Bête
bête #
1. DÉFINITION REÇUE #
Animal non humain, ou insulte modérée à l’intelligence d’autrui, qu’on emploie selon que l’animal est aimé ou que la personne est devant nous.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est une bête. »
- « C’est une bête sauvage. »
- « C’est une vraie bête (talent). »
- « C’est trop bête. »
- « Faut pas être bête. »
- « C’est une bête noire. »
- « C’est une bête de scène. »
- « C’est une bête de sexe. »
- « C’est une bête de travail. »
- « Une bête politique. »
- « C’est une bête à concours. »
- « C’est une bête de foire. »
- « C’est une bête de course. »
- « Pauvre bête. »
- « Sale bête. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Le loup. Le tigre dans la cage. La bête de cirque. La Belle et la Bête. La bête sauvage à l’attaque. Le sportif comparé à un fauve. Le « bête de scène ». La grimace du méchant. La bête noire de la classe. Le pauvre cheval blessé. La bête à abattre. Le « apprivoise ta bête intérieure ».
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Bête / animal. Bête / humain. Bête / intelligence. Bête sauvage / domestique. Bête de talent / d’incompétence. Bête noire / bête de course. Animalité / humanité. Sale bête / pauvre bête.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut pas être bête. »
- « Toute bête mérite respect. »
- « C’est la bête en nous qu’il faut maîtriser. »
- « C’est dans la bête qu’on est sincère. »
- « Personne n’est totalement bête. »
- « La bête, c’est l’autre. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« On nomme bête ce qu’on n’arrive plus à comprendre. » « Toute bête est un humain qu’on a refusé de penser. » « La bêtise n’est pas l’opposé de l’intelligence, c’est sa caricature complaisante. » « La bête en nous est ce qui résiste à la civilisation polie. » « Faire la bête, c’est parfois la dernière forme de sagesse. » Convient à un livre de Bertrand Vergely, à un essai sur l’animalité, à un texte de Pascal Quignard.
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « bête de cinéma », « bête politique », « bête noire ».
- Entreprises : « bête de travail », « bête de scène en pitch », « beast mode ».
- Politiques : « la bête immonde » (Brecht), expression rare et chargée.
- Intellectuels : Derrida, L’animal que donc je suis ; Despret, sociologie animale.
- Consultants : « beast mode », « unleash your inner beast », vocabulaire performance.
- Réseaux sociaux : « beast mode activated », photos de musculation.
- Publicité : « pour les bêtes de course », mode sportwear, voitures.
- Conversations ordinaires : « il est bête comme ses pieds », jugement universel.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
La bête est admirée et méprisée. Sauvage et domestique. Insulte et compliment. Animal et humain mauvais. C’est la nature qu’on préserve et qu’on détruit. C’est la sagesse instinctive et la stupidité crasse. Faire la bête est sage et bête à la fois.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que la frontière humain/bête est massivement floue dans la pensée contemporaine — Derrida, Despret, Donna Haraway l’ont déconstruite. Que dire « bête » comme insulte est un acte qui révèle plus du locuteur que de la cible.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Derrida, dans L’animal que donc je suis, a posé une question dévastatrice : qui regarde qui, quand un chat me regarde nu ? La frontière humain/bête est moins étanche qu’on ne le croit. Vinciane Despret a poursuivi : les animaux ne sont pas “bêtes”, ils ont des intelligences situées. Et dire d’un humain qu’il est “bête” est presque toujours un acte d’humiliation symbolique. Ce vocabulaire mérite plus de prudence qu’on ne lui en donne. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Bête : créature qu’on aime quand elle a quatre pattes et qu’on méprise dès qu’elle parle comme nous.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
On est tous un peu bêtes — c’est ce qu’on dit pour atténuer le jugement qu’on porte sur les autres.