Diable
diable #
1. DÉFINITION REÇUE #
Figure du mal, qu’on convoque pour des expressions toutes faites (« où diable », « pauvre diable », « diable d’homme »), sans toujours croire à son existence.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « Le diable est dans les détails. »
- « C’est un diable d’homme. »
- « C’est un pauvre diable. »
- « C’est le diable. »
- « C’est diabolique. »
- « C’est le diable en personne. »
- « C’est devenu un diable. »
- « C’est le diable et son train. »
- « C’est le diable au corps. »
- « C’est l’avocat du diable. »
- « C’est le diable qui rit. »
- « C’est devenu un mythe, le diable. »
- « C’est l’éternel diable. »
- « C’est le diable de la modernité. »
- « C’est le diable de Tasmanie. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Les cornes. La queue fourchue. La fourche. Le tableau de Bruegel. Le « diable » du Faust de Goethe. Méphistophélès. Le « pauvre diable » de Hugo. La main du diable au coin de la rue. Le pacte de Faust. Le « diable au corps » de Radiguet. Le diable de Tasmanie de Looney Tunes.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Diable / dieu. Mal / bien. Religieux / culturel. Réel / mythologique. Personnel / collectif. Diable d’homme / pauvre diable. Sérieux / ironique.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Le diable est dans les détails. »
- « Faut éviter le diable. »
- « Sans diable, pas de bien. »
- « C’est un mythe. »
- « C’est devenu folklore. »
- « C’est l’éternel mal. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Le diable est moins une figure qu’un consentement à nommer le mal. » « Toute société se mesure aux diables qu’elle convoque. » « Le diable est l’autre nom de notre ombre projetée. » « Sans diable, pas de bien ; sans bien, pas de diable. » « Faire l’avocat du diable est l’éternelle politesse de la pensée. » Convient à un essai de Denis de Rougemont (La part du diable), à un livre de Carl Jung sur l’ombre, à un texte de Goethe (Faust).
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « le diable est dans les détails », formule rituelle.
- Entreprises : « avocat du diable », rôle assigné en réunion.
- Politiques : « diable de la République », rare ; « diaboliser » (verbe courant).
- Intellectuels : Denis de Rougemont, La part du diable ; Jung sur l’ombre.
- Consultants : « devil’s advocate », « red team ».
- Réseaux sociaux : « diabolique », memes, vidéos « diable de Tasmanie ».
- Publicité : pub Banania, marques chocolat évoquent le diable comme charme.
- Conversations ordinaires : « où diable ? », « pauvre diable », expressions banales.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Le diable est mythologique et folklorique. Religieux et profane. Sérieux et ironique. À craindre et à invoquer en blague. Diabolique chez l’autre, charmant chez soi (« diable d’homme »). Le diable existe toujours dans la langue, jamais dans les têtes.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a montré Carl Jung, la figure du diable correspond à ce qu’il appelait l’« ombre » — la part rejetée de soi qu’on projette sur l’extérieur. Et que dans la rhétorique politique contemporaine, « diaboliser » est devenue une accusation routinière qui désamorce le débat.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Carl Jung, dans son œuvre, a fait du diable la figure majeure de l‘“ombre” — ce qu’on rejette de soi et qu’on projette sur l’autre. Denis de Rougemont, dans La part du diable, en a fait une histoire culturelle. Aujourd’hui, “diaboliser” est devenu une accusation politique courante : on diabolise l’extrême droite, l’extrême gauche, les Macronistes, les écologistes — chacun selon sa position. C’est l’autre nom de la polarisation : transformer l’adversaire en figure du mal absolu. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Diable : figure du mal qu’on convoque dans les expressions du quotidien sans plus y croire, et qu’on emploie pour disqualifier ses adversaires politiques.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Le diable est dans les détails — c’est ce qu’on dit pour donner un nom mythique à ce qu’on a oublié de regarder.