Index Lettre T

Tatouage

tatouage #

1. DÉFINITION REÇUE #

Marque indélébile sur la peau, qu’on convoque pour parler identité (« mon tatouage me ressemble »), tribu (« tatouage tribal »), regret (« je le regrette »), et marquage (« tatouage carcéral »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est le tatouage. »
  • « C’est mon premier tatouage. »
  • « C’est devenu un tatouage tendance. »
  • « C’est l’éternel tatouage. »
  • « C’est un tatouage tribal. »
  • « C’est se faire tatouer. »
  • « C’est se faire détatouer. »
  • « C’est un tatouage symbolique. »
  • « C’est un tatouage en mémoire de… »
  • « C’est sans tatouage. »
  • « C’est un tatouage de prisonnier. »
  • « C’est un tatouage discret. »
  • « C’est dans le tatouage qu’on est. »
  • « C’est l’âme du marquage. »
  • « C’est un tatouage à vie. »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

Ötzi (homme des glaces, ~3300 av. J.-C., 61 tatouages — premier tatoué connu, Italie 1991). Le tatouage moko maori (Nouvelle-Zélande). Les Yakuzas japonais (irezumi). Les marins du XIXe siècle. Les marquages d’esclaves (stigmates, étymologie stigma grec). Les tatouages des camps de concentration (Auschwitz-Birkenau, ~400 000 numéros depuis 1942). Le tatouage carcéral (prison tattoos). « Je m’inscris dans la peau ». Le tatouage chez les Inuits, Berbères. Le Cantique de Salomon « grave-moi comme un sceau sur ton bras » (8:6). La Saint Death mexicaine. Memento (Christopher Nolan, 2000). Hello Kitty et le tatouage kawaii. Ed Hardy. La tattoo culture USA depuis ~1970.

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Tatouage / piercing. Tatouage / cicatrice. Volontaire / imposé. Visible / caché. Petit / grand. Tribal / moderne. Définitif / amovible.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « Faut bien réfléchir avant de se tatouer. »
  • « C’est mon premier tatouage. »
  • « C’est l’éternel tatouage. »
  • « C’est l’âme du marquage. »
  • « C’est un tatouage symbolique. »
  • « C’est un tatouage à vie. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« Le tatouage est moins une marque qu’un consentement à se laisser inscrire. » « Toute société se mesure aux tatouages qu’elle autorise. » « Le tatouage est l’autre nom du soi sur la peau. » « Sans tatouage, pas de peau pleine ; sans peau pleine, plus de tatouage. » « Le tatouage tribal est l’envers du tatouage individuel. » Convient à un livre de David Le Breton (Signes d’identité. Tatouages, piercings et autres marques corporelles, 2002), à un essai de Margo DeMello (Bodies of Inscription, 2000), à un texte de Pascal Bruckner (La tentation de l’innocence, 1995).

7. CLICHÉS PAR MILIEU #

  • Médias : « tatouage tendance », « regrets de tatouage », rubriques lifestyle.
  • Entreprises : « tattoos and the workplace », débats RH (banques, conservatisme vs créativité).
  • Politiques : peu présent (sauf marquage extrême droite, mémoire des camps).
  • Intellectuels : David Le Breton (Signes d’identité. Tatouages, piercings et autres marques corporelles, 2002 ; Anthropologie du corps et modernité, 1990) ; Margo DeMello (Bodies of Inscription. A Cultural History of the Modern Tattoo Community, 2000) ; Michel Foucault (sur le marquage des corps).
  • Consultants : peu présent.
  • Réseaux sociaux : Instagram tattoo artists massifs (#tattoo ~250 millions de posts) ; Inked Magazine ; émissions Ink Master.
  • Publicité : tattoo studios en croissance (~14% des Français tatoués 2023, IFOP — +9 points en 5 ans).
  • Conversations ordinaires : « tu as combien de tatouages ? », rituel ; « je le regrette », confidence.

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

Le tatouage a une histoire millénaire et universelle : Ötzi (homme des glaces, ~3300 av. J.-C., découvert en 1991 dans les Alpes italo-autrichiennes, 61 tatouages — points et lignes, peut-être thérapeutiques) est le premier tatoué documenté. Les sociétés tribales (Polynésiens, Maoris moko, Berbères, Inuits) pratiquent le tatouage comme marqueur d’identité, de rang, d’initiation. La psychiatrie du XIXe (Cesare Lombroso, L’homme criminel, 1876) a stigmatisé le tatouage comme signe d’atavisme criminel. Les nazis ont tatoué ~400 000 numéros aux déportés d’Auschwitz-Birkenau (1942-1945). David Le Breton, dans Signes d’identité (2002), a fait l’anthropologie sociale du tatouage contemporain — passage d’un marquage subi (criminels, marins, prisonniers) à un marquage volontaire « d’individuation » (chacun « réécrit son corps »). En France, ~14% des Français étaient tatoués en 2023 (IFOP) — +5 points depuis 2018 — avec ~600 millions d’euros de marché annuel. L’industrie du détatouage (laser) suit (~30% des tatoués envisagent le retrait).

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’a démontré David Le Breton dans Signes d’identité (2002) et Anthropologie du corps et modernité (1990), le tatouage contemporain n’est pas survivance « tribale » — c’est invention spécifiquement moderne où la peau devient surface d’inscription individuelle (« je me distingue en me marquant »), héritière paradoxale de l’individualisme romantique. Et que comme l’a documenté Margo DeMello dans Bodies of Inscription (2000), le « tattoo renaissance » américain (depuis ~1970) a transformé un marquage stigmatisant (marins, criminels) en signe culturel valorisé — bourgeoisification du tatouage qui se reflète dans son institutionnalisation.

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« Ötzi, l’homme des glaces (~3300 av. J.-C.), découvert le 19 septembre 1991 sur le glacier du Hauslabjoch (Alpes de l’Ötztal, frontière italo-autrichienne, Tyrol), porte 61 tatouages — plus ancien tatouage authentifié au monde, probablement thérapeutique (alignement avec points d’acupuncture). David Le Breton, anthropologue à Strasbourg, dans Signes d’identité. Tatouages, piercings et autres marques corporelles (2002) et Anthropologie du corps et modernité (1990), a démontré le passage du marquage tribal au marquage individuel moderne. Margo DeMello, dans Bodies of Inscription. A Cultural History of the Modern Tattoo Community (2000), a documenté le tattoo renaissance américain depuis les années 1970. Cesare Lombroso, criminologue italien, dans L’uomo delinquente (L’homme criminel, 1876, augmenté 1878, 1884, 1889), avait stigmatisé le tatouage comme signe d’atavisme criminel — théorie raciste discréditée. Les nazis ont tatoué ~400 000 numéros aux déportés d’Auschwitz-Birkenau entre l’automne 1941 et 1945 (seule expérience de tatouage systématique dans les camps nazis). En France, l’IFOP estime à ~14% le taux de Français tatoués en 2023 (vs 10% en 2018, vs 7% en 2010) — secteur d’environ 600 millions d’euros de chiffre d’affaires. Hello Kitty et la kawaii culture japonaise ont popularisé les tatouages micro-floraux depuis les années 2000. »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Tatouage : marque indélébile qu’on déclare « symbolique » d’autant plus volontiers qu’il représente un papillon ou une citation en latin qu’on a copiée sur Pinterest.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

Un tatouage symbolique — c’est ce qu’on dit pour habiller en signe identitaire un choix esthétique qu’on regrettera dans dix ans.

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