Index Lettre J

Job

job #

1. DÉFINITION REÇUE #

Emploi (anglicisme massif), qu’on convoque pour parler travail (« j’ai trouvé un job »), startup (« j’ai changé de job »), petits boulots (« job d’été »), et carrière (« le job de ses rêves »).

2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #

  • « C’est le job. »
  • « C’est mon job. »
  • « C’est un bon job. »
  • « C’est un job de rêve. »
  • « C’est un job d’été. »
  • « C’est devenu un job alimentaire. »
  • « C’est l’éternel job. »
  • « C’est faire son job. »
  • « C’est un job à plein temps. »
  • « C’est un side job. »
  • « C’est trouver un job. »
  • « C’est changer de job. »
  • « C’est dans le job qu’on est. »
  • « C’est l’âme du travail. »
  • « C’est good job ! »

3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #

Le costume cravate du « job d’entreprise ». L’« open space » des startups. Le CV LinkedIn. Le « job interview » (entretien). Le « new job » fêté sur Instagram. Le « job d’étudiant » serveur. Le « side hustle » (activité parallèle). Le « job security ». Le « dream job ». Le « good job » du manager paternaliste. Le « job de merde » assumé sur Twitter.

4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #

Job / travail. Job / vocation. Job / carrière. Alimentaire / passion. Salarié / freelance. Plein temps / part-time. Permanent / précaire.

5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #

  • « Faut un bon job. »
  • « C’est un job de rêve. »
  • « C’est l’éternel job. »
  • « C’est l’âme du travail. »
  • « C’est good job ! »
  • « Faut faire son job. »

6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #

« Le job est moins un travail qu’un consentement à se définir par ce qu’on fait. » « Toute société se mesure aux jobs qu’elle offre. » « Le job est l’autre nom de l’emploi marchandisé. » « Sans job, pas de revenu ; sans revenu, plus de job. » « Le job de rêve est l’envers du job alimentaire. » Convient à un livre de David Graeber (Bullshit Jobs), à un essai de Dominique Méda sur le travail, à un texte de Hartmut Rosa sur l’accélération du travail.

7. CLICHÉS PAR MILIEU #

  • Médias : « les jobs de demain », « job killer » (IA), rituels.
  • Entreprises : « job description », « job satisfaction », « job security », omniprésent.
  • Politiques : « créer des jobs », rhétorique politique américanisée.
  • Intellectuels : David Graeber (Bullshit Jobs, 2018) ; Dominique Méda ; Hartmut Rosa ; Christophe Dejours (clinique du travail).
  • Consultants : « job to be done », « job matching ».
  • Réseaux sociaux : « nouveau job » LinkedIn, ritualité quasi-obligatoire ; #newjob.
  • Publicité : « trouvez votre job », Indeed, Welcome to the Jungle.
  • Conversations ordinaires : « quel est ton job ? », première question polite ; « j’ai changé de job », signal.

8. CONTRADICTIONS COURANTES #

Le « job » est anglicisme massif (introduit dans le français des années 1960) et bien plus utilisé que « emploi » ou « poste » dans certaines générations. Le mot suggère légèreté (par opposition au « travail » lourd) mais désigne souvent du travail salarié à part entière. Le « job de rêve » coexiste avec la massivité des « jobs alimentaires » et des « bullshit jobs » (Graeber). La rhétorique startup du « passion-driven job » s’effrite face aux conditions matérielles (low-coding mass, gig economy).

9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #

Que comme l’a documenté David Graeber dans Bullshit Jobs (2018), une large part des emplois contemporains est perçue par ceux qui les occupent comme inutile, voire nuisible — phénomène massif dans les bureaucraties privées et publiques. Et que comme l’a posé Dominique Méda dans Le travail, une valeur en voie de disparition ?, le « travail-emploi » comme catégorie centrale de l’existence sociale moderne est lui-même un objet historique récent et instable.

10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #

« David Graeber, anthropologue, dans Bullshit Jobs (2018), a documenté empiriquement que 37-40% des employés américains et britanniques considèrent leur travail comme inutile — phénomène structurel des bureaucraties contemporaines. Dominique Méda, dans Le travail, une valeur en voie de disparition ? (1995), a posé la question du sens du travail dans la modernité tardive. Christophe Dejours, en clinique du travail, a documenté la souffrance au travail. L’anglicisme “job” (apparu en français au tournant 1960) remplace progressivement “emploi” — opération idéologique : le job est interchangeable, l’emploi est statut. »

11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #

Job : emploi anglicisé qu’on déclare passionnant en attendant le suivant.

12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #

J’ai changé de job — c’est ce qu’on dit pour signaler qu’on existe encore sur LinkedIn.

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