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Signe

signe #

1. DÉFINITION REÇUE #

Élément qui en représente un autre, qu’on convoque pour parler linguistique (« signe linguistique »), astrologie (« signes du zodiaque »), médecine (« signes cliniques »), et destin (« mauvais signe »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est un signe. »
  • « C’est un signe du destin. »
  • « C’est devenu un mauvais signe. »
  • « C’est l’éternel signe. »
  • « C’est un signe avant-coureur. »
  • « C’est un bon signe. »
  • « C’est faire signe à quelqu’un. »
  • « C’est sous le signe de… »
  • « C’est un signe extérieur de richesse. »
  • « C’est sans signe. »
  • « C’est un signe des temps. »
  • « C’est un signe distinctif. »
  • « C’est dans le signe qu’on est. »
  • « C’est l’âme du sens. »
  • « C’est un signe encourageant. »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

Le « signe linguistique » (Saussure, Cours de linguistique générale, 1916 : signifiant/signifié). « Signes des temps » (Matthieu 16:3). Les 12 signes du zodiaque (astrologie occidentale). Le « signe de la croix » (chrétien). « Faire signe ». « Mauvais signe ! » (cliché superstition). Les « signes extérieurs de richesse » (montre, voiture, fiscalité ISF). « Sous le signe de… » (astrologique, métaphorique). Roland Barthes (Mythologies, 1957 ; L’empire des signes, 1970, sur le Japon). Sémiologie (Peirce icône-indice-symbole, Collected Papers, 1931-1958). « Signes vitaux » (médecine).

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Signe / chose. Signe / symbole. Naturel / arbitraire. Bon / mauvais signe. Signifiant / signifié. Indice / icône. Astrologique / médical.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « Faut lire les signes. »
  • « C’est un signe. »
  • « C’est l’éternel signe. »
  • « C’est l’âme du sens. »
  • « C’est un signe des temps. »
  • « C’est un signe encourageant. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« Le signe est moins une chose qu’un consentement à se laisser interpréter. » « Toute société se mesure aux signes qu’elle déchiffre. » « Le signe est l’autre nom de la chose en remplacement. » « Sans signe, pas de sens ; sans sens, plus de signe. » « Le signe arbitraire est l’envers du signe motivé. » Convient à un livre de Ferdinand de Saussure (Cours de linguistique générale, 1916), à un essai de Charles Sanders Peirce (sur l’icône-indice-symbole), à un texte de Roland Barthes (L’empire des signes, 1970).

7. CLICHÉS PAR MILIEU #

  • Médias : « les signes des temps », « signe avant-coureur », rituels d’analyse.
  • Entreprises : « signs of growth », « warning signs », jargon ; KPI comme signes.
  • Politiques : « signal politique fort » ; « signaux faibles », jargon stratégique.
  • Intellectuels : Ferdinand de Saussure (Cours de linguistique générale, posthume 1916, signe = signifiant + signifié) ; Charles Sanders Peirce (Collected Papers, 1931-1958, sémiotique triadique : icône, indice, symbole) ; Roland Barthes (Mythologies, 1957 ; Éléments de sémiologie, 1964 ; L’empire des signes, 1970) ; Umberto Eco (Le signe, 1973 ; La structure absente, 1968).
  • Consultants : « weak signals » (signaux faibles, prospective), « early warning signs », jargon.
  • Réseaux sociaux : « zodiac sign » (astrologie populaire massive depuis 2015) ; mèmes astrologiques.
  • Publicité : « signe distinctif », argument luxe (Hermès H, Louis Vuitton monogramme).
  • Conversations ordinaires : « c’est un signe ! », interprétation superstitieuse ; « il m’a fait signe », anecdote.

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

Ferdinand de Saussure, dans le Cours de linguistique générale (publication posthume 1916, à partir des notes de cours 1906-1911 par Charles Bally et Albert Sechehaye), a posé le « signe linguistique » comme union de signifiant (image acoustique) et signifié (concept) — relation arbitraire (pas de motivation naturelle) et immutable-mutable (figé synchroniquement, transformable diachroniquement). Charles Sanders Peirce a forgé la sémiotique triadique : icône (signe par ressemblance : portrait), indice (signe par contiguïté causale : fumée pour feu), symbole (signe par convention : mot, drapeau). Roland Barthes (Mythologies, 1957) applique la sémiologie aux objets ordinaires (steak-frites, lessive, plastique) ; dans L’empire des signes (1970), il analyse le Japon comme « système de signes » différent de l’Occident. L’astrologie populaire (« quel est ton signe ? ») a connu un retour fort depuis 2015 (applications Co-Star, The Pattern).

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’a démontré Ferdinand de Saussure dans le Cours de linguistique générale (posthume 1916), le « signe » linguistique est arbitraire — il n’y a pas de lien naturel entre les sons « arbre » et l’objet végétal qu’ils désignent (différent en allemand Baum, en arabe šajara). Cette arbitrarité fondamentale renverse l’illusion adamique d’un langage naturel. Et que comme l’a analysé Roland Barthes dans Mythologies (1957), la société moderne ne se contente pas de produire des signes — elle produit des « mythes » (signes au second degré, naturalisés) qui font apparaître comme évidents et naturels des arrangements idéologiquement construits.

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« Ferdinand de Saussure (1857-1913), dans le Cours de linguistique générale (publication posthume 1916, par ses étudiants Charles Bally et Albert Sechehaye, d’après les notes des trois cours dispensés à Genève 1906-07, 1908-09, 1910-11), a posé le signe linguistique comme dyade signifiant (image acoustique) / signifié (concept) — relation arbitraire (pas de motivation : aliquid stat pro aliquo en latin scolastique) et linéaire (les sons se déploient dans le temps). Charles Sanders Peirce (1839-1914), dans ses Collected Papers (publiés 1931-1958, Harvard), a forgé la sémiotique triadique : icône (par ressemblance), indice (par contiguïté causale), symbole (par convention). Roland Barthes, dans Mythologies (1957, articles parus dans Les Lettres Nouvelles 1954-1956), a analysé le mythe comme “métalangage” qui naturalise l’idéologique ; puis Éléments de sémiologie (Communications n°4, 1964), L’empire des signes (1970, sur le Japon comme système signifiant alternatif). Umberto Eco, dans Le signe (1973) et La structure absente (1968), a synthétisé sémiologie européenne et sémiotique peircienne. L’astrologie populaire occidentale repose sur les 12 signes du zodiaque (origines babyloniennes ~5e siècle av. J.-C., systématisation par Ptolémée Tétrabible IIe siècle). »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Signe : élément qui en représente un autre qu’on déclare « du destin » d’autant plus volontiers qu’il confirme ce qu’on avait déjà décidé de faire.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

C’est un signe ! — c’est ce qu’on dit pour transformer une coïncidence en justification d’une décision déjà prise.

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