Terroriste
terroriste #
1. DÉFINITION REÇUE #
Personne ou groupe usant de la violence politique contre des civils, qu’on convoque pour parler 11 septembre (« acte terroriste »), État (« lutte antiterroriste »), polémique (« l’un est terroriste, l’autre combattant »), et médias (« attentat terroriste »).
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est le terroriste. »
- « C’est un acte terroriste. »
- « C’est devenu une menace terroriste. »
- « C’est l’éternel terroriste. »
- « C’est la lutte antiterroriste. »
- « C’est l’un est terroriste, l’autre combattant de la liberté. »
- « C’est la menace terroriste. »
- « C’est un attentat terroriste. »
- « C’est radicalisation terroriste. »
- « C’est sans terroriste. »
- « C’est le terrorisme islamiste. »
- « C’est le terrorisme intérieur. »
- « C’est dans le terrorisme qu’on est. »
- « C’est l’âme de la violence politique. »
- « C’est une attaque terroriste. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
La « Terreur » révolutionnaire (5 septembre 1793 - 27 juillet 1794, Robespierre). Le 11 septembre 2001 (~2977 morts, World Trade Center et Pentagon). Charlie Hebdo (7 janvier 2015, 12 morts ; Je suis Charlie). Bataclan (13 novembre 2015, 130 morts, 416 blessés). Nice (14 juillet 2016, 86 morts). Le plan Vigipirate (depuis 1978, élevé après chaque attentat). « War on Terror » (George W. Bush, 20 septembre 2001). « L’un est terroriste, l’autre est combattant de la liberté » (cliché géopolitique). Hostis humani generis (ennemi du genre humain). Action directe (1979-1987). Brigades rouges italiennes (1970-1988). IRA (1969-2005).
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Terroriste / combattant. Terroriste / criminel. Endogène / exogène. Religieux / politique. Loup solitaire / réseau. État / non-étatique. Cause juste / méthode.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut lutter contre le terrorisme. »
- « C’est un acte terroriste. »
- « C’est l’éternel terroriste. »
- « C’est l’âme de la violence politique. »
- « C’est la menace terroriste. »
- « C’est une attaque terroriste. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Le terrorisme est moins une stratégie qu’un consentement à se laisser terrifier. » « Toute société se mesure au terrorisme qu’elle nomme. » « Le terrorisme est l’autre nom de la guerre asymétrique. » « Sans terreur, pas de terrorisme ; sans terrorisme, plus de terreur. » « Le terroriste de l’un est l’envers du combattant de l’autre. » Convient à un livre de Gilles Kepel (Terreur dans l’Hexagone, 2015), à un essai d’Olivier Roy (Le djihad et la mort, 2016), à un texte d’Hannah Arendt (Les origines du totalitarisme, 1951).
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « attentat terroriste », rituel ; « radicalisation », mot-clé ; bandeau « édition spéciale ».
- Entreprises : risque terroriste, plans de continuité ; travel security.
- Politiques : « lutte antiterroriste » (consensus transversal) ; lois Cazeneuve 2014, 2016, Collomb 2017 (SILT — Sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme, 30 octobre 2017).
- Intellectuels : Gilles Kepel (Terreur dans l’Hexagone. Genèse du djihad français, 2015) ; Olivier Roy (Le djihad et la mort, 2016) ; Farhad Khosrokhavar (Le nouveau djihad en Occident, 2018) ; Hannah Arendt (Les origines du totalitarisme, 1951) ; Bruce Hoffman (Inside Terrorism, 1998).
- Consultants : risk management, crisis communication post-attentat.
- Réseaux sociaux : #JeSuisCharlie (depuis 7 janvier 2015) ; #PrayFor… mèmes ; fact-checking anti-rumeurs post-attentat.
- Publicité : peu présent.
- Conversations ordinaires : « t’as vu l’attentat », question banalisée ; « risque terroriste », justification de comportements sécuritaires.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Le terme « terreur » vient de la Révolution française : la « Terreur » est la période du 5 septembre 1793 (mesures contre les ennemis de la Révolution) au 27 juillet 1794 (chute de Robespierre, 9 thermidor an II) — Comité de salut public, ~16 000 condamnés à mort, ~25 000 morts en province. « Terrorisme » comme stratégie politique remonte aux nihilistes russes (assassinat Alexandre II, 1er mars 1881) et aux anarchistes (Sadi Carnot, 24 juin 1894). Le 11 septembre 2001 (Al-Qaïda, 19 pirates de l’air, World Trade Center à 8h46 et 9h03, Pentagon 9h37, Shanksville 10h03) — ~2977 morts — a déclenché la « War on Terror » de George W. Bush (discours au Congrès le 20 septembre 2001). En France : Charlie Hebdo (7 janvier 2015 par les frères Kouachi, ~12 morts dont 8 caricaturistes), Hyper Cacher (9 janvier 2015 par Amedy Coulibaly, 4 morts), Bataclan-Stade de France-terrasses (13 novembre 2015 par Daech, 130 morts, 416 blessés), Nice (14 juillet 2016 par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, 86 morts). Gilles Kepel (Terreur dans l’Hexagone, 2015) vs Olivier Roy (Le djihad et la mort, 2016) : « radicalisation de l’islam » (Kepel) contre « islamisation de la radicalité » (Roy) — controverse intellectuelle structurante.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a démontré Olivier Roy dans Le djihad et la mort (2016), le djihadisme contemporain n’est pas le produit d’une « radicalisation religieuse » (thèse Kepel) — c’est plutôt une islamisation de la radicalité, où des jeunes en quête de rupture absolue trouvent dans le djihad un cadre eschatologique. Et que comme l’a démontré Hannah Arendt dans Sur la violence (1970), le terrorisme n’est pas un absolu de la violence politique — il est typiquement le moyen des faibles (États en crise, groupes minoritaires) qui ont perdu le pouvoir de mobiliser des forces régulières et substituent la peur disproportionnée à la force réelle.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« La “Terreur” révolutionnaire (5 septembre 1793 - 27 juillet 1794 / 9 thermidor an II) a inauguré le vocabulaire — ~16 000 condamnés à mort par le Tribunal révolutionnaire, ~25 000 morts en province (Vendée). Le “terrorisme” comme stratégie politique émerge avec les nihilistes russes (Narodnaïa Volia, assassinat d’Alexandre II le 1er mars 1881) et les anarchistes “propagandistes par le fait” (Émile Henry, Auguste Vaillant, Sante Geronimo Caserio assassinant Sadi Carnot le 24 juin 1894). Les attentats du 11 septembre 2001 (Al-Qaïda, 19 pirates de l’air sous Mohamed Atta, ~2977 morts dont 2753 au World Trade Center, 184 au Pentagone, 40 à Shanksville) ont déclenché la War on Terror de George W. Bush (discours au Congrès du 20 septembre 2001, “Either you are with us, or you are with the terrorists”). En France : Charlie Hebdo (7 janvier 2015 par les frères Saïd et Chérif Kouachi, 12 morts dont Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré, Bernard Maris), Hyper Cacher (9 janvier 2015 par Amedy Coulibaly, 4 morts), Bataclan (13 novembre 2015 par Daech, 130 morts), Nice (14 juillet 2016 par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, 86 morts), Samuel Paty (16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine). Gilles Kepel, dans Terreur dans l’Hexagone. Genèse du djihad français (2015), pose la “radicalisation de l’islam”. Olivier Roy, dans Le djihad et la mort (2016), répond par “l’islamisation de la radicalité” — controverse structurante. La loi SILT (Sécurité intérieure et lutte contre le terrorisme) du 30 octobre 2017 (Gérard Collomb) a intégré dans le droit commun des mesures de l’état d’urgence (2015-2017). »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Terroriste : auteur de violence politique qu’on déclare « ennemi de la liberté » d’autant plus volontiers qu’on a une définition à géométrie variable selon ses sympathies politiques.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
La menace terroriste — c’est ce qu’on évoque pour justifier des mesures sécuritaires qu’on n’aurait pas pu faire passer autrement.