Adresse
adresse #
1. DÉFINITION REÇUE #
Indication d’un lieu où l’on habite ou d’une habileté qu’on possède, et que dans les deux cas on demandera à l’autre de bien vouloir laisser tranquille.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « Tu peux me donner ton adresse ? »
- « Une bonne adresse, ça ne se partage pas. »
- « C’est une adresse confidentielle. »
- « C’est mon adresse fétiche. »
- « Je vais te donner une bonne adresse. »
- « C’est dans le 11e, vous voyez ? »
- « C’est l’adresse du moment. »
- « L’adresse-mail, on en a tous trois ou quatre. »
- « Il a fait ça avec une telle adresse. »
- « C’est plus de la dextérité, c’est de l’adresse. »
- « Une adresse au commencement, ça change tout. »
- « Le diable est dans l’adresse de la base de données. »
- « C’est une adresse qui parle à un certain milieu. »
- « Aujourd’hui, c’est l’adresse IP qui dit qui on est. »
- « Avant on cherchait une adresse, maintenant elle nous trouve. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
La carte de visite. L’enveloppe manuscrite. Le carnet en cuir noir. La plaque émaillée bleue (Paris). Le panneau de rue. Le code postal au stylo. Le GPS qui recalcule. Le cordon-bleu en cuisine. La main qui glisse, qui attrape, qui plie. La pirouette du danseur. Le pickpocket habile. Google Maps qui pulse.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Adresse postale / adresse numérique. Privée / publique. Discrétion / visibilité. Quartier branché / quartier secret. Habileté physique / habileté sociale. Maladresse / adresse. Vrai chez-soi / domicile fiscal. Bonne / mauvaise adresse.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Une adresse, ça se mérite. »
- « Il y a un savoir-faire derrière. »
- « C’est une marque de respect. »
- « Mieux vaut bien adresser sa parole. »
- « L’adresse, c’est la moitié du métier. »
- « Internet a tout uniformisé. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Toute adresse est une promesse de présence. » « Une adresse, c’est moins un lieu qu’une convention. » « On n’habite jamais une adresse, on s’y est rangé. » « Avoir de l’adresse, c’est savoir où ne pas appuyer. » « Ce qui compte, ce n’est pas où l’on habite, c’est qui sait où nous trouver. » Convient à un essai sur la vie urbaine.
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « les bonnes adresses du quartier », rubrique reconduite chaque saison.
- Entreprises : « bonne adresse pour la pause de midi », tour de table en réunion.
- Politiques : « le code postal détermine l’avenir », formule juste, employée à toutes les sauces.
- Intellectuels : adresse au sens lacanien, le sujet à qui l’on parle, qui parle, etc.
- Consultants : « adresse-mail dédiée », « point de contact unique », « routing intelligent ».
- Réseaux sociaux : « la meilleure adresse de Paris pour XXX », thread interminable.
- Publicité : « la nouvelle adresse incontournable », systématique.
- Conversations ordinaires : « si tu y vas, dis-leur que tu viens de ma part ».
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Une adresse est intime et publique. Elle se garde et se transmet. Elle se mérite et se cherche. Tout le monde la veut et veut la garder pour soi. Elle est obsolète à l’ère du numérique et plus importante que jamais. Une bonne adresse est rare, et il y en a partout.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que l’« adresse » au sens postal est devenue, sous forme d’IP, de cookies, de géolocalisation, l’objet de marchés massifs. Que ce qu’on appelle bonne adresse est aussi un marqueur sociologique très lisible, dont la circulation valide les frontières d’un milieu.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Une adresse, c’est tout sauf neutre. C’est un marqueur social, un capital, une convention. Le code postal détermine plus de choses qu’on ne croit — l’école, l’accès aux soins, la vie professionnelle. À l’inverse, le numérique a déplacé l’adresse vers l’IP, vers les cookies, vers la géolocalisation. On habite désormais aussi bien dans Paris que dans des bases de données. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Adresse : ce qu’on partage en se gardant le droit de regretter de l’avoir donnée.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Une bonne adresse, c’est ce qui distingue ; et précisément pour cela, on en parle juste assez pour qu’on sache qu’on en a, mais pas trop pour qu’on en abuse.