Péché
péché #
1. DÉFINITION REÇUE #
Transgression d’une loi religieuse ou morale, qu’on convoque pour parler religion (« péché originel »), morale (« vivre sans péché »), gourmandise (« péché mignon »), et culpabilité (« lourd de péchés »).
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est le péché. »
- « C’est le péché mignon. »
- « C’est devenu un péché capital. »
- « C’est l’éternel péché. »
- « C’est le péché originel. »
- « C’est le péché de jeunesse. »
- « C’est le péché de chair. »
- « C’est confesser ses péchés. »
- « C’est laver les péchés. »
- « C’est vivre dans le péché. »
- « C’est un gros péché. »
- « C’est s’arroger comme un péché. »
- « C’est dans le péché qu’on est. »
- « C’est l’âme de la culpabilité. »
- « C’est un péché mortel. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Adam et Ève, la pomme, le péché originel. Les sept péchés capitaux (orgueil, avarice, envie, colère, luxure, gourmandise, paresse). Le sacrement de pénitence (confession). La Divine Comédie (Dante, ~1320, Enfer/Purgatoire/Paradis). Les sept péchés capitaux (Brueghel, Bosch). Le « péché mignon » (gourmandise sympathique). Le « péché de jeunesse ». La « gourmandise » dans la pub (chocolats, desserts). « Vivre dans le péché » (concubinage). Saint Augustin (Confessions, ~400). Le pardon des péchés.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Péché / vertu. Péché / crime. Religieux / moral. Originel / actuel. Capital / véniel. Mortel / véniel. Confessé / dissimulé.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut éviter le péché. »
- « C’est le péché originel. »
- « C’est l’éternel péché. »
- « C’est l’âme de la culpabilité. »
- « C’est le péché mignon. »
- « C’est un péché capital. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Le péché est moins une faute qu’un consentement à se savoir coupable. » « Toute société se mesure aux péchés qu’elle dénonce. » « Le péché est l’autre nom de la transgression sue. » « Sans péché, pas de pardon ; sans pardon, plus de péché. » « Le péché capital est l’envers du péché véniel. » Convient à un livre de Saint Augustin (Confessions, ~400 ; La Cité de Dieu, ~426), à un essai de Paul Ricœur (Finitude et culpabilité, 1960), à un texte de Søren Kierkegaard (Le concept de l’angoisse, 1844, sur le péché originel).
7. CLICheS PAR MILIEU #
- Médias : « péché mignon », rituel gastronomique ; « péchés capitaux ».
- Entreprises : « guilty pleasure », jargon marketing.
- Politiques : « péché mortel » (formule rhétorique), occasionnel.
- Intellectuels : Saint Augustin (Confessions, ~400 ; La Cité de Dieu, 413-426) ; Paul Ricœur (Finitude et culpabilité I. L’homme faillible, 1960 ; II. La symbolique du mal, 1960) ; Søren Kierkegaard (Le concept de l’angoisse, 1844 ; La maladie à la mort, 1849) ; Hannah Arendt (mal radical, mal banal).
- Consultants : « cardinal sins of management », jargon métaphorique.
- Réseaux sociaux : « guilty pleasure » massif ; « péché mignon » culinaire.
- Publicité : « péché de chocolat », « péché mignon », rhétorique gourmande.
- Conversations ordinaires : « c’est mon péché mignon », auto-indulgence ; « je n’ai pas péché », rare.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Le péché originel est dogme chrétien (Saint Augustin, fixé par le concile de Carthage en 418) — transmis à toute l’humanité depuis Adam. Søren Kierkegaard, dans Le concept de l’angoisse (1844), pose que le péché originel est l’angoisse de la liberté — pas une faute factuelle transmise. Les sept péchés capitaux (orgueil, avarice, envie, colère, luxure, gourmandise, paresse) sont codifiés par Évagre le Pontique (IVe siècle) puis Grégoire le Grand (VIe siècle). Le sacrement de pénitence devient obligation annuelle au concile de Latran IV (1215). La sécularisation contemporaine a transformé le péché en « péché mignon » (gourmandise dédramatisée). Paul Ricœur a analysé la « symbolique du mal » (tache, péché, culpabilité).
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a démontré Saint Augustin dans Les Confessions (~400) puis La Cité de Dieu (413-426), le péché originel n’est pas une faute « commise » par chacun — c’est la condition humaine elle-même, marquée par la concupiscentia (concupiscence) qui sépare l’homme de Dieu. Et que comme l’a posé Søren Kierkegaard dans Le concept de l’angoisse (1844), le péché originel n’est pas un héritage biologique — c’est l’angoisse vertigineuse de la liberté humaine, qui peut choisir le mal sans cause déterminée.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Saint Augustin, dans Les Confessions (~397-400) puis La Cité de Dieu (De Civitate Dei, 413-426), a fixé la doctrine du péché originel : la concupiscentia (concupiscence) transmise par génération est condition humaine, non faute personnelle — formulation arrêtée au concile de Carthage (418). Søren Kierkegaard, dans Le concept de l’angoisse (Begrebet Angest, 1844, sous pseudonyme Vigilius Haufniensis), pose le péché originel comme angoisse de la liberté : “l’angoisse est le vertige de la liberté”. Paul Ricœur, dans Finitude et culpabilité I. L’homme faillible (1960) et II. La symbolique du mal (1960), a analysé la “symbolique du mal” (tache, péché, culpabilité) — trois strates symboliques de l’aveu. Évagre le Pontique (IVe siècle) puis Grégoire le Grand (VIe siècle) ont codifié les sept péchés capitaux (orgueil, avarice, envie, colère, luxure, gourmandise, paresse — superbia, avaritia, invidia, ira, luxuria, gula, acedia). »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Péché : transgression religieuse qu’on déclare « mignon » d’autant plus volontiers qu’on s’y est livré sans rien risquer.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
C’est mon péché mignon — c’est ce qu’on dit pour rebaptiser en charme ce qu’on n’arrive pas à arrêter.