme, qu’on convoque pour parler éducation (« le respect des autres »), banlieue (« y a plus de respect »), morale (« mutual respect »), et féminisme (« respect des femmes »).
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est le respect. »
- « C’est le respect des autres. »
- « C’est devenu une question de respect. »
- « C’est l’éternel respect. »
- « C’est y a plus de respect. »
- « C’est le respect mutuel. »
- « C’est se faire respecter. »
- « C’est manquer de respect. »
- « C’est le respect des règles. »
- « C’est le respect de soi. »
- « C’est respect ! »
- « C’est sans respect. »
- « C’est dans le respect qu’on est. »
- « C’est l’âme de la dignité. »
- « C’est un respect total. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
« Y a plus de respect » (cliché vieillard). « Le respect, c’est mutuel. » Le « respect des aînés ». Le « respect des règles ». L’« Achtung » kantien (respect comme sentiment moral, Critique de la raison pratique, 1788). Respect d’Aretha Franklin (1967). Le « manque de respect » (offense). « Tout mon respect ». L’« hommage » comme respect institué. La « politesse » comme respect codifié. Axel Honneth (La lutte pour la reconnaissance, 1992). « Respect total » comme expression rap.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Respect / mépris. Respect / crainte. Mérité / inconditionnel. Mutuel / unilatéral. Reçu / dû. Personnel / institutionnel. Sincère / formel.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut du respect. »
- « C’est le respect des autres. »
- « C’est l’éternel respect. »
- « C’est l’âme de la dignité. »
- « C’est se faire respecter. »
- « C’est un respect total. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Le respect est moins une politesse qu’un consentement à reconnaître l’autre. » « Toute société se mesure au respect qu’elle pratique. » « Le respect est l’autre nom de la dignité reconnue. » « Sans respect, pas de société ; sans société, plus de respect. » « Le respect mérité est l’envers du respect inconditionnel. » Convient à un livre d’Emmanuel Kant (Critique de la raison pratique, 1788, sur l’Achtung), à un essai d’Axel Honneth (La lutte pour la reconnaissance, 1992), à un texte de Pierre Bourdieu sur la déférence.
7. CLichés PAR MILIEU #
- Médias : « y a plus de respect », rituel générationnel ; « respect mutuel », appel.
- Entreprises : « mutual respect », « respect in the workplace », jargon.
- Politiques : « respect républicain », rhétorique ; « se faire respecter », autorité.
- Intellectuels : Emmanuel Kant (Critique de la raison pratique, 1788, Achtung comme sentiment moral) ; Axel Honneth (La lutte pour la reconnaissance, 1992 ; La société du mépris, 2006) ; Erving Goffman (Les rites d’interaction, 1967, sur la déférence) ; Charles Taylor sur la reconnaissance.
- Consultants : « respect at work », « mutual respect », jargon.
- Réseaux sociaux : « respect » comme adjectif d’admiration ; « pas de respect » bashing.
- Publicité : « le respect, ça compte » (campagnes prévention).
- Conversations ordinaires : « y a plus de respect », omniprésent ; « manque de respect », accusation.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Le « respect » est concept moral central et tic langagier vide. Emmanuel Kant, dans la Critique de la raison pratique (1788), a forgé le « respect » (Achtung) comme unique sentiment moral a priori — respect pour la loi morale et pour l’humanité en autrui (« agis de telle sorte que tu traites l’humanité […] toujours en même temps comme une fin, jamais simplement comme un moyen », Fondements, 1785). Axel Honneth, dans La lutte pour la reconnaissance (Kampf um Anerkennung, 1992), pose trois sphères de reconnaissance (amour, droit, estime sociale) — leur déni produit luttes morales et politiques. La rhétorique « y a plus de respect » est cliché transgénérationnel depuis l’Antiquité (Hésiode déjà). « Respect » est devenu salutation et acquiescement en argot urbain depuis ~1990 (hip-hop).
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a démontré Emmanuel Kant dans la Critique de la raison pratique (1788), le respect véritable n’est pas dû aux personnes singulières — il est dû à la loi morale qui se manifeste en chaque personne raisonnable, et donc à l’humanité comme fin en soi. Et que comme l’a posé Axel Honneth dans La lutte pour la reconnaissance (1992) et La société du mépris (2006), le déni de respect produit des « luttes pour la reconnaissance » qui sont moteur historique — les revendications contemporaines (féminismes, antiracismes, LGBT) s’analysent comme luttes contre le mépris institué.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Emmanuel Kant, dans les Fondements de la métaphysique des mœurs (1785) puis la Critique de la raison pratique (1788), a posé le respect (Achtung) comme unique sentiment moral a priori — second énoncé de l’impératif catégorique : “agis de telle sorte que tu traites l’humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen”. Axel Honneth, dans La lutte pour la reconnaissance. Pour une grammaire morale des conflits sociaux (Kampf um Anerkennung, 1992) puis La société du mépris (Verdinglichung, 2005), a posé trois sphères de reconnaissance (amour-amitié, droit, estime sociale) dont le déni produit conflits politiques. Charles Taylor, dans Multiculturalisme. Différence et démocratie (1992), a posé la “politique de la reconnaissance”. Erving Goffman, dans Les rites d’interaction (Interaction Ritual, 1967), distingue déférence (respect ascendant) et tenue (demeanor, respect dû). La chanson Respect d’Aretha Franklin (1967, reprise d’Otis Redding 1965) est devenue hymne féministe et de la cause noire. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Respect : considération due à autrui qu’on exige d’autant plus volontiers qu’on ne l’accorde pas.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Y a plus de respect — c’est ce qu’on dit pour se plaindre d’une société qu’on n’a pas pris la peine d’apprendre aux jeunes.