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Peau

peau #

1. DÉFINITION REÇUE #

Enveloppe externe du corps, qu’on convoque pour parler corps (« avoir la peau dure »), racisme (« couleur de peau »), intimité (« peau à peau »), et cosmétique (« prendre soin de sa peau »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est la peau. »
  • « C’est la peau dure. »
  • « C’est devenu une peau de chagrin. »
  • « C’est l’éternelle peau. »
  • « C’est la couleur de peau. »
  • « C’est la peau à peau. »
  • « C’est risquer sa peau. »
  • « C’est avoir la peau. »
  • « C’est faire peau neuve. »
  • « C’est la peau de l’ours. »
  • « C’est dans sa peau. »
  • « C’est la peau et les os. »
  • « C’est dans la peau qu’on est. »
  • « C’est l’âme du corps. »
  • « C’est la peau du juste. »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

La peau de chagrin d’Honoré de Balzac (1831, talisman). Peau noire, masques blancs de Frantz Fanon (1952). Le « peau à peau » mère-bébé (recommandé OMS). La « peau dure » de l’expression. La « racisme du faciès » et la couleur de peau. Le « risquer sa peau » de l’aventurier. Le « être bien dans sa peau ». Le « faire peau neuve » du renouveau. La « peau de banane » du piège. Le « peeling » cosmétique. La « peau de chagrin » qui rétrécit (Balzac).

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Peau / chair. Peau / âme. Couleur de peau (racialisation). Dure / sensible. Belle / abîmée. Naturelle / cosmétique. Bien / mal dans sa peau.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « C’est la peau. »
  • « C’est avoir la peau dure. »
  • « C’est l’éternelle peau. »
  • « C’est l’âme du corps. »
  • « C’est faire peau neuve. »
  • « C’est risquer sa peau. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« La peau est moins une enveloppe qu’un consentement à se laisser toucher. » « Toute société se mesure aux peaux qu’elle classe. » « La peau est l’autre nom de la frontière du sujet. » « Sans peau, pas de toucher ; sans toucher, plus de peau. » « La peau dure est l’envers de la peau sensible. » Convient à un livre de Frantz Fanon (Peau noire, masques blancs), à un essai de Didier Anzieu (Le Moi-peau, 1985), à un texte de David Le Breton sur la peau.

7. CLICheS PAR MILIEU #

  • Médias : « couleur de peau », « peau de chagrin », rituels.
  • Entreprises : « skin in the game » (Taleb 2017).
  • Politiques : « couleur de peau » et débat sur les statistiques ethniques.
  • Intellectuels : Frantz Fanon (Peau noire, masques blancs, 1952) ; Didier Anzieu (Le Moi-peau, 1985) ; David Le Breton sur la peau ; Pap Ndiaye (sur la condition noire).
  • Consultants : « skin in the game » (Nassim Nicholas Taleb, 2018), avoir ses propres intérêts en jeu.
  • Réseaux sociaux : « skincare » massive (K-beauty, J-beauty) ; #skincare ; #skincareroutine.
  • Publicité : cosmétique massif (L’Oréal, Nivea, Vichy) ; ~10 milliards € en France.
  • Conversations ordinaires : « bien dans sa peau », bien-être ; « risquer sa peau », danger.

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

La « peau » est massivement chargée politiquement (racialisation : la « couleur de peau » comme catégorie de discrimination documentée). Frantz Fanon, dans Peau noire, masques blancs (1952), a fait de la « peau » l’opérateur central de l’aliénation coloniale. Didier Anzieu, dans Le Moi-peau (1985), a fait de la peau la métaphore psychique de l’enveloppe du moi. Le « peau à peau » mère-bébé est recommandé OMS pour le développement nourrisson. L’industrie cosmétique (« skincare ») a explosé depuis 2010 — ~10 milliards € en France, K-beauty coréen mondialisé.

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’a démontré Frantz Fanon dans Peau noire, masques blancs (1952), la « couleur de peau » est moins une donnée biologique qu’un opérateur politique de classement et de domination — la « racialisation » est un dispositif historique précis (colonialisme, esclavage). Et que comme l’a posé Didier Anzieu dans Le Moi-peau (1985), la peau est moins une enveloppe biologique qu’une structure psychique — la « peau » est ce qui sépare et relie le moi à l’autre.

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« Frantz Fanon, psychiatre martiniquais (1925-1961), dans Peau noire, masques blancs (1952), a fait de la peau l’opérateur central de l’aliénation coloniale — le Noir voit son corps à travers le regard du Blanc. Didier Anzieu, dans Le Moi-peau (1985), a forgé une notion psychanalytique majeure : la peau comme métaphore de l’enveloppe du moi — fonction de contention, de contact, de protection. David Le Breton a sociologisé la peau. Nassim Nicholas Taleb, dans Skin in the Game (2018), a forgé “avoir sa peau en jeu” comme principe éthique : ne décider que pour ce dont on assume les conséquences. Balzac, dans La peau de chagrin (1831), a forgé la métaphore d’un talisman qui rétrécit avec chaque vœu — métaphore de la vie qui se consume. »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Peau : enveloppe externe du corps qu’on déclare « ne plus tenir compte » au moment où on la mentionne précisément.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

La couleur de peau ne compte pas — c’est ce qu’on dit pour décrire un fait social qu’on s’apprête à mentionner.

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