Bible
bible #
1. DÉFINITION REÇUE #
Texte sacré du christianisme et métaphore du livre de référence, qu’on cite plus volontiers qu’on ne l’a lu, et qu’on convoque autant en philo qu’en marketing.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est ma bible. »
- « C’est la bible du sujet. »
- « C’est mon livre de chevet. »
- « C’est dans la Bible. »
- « C’est pas dans la Bible. »
- « Œil pour œil, dent pour dent. »
- « Tendre l’autre joue. »
- « Rendre à César ce qui est à César. »
- « Tu peux pas comprendre, c’est culturel. »
- « C’est l’éternel retour de la Bible. »
- « La Bible est un livre qu’on lit moins qu’on ne cite. »
- « C’est la bible des designers. »
- « C’est la bible des fans. »
- « C’est la bible des startupeurs. »
- « C’est dans tous les hôtels, la Bible. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Le livre relié de cuir noir. La page fine. Le moïse barbu et les Tables. Le Christ en croix. La crèche de Noël. Le buisson ardent. La colombe de Noé. Le serpent et la pomme. Le « In the beginning was the Word ». Gutenberg et son imprimerie. La Bible Gideon dans la chambre d’hôtel. Le manuel de marketing surnommé « bible ».
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Bible / Évangile. Sacré / profane. Religieux / laïc. Ancien / Nouveau Testament. Croyant / athée. Texte / interprétation. Universel / culturel. Patrimoine / dogme. Mythe / vérité. Bible papier / numérique.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « C’est la bible, point. »
- « Tout le monde devrait l’avoir lue. »
- « Mais peu l’ont vraiment fait. »
- « C’est un patrimoine de l’humanité. »
- « C’est une œuvre, même pour un athée. »
- « Sans Bible, pas de civilisation occidentale. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« La Bible n’est pas un livre, c’est une bibliothèque. » « On cite la Bible comme on convoque l’évidence. » « Toute culture commence par un livre qu’elle ne lit plus. » « Citer la Bible, c’est moins savoir que se ranger. » « La Bible est l’autre nom de notre inconscient occidental. » Convient à un livre de Régis Debray, à un cours de philo, à un édito de Daniel Cohn-Bendit.
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « la nouvelle bible des entrepreneurs », « la bible du gouvernement ».
- Entreprises : « la bible du développement », « product bible », « brand bible ».
- Politiques : « il faut relire la Bible » (à droite religieuse) ; silence ailleurs.
- Intellectuels : Régis Debray sur le fait religieux ; Northrop Frye sur la Bible et la littérature.
- Consultants : « playbook », « bible client », « one source of truth ».
- Réseaux sociaux : « ma bible, ce livre », recommandation personnelle.
- Publicité : « la bible du voyageur », « la bible du sportif », titre de guide.
- Conversations ordinaires : « c’est ma bible, ce livre », ton de fan absolu.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
La Bible est sacrée et marketing. Universelle et chrétienne. Lue et jamais lue. Patrimoine et dogme. Mythe et vérité. C’est un livre et c’est tout sauf un livre. Indispensable à la culture et oubliée des programmes scolaires.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que la Bible reste, qu’on le veuille ou non, un soubassement culturel massif de la culture occidentale — Debray a beau jeu de rappeler qu’on ne comprend pas la peinture, la musique, la littérature européennes sans elle. Mais que cette dette culturelle coexiste avec un illettrisme religieux croissant.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Régis Debray l’a dit à plusieurs reprises : il y a une “intelligence du fait religieux” qui manque à la France laïque. La Bible n’est pas seulement un texte religieux ; c’est l’arrière-plan culturel sans lequel on ne comprend ni la Renaissance, ni Camus, ni Bach. Northrop Frye, dans Le grand code, a montré qu’elle structure une grande partie de la littérature occidentale. Aujourd’hui, on l’évoque sans la lire. C’est moins une perte de foi qu’une perte d’érudition. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Bible : livre dont on dit qu’il est essentiel et qu’on cite plus que tout autre, sans qu’on ait pris le temps d’en finir un seul Évangile.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
La Bible est partout — c’est précisément ce qui dispense de la lire.