Index Lettre V

Viol

viol #

1. DÉFINITION REÇUE #

Agression sexuelle avec pénétration sans consentement, qu’on convoque pour parler droit (« le viol est un crime »), féminisme (« libération de la parole »), justice (« procès Mazan »), et politique (« culture du viol »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est le viol. »
  • « C’est un viol. »
  • « C’est devenu un sujet tabou. »
  • « C’est l’éternel viol. »
  • « C’est la culture du viol. »
  • « C’est #MeToo. »
  • « C’est libérer la parole. »
  • « C’est le consentement. »
  • « C’est un viol conjugal. »
  • « C’est sans viol. »
  • « C’est le viol comme arme de guerre. »
  • « C’est un crime imprescriptible. »
  • « C’est dans le viol qu’on est. »
  • « C’est l’âme de la violence. »
  • « C’est une plainte pour viol. »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

Le viol (René Magritte, 1934). Le procès de Mazan (Avignon, 2 septembre - 19 décembre 2024 — Gisèle Pelicot, 51 hommes condamnés, sa parole libérée). Loi française du 23 décembre 1980 (Brigitte Gros, criminalisation du viol comme crime). Le « viol conjugal » reconnu par la Cour de cassation 5 septembre 1990. La « culture du viol » (concept féministe, Susan Brownmiller Against Our Will, 1975 ; Robin Morgan). #MeToo (Tarana Burke 2006, viralisation Alyssa Milano 15 octobre 2017). Le viol comme arme de guerre (Rwanda 1994 ~250 000-500 000 femmes violées ; ex-Yougoslavie ; Soudan, Tigré). « Le silence des agneaux » et la culture du viol filmique. Affaire DSK (14 mai 2011, Nafissatou Diallo, abandon des poursuites pénales).

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Viol / agression. Consentement / contrainte. Conjugal / extérieur. Plainte / silence. Justice / prescription. Individuel / culture du viol. Femme / homme.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « Faut briser le silence. »
  • « C’est un viol. »
  • « C’est l’éternelle viol. »
  • « C’est l’âme de la violence. »
  • « C’est libérer la parole. »
  • « C’est un crime imprescriptible. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« Le viol est moins une agression qu’un consentement à se laisser nier. » « Toute société se mesure aux viols qu’elle nomme. » « Le viol est l’autre nom de la négation du consentement. » « Sans viol, pas de loi sur le viol ; sans loi, plus de viol nommé. » « La culture du viol est l’envers du droit au consentement. » Convient à un livre de Susan Brownmiller (Le viol, 1975), à un essai de Catherine MacKinnon (Toward a Feminist Theory of the State, 1989), à un texte de Virginie Despentes (King Kong Théorie, 2006).

7. CLICHÉS PAR MILIEU #

  • Médias : « libération de la parole », rituel post-2017 ; « procès historique » (Mazan 2024) ; fact-checking sur la prescription.
  • Entreprises : workplace harassment (post-Weinstein 2017) ; no tolerance policies.
  • Politiques : Grenelle des violences conjugales (3 septembre - 25 novembre 2019, Marlène Schiappa) ; loi du 3 août 2018 (Marlène Schiappa, sanction outrage sexiste, allongement prescription crimes sexuels mineurs).
  • Intellectuels : Susan Brownmiller (Against Our Will. Men, Women, and Rape, 1975, livre fondateur) ; Catherine MacKinnon (Toward a Feminist Theory of the State, 1989) ; Andrea Dworkin ; Christine Delphy (L’ennemi principal, 1970-2001) ; Virginie Despentes (King Kong Théorie, 2006) ; Rose-Marie Lagrave.
  • Consultants : training anti-harassment, consent training.
  • Réseaux sociaux : #MeToo (depuis 15 octobre 2017, ~19 millions de tweets en 24h en français) ; #BalanceTonPorc (Sandra Muller, 13 octobre 2017) ; #NousToutes.
  • Publicité : campagnes de prévention (#NeRienLaisserPasser, Stop violences).
  • Conversations ordinaires : tabou ; consentement devenu vocabulaire générationnel.

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

La loi française du 23 décembre 1980 (sénatrice Brigitte Gros, Réforme du droit pénal en matière de viol) a refondé le crime de viol (article 222-23 Code pénal) : « Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol ». Peine : 15 ans de réclusion (20 ans en circonstances aggravantes, 30 ans avec mort). Le viol conjugal a été reconnu par la Cour de cassation le 5 septembre 1990 (arrêt fondateur) puis codifié par la loi du 4 avril 2006 (article 222-22 CP). Susan Brownmiller, dans Le viol (Against Our Will. Men, Women, and Rape, 1975, ~250 000 exemplaires), a fondé la théorie féministe du viol comme « processus conscient d’intimidation par lequel tous les hommes maintiennent toutes les femmes en état de peur » (formulation controversée). La « culture du viol » (rape culture, Robin Morgan, Susan Brownmiller, années 1970) désigne l’ensemble de représentations, comportements, lois qui normalisent ou minimisent le viol. Procès de Mazan (Avignon, 2 septembre - 19 décembre 2024) : Gisèle Pelicot droguée et violée par son mari Dominique Pelicot et 50 autres hommes recrutés sur Internet (2011-2020) — 51 condamnations (15 à 20 ans pour le mari ; peines variables pour les autres). Gisèle Pelicot a demandé l’audience publique : « la honte doit changer de camp » (devenu slogan). Estimations Insee : ~94 000 viols par an en France (femmes 18-75 ans, Cadre de vie et sécurité 2017-2021) — ~1 plainte sur 10 dénoncée.

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’a démontré Susan Brownmiller dans Le viol (1975), le viol n’est pas un comportement aberrant individuel — c’est un phénomène structurel qui se nourrit d’une culture du viol (représentations, blagues, banalisations, lois indulgentes) à reformer collectivement. Et que comme l’a démontré le procès de Mazan (2024), le viol n’est pas l’affaire de « monstres » isolés — Dominique Pelicot et les 50 hommes recrutés étaient pour beaucoup des « Monsieur tout le monde » (pompier, infirmier, soldat, journaliste…), démontant le mythe du violeur « anormal ».

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« La loi française du 23 décembre 1980 (proposition de la sénatrice Brigitte Gros, République indépendante, 1925-1985) a refondé le crime de viol — article 222-23 du Code pénal : “Tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui ou sur la personne de l’auteur par violence, contrainte, menace ou surprise est un viol”, peine 15 ans de réclusion criminelle. Le viol conjugal a été reconnu par la Cour de cassation, chambre criminelle, arrêt du 5 septembre 1990 (“la présomption de consentement des époux aux actes sexuels accomplis dans l’intimité de la vie conjugale ne vaut que jusqu’à preuve contraire”), codifié par la loi du 4 avril 2006 (Sénateur Roland Courteau). Susan Brownmiller (1935-2019, journaliste-militante américaine), dans Against Our Will. Men, Women, and Rape (1975, Simon & Schuster, listé par Time parmi les “100 livres non-fiction les plus importants de 1923 à 2011”), a fondé l’analyse féministe du viol. La “rape culture” est concept forgé par Susan Brownmiller, Robin Morgan, dans le contexte du Women Against Rape Movement (NYC ~1970-1971). Christine Delphy, dans L’ennemi principal (1970, Partisans, repris vol. I 1998, vol. II 2001), a fondé le féminisme matérialiste français. Catherine MacKinnon (juriste américaine, Yale puis Michigan), dans Toward a Feminist Theory of the State (1989), a posé le viol comme institution patriarcale. Virginie Despentes, dans King Kong Théorie (2006, Grasset), a écrit un manifeste post-MeToo avant la lettre. Le procès de Mazan (cour criminelle départementale du Vaucluse, Avignon, 2 septembre - 19 décembre 2024) a vu 51 hommes jugés pour les viols infligés à Gisèle Pelicot par son mari Dominique Pelicot et 50 hommes recrutés via le site Coco.fr (2011-2020) — verdicts 19 décembre 2024 : 20 ans pour Dominique Pelicot, peines de 3 à 15 ans pour les autres ; un acquittement infirmé en appel. Gisèle Pelicot a demandé l’audience publique le 5 septembre 2024 : “la honte doit changer de camp”. #MeToo a été lancé par Tarana Burke en 2006 (mouvement Just Be Inc.), viralisé par Alyssa Milano sur Twitter le 15 octobre 2017 (~19 millions de tweets en 24h en français). En France, #BalanceTonPorc a été lancé par la journaliste Sandra Muller le 13 octobre 2017. »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Viol : agression sexuelle qu’on déclare « intolérable » d’autant plus volontiers qu’on continue à excuser les « zones grises » qu’on identifie dans le comportement de ses amis.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

La honte doit changer de camp — c’est ce qu’a dit Gisèle Pelicot pour rappeler à une société qu’elle s’était trompée d’adresse depuis des siècles.

ou r pour un saut aléatoire

Raccourcis clavier

⌘K ou Ctrl+K
Ouvrir l'index
g i
Ouvrir l'index
g h
Accueil
g r
Recherche plein texte
g g
Graphe
g l
Lecture continue
n
Entrée suivante (mode lecture)
r
Entrée au hasard
j
Entrée suivante
k
Entrée précédente
?
Afficher cette aide
Échap
Fermer l'aide ou l'index