Berlin
berlin #
1. DÉFINITION REÇUE #
Capitale allemande, qu’on cite alternativement comme paradis du techno underground, mémorial de la guerre froide, et exemple de gentrification réussie.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « Berlin, c’est unique. »
- « Berlin, ça vibre. »
- « C’est plus la même Berlin qu’avant. »
- « Berlin gentrifié, c’est terminé. »
- « Berghain, c’est mythique. »
- « C’est la ville la plus libre d’Europe. »
- « C’est la ville la plus pauvre d’Allemagne. »
- « Berlin attire les jeunes. »
- « Berlin, c’est l’art. »
- « C’est la ville de la mémoire. »
- « Le mur est tombé, mais il reste partout. »
- « C’est le miroir de l’Europe. »
- « Le loyer y est encore raisonnable. »
- « Le loyer explose. »
- « Berlin, c’est l’Europe en miniature. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
La Porte de Brandebourg. Le Mur peint. Le checkpoint Charlie. La Trabant. La piste cyclable infinie. Le bunker reconverti en club. Le Berghain et sa file. Le DJ allemand barbu. Le ciel gris uniforme. Le Tiergarten. Bowie au Hansa Studio. Le squat artistique. La rue plantée d’arbres.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Berlin Ouest / Est. Avant / après le Mur. Underground / mainstream. Authentique / gentrifié. Capitale / province. Berlin / Munich. Pauvre / chic. Liberté / contrôle. Mémoire / amnésie. Allemagne / Europe.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Berlin, c’est l’avenir. »
- « Berlin, c’est ce qu’était Paris. »
- « Faut y aller avant qu’il soit trop tard. »
- « C’est une ville qui se réinvente. »
- « C’est une ville qui se trahit. »
- « Berlin, c’est la cause. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Berlin n’est pas une ville, c’est une promesse en travaux. » « On ne visite pas Berlin, on s’y essaye. » « Berlin est l’autre nom de l’Europe qui se cherche. » « Plus on aime Berlin, plus on déplore qu’elle change. » « Le mur est tombé, mais il s’invite dans les loyers. » Convient à un guide Lonely Planet, à un essai de Pierre Assouline, à un thread Vice.
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « Berlin, capitale alternative », « gentrification de Berlin », sujets cycliques.
- Entreprises : « Berlin tech scene », « Berlin start-up », image cool.
- Politiques : « le couple franco-allemand », « le moteur Berlin-Paris », formule rituelle.
- Intellectuels : Walter Benjamin, Enfance berlinoise ; Sebald ; mémoire et histoire.
- Consultants : « Berlin innovation hub », « tech ecosystem », « Mittelstand ».
- Réseaux sociaux : photos de Berghain, weekends extended, story du DJ set.
- Publicité : marque qui « vient de Berlin », tag sur le streetwear.
- Conversations ordinaires : « j’ai passé un week-end à Berlin », humblebrag.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Berlin est underground et touristique. Pauvre et désirable. Authentique et gentrifié. Capitale politique et marginal créatif. Refuge des artistes et marché immobilier serré. Mémoire de la guerre froide et amnésie touristique. Cool et fatiguée.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que la « cool Berlin » des années 2010 a été un phénomène daté, et qu’aujourd’hui la ville fait face aux mêmes pressions immobilières que Paris. Que mythifier Berlin pour son histoire (Mur, RDA) escamote le présent : précarité, inégalité Est-Ouest, montée de l’extrême-droite à l’Est.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Walter Benjamin a écrit Enfance berlinoise dans les années 1930 ; ça reste l’un des plus beaux livres sur la ville. Berlin a toujours fonctionné par couches mémorielles superposées — Empire, Weimar, Reich, RDA, réunification. Aujourd’hui, on l’aime pour son côté underground, mais c’est une mythologie en train de se figer. La ville devient touristique, chère, normale. Le vrai Berlin underground n’est plus à Mitte, il est en banlieue, à Neukölln ou plus loin. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Berlin : capitale qu’on aimait pour son côté brut et qu’on déplore de voir s’embourgeoiser, après y avoir contribué.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Berlin, c’est unique — c’est ce qu’on dit pour s’auto-distinguer en payant 14 € le cocktail à Kreuzberg.