Père
père #
1. DÉFINITION REÇUE #
Homme qui a engendré un enfant, qu’on convoque pour parler famille (« la place du père »), psychanalyse (« nom-du-père »), religion (« Dieu le Père »), et autorité (« père fouettard »).
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est le père. »
- « C’est le père Noël. »
- « C’est devenu un père absent. »
- « C’est l’éternel père. »
- « C’est le père fouettard. »
- « C’est tel père tel fils. »
- « C’est le père de famille. »
- « C’est le père manquant. »
- « C’est le bon père de famille. »
- « C’est devenir père. »
- « C’est la défaillance du père. »
- « C’est le père idéal. »
- « C’est dans le père qu’on est. »
- « C’est l’âme de la filiation. »
- « C’est le nom-du-père. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
« Dieu le Père » (chrétien). Le complexe d’Œdipe (Freud, 1899). Le « Nom-du-Père » lacanien (1953). Père Noël (légende du IVe siècle, modernisé Coca-Cola 1931). Père fouettard. Le père Goriot (Balzac, 1835). Lettre au père (Kafka, 1919). « Tel père, tel fils ». La « défaillance paternelle » (psychanalyse). Le « bon père de famille » (Code civil, supprimé en 2014). Père Lustucru, père Noël, père de la nation. Charles Pasqua « père de la loi », Michel Rocard « père du RMI ». La « fête des pères » (instituée en France 1950, USA 1910).
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Père / mère. Père / fils. Présent / absent. Autoritaire / permissif. Biologique / adoptif. Père / paternité. Père réel / Père symbolique.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut un père. »
- « C’est tel père tel fils. »
- « C’est l’éternel père. »
- « C’est l’âme de la filiation. »
- « C’est le bon père de famille. »
- « C’est devenir père. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Le père est moins un géniteur qu’un consentement à transmettre. » « Toute société se mesure aux pères qu’elle laisse. » « Le père est l’autre nom de la loi instituée. » « Sans père, pas de filiation ; sans filiation, plus de père. » « Le père réel est l’envers du père symbolique. » Convient à un livre de Sigmund Freud (Totem et tabou, 1913), à un essai de Jacques Lacan (sur le « Nom-du-Père »), à un texte de Pierre Legendre (L’inestimable objet de la transmission, 1985).
7. CLICheS PAR MILIEU #
- Médias : « père absent », « défaillance paternelle », rituels de société.
- Entreprises : « père du concept », « père fondateur », rhétorique.
- Politiques : « pères fondateurs » (Schuman, Adenauer, Monnet pour l’Europe) ; « père de la nation » (de Gaulle, Mandela, Lula).
- Intellectuels : Sigmund Freud (Totem et tabou, 1913 ; L’avenir d’une illusion, 1927) ; Jacques Lacan (« Nom-du-Père », séminaire 1953 ; « Métaphore paternelle ») ; Pierre Legendre (L’inestimable objet de la transmission, 1985) ; Élisabeth Roudinesco (La famille en désordre, 2002).
- Consultants : « founding father » de méthode, formule.
- Réseaux sociaux : « bonjour papa », tendresse ; « daddy issues » mémique.
- Publicité : père-protecteur, père-cool, archétypes.
- Conversations ordinaires : « mon père », omniprésent ; « le père manque », sociologie diagnostique.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
La « défaillance paternelle » est diagnostic culturel massif (Charles Melman, L’homme sans gravité, 2002 ; Michel Schneider, Big Mother, 2002) — mais critiqué comme conservateur (Élisabeth Roudinesco). Sigmund Freud, dans Totem et tabou (1913), a posé le meurtre du père primitif comme matrice du social. Jacques Lacan, dans son séminaire III (1955-56, Les psychoses), a forgé le « Nom-du-Père » comme signifiant qui institue le sujet dans le symbolique — sa « forclusion » étant matrice de la psychose. L’expression « bon père de famille » a été supprimée du Code civil français en 2014 (loi égalité hommes-femmes) au profit de « personne raisonnable ». Les pères représentent ~17% des congés parentaux pris (2023, France).
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a démontré Jacques Lacan dans son séminaire (notamment « D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose », 1958), le « Nom-du-Père » est fonction symbolique qui institue le sujet dans l’ordre du langage — pas le père réel mais le signifiant qui nomme la loi. Et que comme l’a documenté Élisabeth Roudinesco dans La famille en désordre (2002), le diagnostic récurrent de « défaillance paternelle » depuis les années 1970 est plus idéologique que clinique — les structures familiales se diversifient mais les fonctions parentales restent assurées.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Sigmund Freud, dans Totem et tabou (1913), a posé le mythe du meurtre du père primitif comme matrice de la culture (interdit de l’inceste, totémisme). Jacques Lacan, dans son séminaire III Les psychoses (1955-1956) puis “D’une question préliminaire à tout traitement possible de la psychose” (1958, Écrits), a forgé le “Nom-du-Père” (Nom-du-Père) comme signifiant qui institue le sujet dans le symbolique — sa “forclusion” (Verwerfung) étant matrice de la psychose. Pierre Legendre, dans L’inestimable objet de la transmission (1985), a posé la fonction “dogmatique” du père dans la transmission anthropologique. Élisabeth Roudinesco, dans La famille en désordre (2002), a critiqué le discours conservateur sur la “défaillance paternelle” (Charles Melman L’homme sans gravité 2002, Michel Schneider Big Mother 2002). L’expression “bon père de famille” a été supprimée du Code civil en 2014 (loi égalité hommes-femmes, 4 août 2014). »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Père : homme qui a engendré un enfant qu’on déclare « absent » d’autant plus volontiers qu’on n’a pas pris la peine d’être présent.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Tel père tel fils — c’est ce qu’on dit pour expliquer un destin qu’on ne s’est jamais demandé si on aurait pu changer.