Dieu
dieu #
1. DÉFINITION REÇUE #
Être suprême, qu’on a déclaré mort avec Nietzsche, qui revient avec persistance, et qu’on convoque dans les exclamations laïques (« mon Dieu ! ») sans plus y croire.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « Mon Dieu ! »
- « Bon Dieu ! »
- « Dieu merci. »
- « Dieu seul le sait. »
- « Dieu nous garde. »
- « Dieu est mort. »
- « Dieu est de retour. »
- « Y’a quelque chose au-dessus de nous. »
- « C’est l’éternel Dieu. »
- « C’est devenu un débat religieux. »
- « C’est l’âme spirituelle. »
- « C’est la fin de Dieu. »
- « C’est le retour du fait religieux. »
- « C’est l’effet Dieu. »
- « C’est devenu privé. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
La main de Dieu peinte par Michel-Ange. La barbe blanche du Père. La nuée. Le buisson ardent. Le crucifix. La Bible. La Mosquée. La Synagogue. Le « Dieu est mort » de Nietzsche. Le « Dieu joue aux dés » d’Einstein (négatif). Pascal et son pari. Le 11 septembre et le retour du religieux.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Dieu / dieux. Religieux / laïque. Croyant / athée. Privé / public. Universel / culturel. Personnel / institutionnel. Mort de Dieu / retour du religieux. Théologique / philosophique.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut respecter chaque croyance. »
- « C’est devenu privé, Dieu. »
- « Sans Dieu, plus de morale. »
- « Avec Dieu, plus de violence. »
- « C’est dans la croyance qu’on existe. »
- « C’est l’éternelle question. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Dieu est moins une réalité qu’un consentement à plus grand que soi. » « Toute société se mesure à la place qu’elle laisse à Dieu. » « Dieu est mort, et nous l’avons tué (Nietzsche). » « Sans Dieu, pas de transcendance ; sans transcendance, plus rien. » « Le retour de Dieu est l’autre nom de la fatigue laïque. » Convient à un livre de Marcel Gauchet (Le désenchantement du monde), à un essai de Régis Debray, à un texte de Pascal (Pari).
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « la France et Dieu », « le retour de Dieu », sondages.
- Entreprises : « Dieu, le client », formule de service à l’ancienne.
- Politiques : « racines chrétiennes », « laïcité », formules récurrentes.
- Intellectuels : Marcel Gauchet, Le désenchantement du monde ; Régis Debray.
- Consultants : « pray for X », anglicisme rare.
- Réseaux sociaux : « God is good », hashtags chrétiens, débats laïques.
- Publicité : « comme un dieu », « divin », argument hyperbolique.
- Conversations ordinaires : « mon Dieu », exclamation laïque banale.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Dieu est mort et de retour. Privé et public. Universel et culturel. Religieux et culturel (« mon Dieu »). À respecter et à interroger. Sans Dieu, pas de morale ; avec Dieu, des guerres. Le « mon Dieu » exclamatif persiste sans foi.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a magistralement montré Marcel Gauchet dans Le désenchantement du monde, la sécularisation n’est pas la disparition de Dieu mais son déplacement vers d’autres formes (laïque, civile, spirituelle). Et que le « mon Dieu » des athées montre la persistance culturelle d’une langue religieuse même chez ceux qui n’y croient plus.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Marcel Gauchet, dans Le désenchantement du monde, a fait l’analyse fondamentale : la sécularisation n’efface pas le religieux, elle le déplace. Régis Debray, dans Le feu sacré, a poursuivi : on ne se débarrasse pas de Dieu, on lui invente d’autres formes. La phrase nietzschéenne “Dieu est mort” est devenue cliché — mais Nietzsche y voyait un événement à digérer, pas un slogan d’athée. Aujourd’hui, le retour du religieux dans le politique (États-Unis, monde musulman) confirme que Dieu n’est pas mort, il a juste muté. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Dieu : être suprême qu’on a déclaré mort avec Nietzsche, et qu’on convoque tout de même dans nos exclamations quotidiennes.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Dieu est mort — c’est ce qu’on dit en se signant en cas de turbulence dans l’avion.