Enterrement
enterrement #
1. DÉFINITION REÇUE #
Cérémonie funéraire, ou métaphore pour tout ce qu’on a fini par renoncer à porter (« enterrement de première classe »), qu’on convoque dans les deux cas avec gravité.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est un bel enterrement. »
- « C’est un enterrement émouvant. »
- « C’est un enterrement de première classe. »
- « C’est un enterrement de vie de garçon. »
- « C’est un enterrement de vie de jeune fille. »
- « C’est l’enterrement de cette réforme. »
- « C’est l’enterrement d’un projet. »
- « C’est devenu un enterrement national. »
- « C’est l’éternel enterrement. »
- « Sans enterrement, plus de rituel. »
- « C’est l’enterrement civil. »
- « C’est l’enterrement religieux. »
- « C’est l’enterrement laïque. »
- « C’est l’âme de la mémoire. »
- « C’est devenu une crémation. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Le cercueil. Les fleurs blanches. La cérémonie funéraire. Le « petite Eglise » du quartier. Le crématorium. Le journal des nécrologies. Le « il s’est éteint paisiblement ». Le « livre de condoléances ». Les couronnes. La « marche funèbre » de Chopin. Le « enterrement de première classe » qui ne fait rien. Le veuf en noir.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Enterrement / crémation. Civil / religieux. Personnel / public. Réel / métaphorique. Solennel / sobre. Tradition / contemporain. Enterrement de vie de garçon / réel.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « C’est un bel enterrement. »
- « Faut respecter l’enterrement. »
- « Sans enterrement, pas de mémoire. »
- « C’est l’âme du rituel. »
- « C’est l’éternel enterrement. »
- « C’est l’enterrement de la réforme. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« L’enterrement est moins une fin qu’un consentement à transmettre. » « Toute société se mesure à la manière dont elle enterre. » « L’enterrement de première classe est l’autre nom de l’opposition feinte. » « Sans enterrement, pas de deuil ; sans deuil, pas d’enterrement. » « L’enterrement civil est l’envers du rituel religieux. » Convient à un livre de Philippe Ariès (L’homme devant la mort), à un essai de Michel Vovelle, à un texte sur les rites funéraires.
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « bel enterrement », « hommage national », rituel.
- Entreprises : « enterrement de la réforme », « enterrement de première classe ».
- Politiques : « enterrement de la réforme » (formule mitterrandienne).
- Intellectuels : Philippe Ariès, L’homme devant la mort ; Michel Vovelle.
- Consultants : « project burial », « decision drift ».
- Réseaux sociaux : photos cortèges, threads commémoratifs.
- Publicité : pompes funèbres, contrats obsèques, urnes.
- Conversations ordinaires : « il y avait du monde à l’enterrement », constat.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
L’enterrement est cérémonie et métaphore. Solennel et bureaucratique. Religieux et civil. Réel et symbolique. L’enterrement de la réforme est un succès politique camouflé en échec. L’enterrement de vie est l’opposé de l’enterrement.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a magistralement documenté Philippe Ariès, la cérémonie funéraire a profondément muté en deux siècles — de la mort « apprivoisée » du Moyen Âge à la mort « interdite » contemporaine. Et que la crémation, longtemps rare en France, dépasse aujourd’hui 40 % des obsèques.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Philippe Ariès, dans L’homme devant la mort, a fait l’histoire culturelle la plus précise de l’enterrement : on est passés de la “mort apprivoisée” (Moyen Âge, mort collective, ritualisée) à la “mort interdite” (modernité, mort cachée, médicalisée). Michel Vovelle a poursuivi avec l’histoire des mentalités. Aujourd’hui, la crémation dépasse 40 % en France — un changement culturel majeur. Quant à la métaphore politique de l‘“enterrement de la réforme” — Mitterrand l’avait popularisée —, elle est plus actuelle que jamais. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Enterrement : cérémonie funéraire qu’on convoque pour parler aussi bien des défunts que des réformes qu’on a fini par ne pas faire.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
C’est un bel enterrement — c’est ce qu’on dit en sortant pour ne pas avoir à dire qu’on n’a pas su parler au mort.