Index Lettre I

Intimité

intimité #

1. DÉFINITION REÇUE #

Sphère de la vie privée, ou proximité entre êtres, qu’on convoque pour parler vie privée (« le droit à l’intimité »), couple (« intimité conjugale »), surveillance (« atteinte à l’intimité »), et exhibition (« l’intimité partagée sur Instagram »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est l’intimité. »
  • « C’est le droit à l’intimité. »
  • « C’est l’intimité du couple. »
  • « C’est devenue une intimité partagée. »
  • « C’est l’éternelle intimité. »
  • « C’est l’intimité bafouée. »
  • « C’est atteinte à l’intimité. »
  • « C’est l’intimité numérique. »
  • « C’est l’intimité retrouvée. »
  • « C’est l’intimité préservée. »
  • « C’est l’intimité du corps. »
  • « C’est l’intimité familiale. »
  • « C’est dans l’intimité qu’on est. »
  • « C’est l’âme du privé. »
  • « C’est l’intimité dévoilée. »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

La chambre à coucher. La salle de bain. Le journal intime. La lettre cachetée. L’« intimité partagée » des téléréalités (depuis Loft Story 2001). L’« intimité numérique » des données. Les caméras de surveillance. Le « privacy by design » du RGPD. Le « droit à l’oubli ». Le « voyeurisme » médiatique. L’« intimité conjugale » du Code civil. L’« intimité spirituelle » des mystiques.

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Intimité / public. Intimité / vie privée. Préservée / exposée. Numérique / charnelle. Choisie / subie. Conjugale / amicale. Sacrée / profanée.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « Faut respecter l’intimité. »
  • « C’est le droit à l’intimité. »
  • « C’est l’éternelle intimité. »
  • « C’est l’âme du privé. »
  • « C’est l’intimité bafouée. »
  • « Sans intimité, plus de soi. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« L’intimité est moins un espace qu’un consentement à se retirer du regard. » « Toute société se mesure à l’intimité qu’elle protège. » « L’intimité est l’autre nom du soi soustrait. » « Sans intimité, pas de sujet ; sans sujet, plus d’intimité. » « L’intimité partagée est l’envers de l’intimité gardée. » Convient à un livre de Hannah Arendt (Condition de l’homme moderne) sur la distinction privé/public, à un essai de Serge Tisseron sur l’extimité, à un texte de Michel Foucault sur la vie privée.

7. CLICHÉS PAR MILIEU #

  • Médias : « atteinte à l’intimité », rituels post-révélations.
  • Entreprises : « privacy », « data privacy », RGPD compliance.
  • Politiques : « vie privée des élus », débat récurrent ; « droit à l’oubli ».
  • Intellectuels : Hannah Arendt (Condition de l’homme moderne) ; Serge Tisseron (« extimité ») ; Antoinette Rouvroy (vie privée numérique) ; Eva Illouz sur l’intimité contemporaine.
  • Consultants : « privacy first », « privacy by design ».
  • Réseaux sociaux : paradoxe massif — exhibition de l’intime ; partage de stories « privées ».
  • Publicité : « pour votre intimité », hygiène intime ; « privacy » Apple.
  • Conversations ordinaires : « c’est mon intimité », défense ; « il a violé son intimité », accusation.

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

L’intimité est défendue (en droit, RGPD) et exposée (en pratique sur les réseaux sociaux). La « pudeur » contemporaine coexiste avec une exhibition de l’intime sans précédent (Serge Tisseron parle d’« extimité »). Le « droit à l’oubli » européen (CJUE 2014) est conquête juridique majeure, peu connue. Les téléréalités ont normalisé l’effraction de l’intime depuis 2001 (Loft Story). L’intimité numérique est massivement compromise (Cambridge Analytica, Pegasus, ANSSI alertes) sans que les comportements changent.

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’a posé Hannah Arendt dans Condition de l’homme moderne (1958), la distinction privé/public/social est historiquement construite — l’« intimité » comme sphère valorisée est une invention moderne. Et que comme l’a documenté Serge Tisseron avec son concept d’« extimité » (2001), les contemporains ne renoncent pas à l’intime — ils ont besoin de le partager pour s’en assurer. L’exhibition n’est pas l’inverse de l’intimité, c’en est une mutation.

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« Hannah Arendt, dans Condition de l’homme moderne (1958), a distingué privé (oikos), public (polis) et social — l’intimité comme sphère valorisée est une invention bourgeoise du XIXe. Serge Tisseron, psychiatre, a forgé le concept d‘“extimité” (2001) pour décrire le besoin contemporain de partager l’intime — pas son contraire, sa mutation. Antoinette Rouvroy travaille la “vie privée numérique” et ses dispositifs (RGPD, “droit à l’oubli” CJUE 2014). Eva Illouz, dans Pourquoi l’amour fait mal, a sociologisé l’intimité contemporaine — entrée dans le marché, médiée par la psychologie thérapeutique. »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Intimité : sphère privée qu’on revendique tout en la postant sur Instagram pour s’assurer qu’elle existe.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

Le droit à l’intimité — c’est ce qu’on dit pour défendre ce qu’on est en train d’exhiber par ailleurs.

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