Bien
bien #
1. DÉFINITION REÇUE #
Adverbe d’approbation, nom de la valeur morale, ou mention immobilière, qu’on cite avec assurance et confusion, comme si l’on savait toujours de quoi il s’agit.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est bien. »
- « Ça va bien. »
- « C’est bien fait pour toi. »
- « Le bien et le mal. »
- « Tu fais le bien autour de toi. »
- « C’est pour ton bien. »
- « C’est un bien immobilier. »
- « Faire le bien, c’est compliqué. »
- « Pas de bien sans mal. »
- « Faire bien les choses. »
- « C’est très bien. »
- « C’est bien dit. »
- « C’est bien la peine. »
- « Le bien commun. »
- « C’est un bien précieux. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
La balance du bien et du mal. La justice. Le bon Samaritain. Le maire qui inaugure. Le bénévole en gilet. Le Père Noël qui donne. La main tendue. Le pouce levé. Le « tout va bien » optimiste. Le pancarte « bien commun ». L’immeuble vendu pour 600 000 €. L’enfant qui répond bien à la question.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Bien / mal. Bien / utile. Bien commun / privé. Bien moral / matériel. Bien / mieux / parfait. Bien-être / bien-faire. Bien individuel / collectif. Bon / mauvais. Sage / naïf. Bien / bonté.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut faire le bien. »
- « Le bien finit par triompher. »
- « Mais le bien tout seul ne suffit pas. »
- « C’est dans le faire qu’on est bien. »
- « Le bien, c’est ce que les autres reconnaissent. »
- « Le bien commun, ça mérite d’être défendu. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Le bien n’est pas une qualité, c’est un consentement. » « On n’est jamais aussi loin du bien que quand on s’en réclame. » « Le bien commun a remplacé le bien tout court. » « Faire le bien commence par savoir ne pas nuire. » « Le bien est la dernière idée que personne n’ose défendre. » Convient à un cours d’éthique, à un essai de Cynthia Fleury.
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « le bien-être français », « le bien commun », « la République du bien ».
- Entreprises : « well-being », « positive impact », « doing good ».
- Politiques : « le bien commun », formule passe-partout, « le bien des Français ».
- Intellectuels : Aristote, le bien comme finalité ; Hannah Arendt sur le mal banal.
- Consultants : « purpose-driven », « impact-positive », « stakeholder good ».
- Réseaux sociaux : « do good, feel good », caption inspirante.
- Publicité : « parce que c’est bien », mutuelle, banque éthique.
- Conversations ordinaires : « ça va bien », rituel de salutation, parfois faux.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Le bien est universel et culturel. Désintéressé et calculé. Personnel et collectif. Évident et mystérieux. Toujours invoqué, jamais défini. Bien commun et bien individuel. C’est ce qu’il faut faire et ce qu’on n’arrive pas à faire.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que la rhétorique du « bien commun » dans le discours politique a tendance à effacer les conflits d’intérêts qu’elle prétend résoudre. Que dire « c’est pour ton bien » est presque toujours un acte de pouvoir, pas de bienveillance.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Aristote a fondé l’éthique sur le bien comme finalité — c’est le souverain bien, eudaimonia. Mais aujourd’hui, le mot a glissé : le “bien commun”, invoqué de toutes parts, sert souvent à éviter de nommer les intérêts en jeu. Hannah Arendt nous a appris à nous méfier du Bien avec un grand B. Cynthia Fleury, dans Les Irremplaçables, propose de penser plutôt le bien comme acte, non comme essence. C’est plus humble, et plus juste. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Bien : ce qu’on est censé faire, ce qu’on possède, et ce dont on dit aller — souvent dans l’ordre inverse de la vérité.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Faut faire le bien — c’est ce qu’on dit pour donner un cap à ce qu’on n’a pas le temps d’expliquer.