Futur
futur #
1. DÉFINITION REÇUE #
Temps à venir, qu’on convoque pour parler progrès (« le futur de l’humanité »), promesse politique (« notre futur commun »), anxiété (« le futur s’annonce sombre »), et technologie (« le futur est déjà là »).
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est le futur. »
- « C’est notre futur. »
- « C’est le futur de l’humanité. »
- « C’est l’éternel futur. »
- « C’est devenue notre futur commun. »
- « C’est le futur sombre. »
- « C’est le futur radieux. »
- « C’est le futur déjà là. »
- « C’est le futur incertain. »
- « C’est le futur de nos enfants. »
- « C’est le futur du travail. »
- « C’est le futur de la planète. »
- « C’est dans le futur qu’on est. »
- « C’est l’âme de la promesse. »
- « C’est préparer le futur. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
La voiture volante. Le robot. L’IA. La fusée Mars. Le « futur » des « Jetsons ». Le « cyberpunk ». Blade Runner. L’astronaute. La courbe exponentielle. Le « Singularity ». Le « moon shot ». Le rapport Brundtland (« Notre avenir à tous »). La COP. Greta Thunberg. Le « back to the future ». Le DeLorean. L’utopie et la dystopie.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Futur / passé. Futur / présent. Radieux / sombre. Proche / lointain. Choisi / subi. Technologique / écologique. Utopique / réaliste.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut préparer le futur. »
- « C’est notre futur commun. »
- « C’est l’éternel futur. »
- « C’est l’âme de la promesse. »
- « C’est le futur de nos enfants. »
- « Sans futur, plus rien. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Le futur est moins un temps qu’un consentement à projeter. » « Toute société se mesure aux futurs qu’elle imagine. » « Le futur est l’autre nom de l’espérance instituée. » « Sans futur, pas d’avenir ; sans avenir, plus de futur. » « Le futur sombre est l’envers du futur radieux. » Convient à un livre de Mark Fisher (Le réalisme capitaliste), à un essai de Pierre Charbonnier (Abondance et liberté), à un texte de Reinhart Koselleck (Le futur passé).
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « le futur du travail », « le futur de l’humanité », rituels.
- Entreprises : « future of work », « future-proof », « future-ready ».
- Politiques : « notre futur commun », rhétorique d’avenir ; « préparer l’avenir ».
- Intellectuels : Mark Fisher (Le réalisme capitaliste) ; Reinhart Koselleck ; Pierre Charbonnier ; Bruno Latour.
- Consultants : « future-proof », « foresight », « futurology », « scenario planning ».
- Réseaux sociaux : « le futur est », formules d’évangélisation tech ; « future is female ».
- Publicité : « entrez dans le futur », « le futur, c’est maintenant », tech-marketing.
- Conversations ordinaires : « le futur est sombre », angoisse climatique ; « quel futur pour nos enfants ? », inquiétude rituelle.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Le futur est promesse (en marketing) et menace (en climat). Choisi (futur du travail) et subi (changement climatique). Le « futur de nos enfants » est invoqué pour justifier tout et son contraire (taxer ou détaxer, dépenser ou économiser). La rhétorique « future-proof » coexiste avec un sentiment massif d’incertitude sur les 10-30 prochaines années. Le futur radieux des Trente Glorieuses a cédé la place à un futur incertain — Mark Fisher parle de « lente annulation du futur ».
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a démontré Reinhart Koselleck dans Le futur passé, la modernité s’est définie par un « horizon d’attente » spécifique (le futur ouvert, le progrès, l’utopie) — horizon qui s’est progressivement fermé depuis le dernier tiers du XXe siècle. Et que comme l’a posé Mark Fisher dans Le réalisme capitaliste, le néolibéralisme contemporain a produit une « lente annulation du futur » : nous n’arrivons plus à imaginer des futurs alternatifs au présent dominant.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Reinhart Koselleck, dans Le futur passé (1979), a montré que la modernité européenne s’est définie par un horizon d’attente nouveau — le futur comme ouverture, comme progrès, comme utopie. Mark Fisher, dans Le réalisme capitaliste (2009), a posé l’inverse : le néolibéralisme contemporain a produit une “lente annulation du futur” — on imagine plus facilement la fin du monde que la fin du capitalisme. Pierre Charbonnier, dans Abondance et liberté, a tracé comment les futurs politiques modernes sont adossés à un régime énergétique fini. Bruno Latour a travaillé la “nouvelle classe écologique” comme tentative de réimaginer un futur. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Futur : temps à venir qu’on déclare radieux pour le vendre et sombre pour s’en plaindre — selon ce qu’on veut obtenir.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Le futur de nos enfants — c’est ce qu’on invoque pour justifier ce qu’on ne veut pas faire soi-même.