Date
date #
1. DÉFINITION REÇUE #
Indication temporelle, ou rendez-vous amoureux à l’américaine, qu’on convoque dans les deux cas pour parler engagement, événement et calendrier saturé.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est une date historique. »
- « C’est une date importante. »
- « Faut une date. »
- « C’est dans la date. »
- « C’est une date butoir. »
- « C’est une date limite. »
- « C’est l’effet date. »
- « C’est une date à retenir. »
- « C’est devenu une date anglo-saxonne. »
- « J’ai un date ce soir. »
- « C’est mon premier date. »
- « C’est un blind date. »
- « C’est un speed date. »
- « C’est devenu Tinder, le date. »
- « C’est une date qui marque. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Le calendrier déchiré. La page du carnet entourée. La grille Outlook saturée. Le carton d’invitation. Le « save the date ». Tinder swipe. Le restaurant du premier rendez-vous. La table à deux. L’horloge à minuit. Le 14-juillet, le 11-Novembre, le 8-mai. Les dates de bac, du Nouvel An, du PACS.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Date / rendez-vous. Historique / banale. Date butoir / latitude. Date / événement. Calendrier français / anglo-saxon. Premier date / suivi. Tinder / vie réelle. Officielle / privée.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Faut respecter les dates. »
- « C’est une date à marquer. »
- « C’est dans la date qu’on existe. »
- « Faut tenir les dates. »
- « C’est l’effet date qui compte. »
- « Sans date, pas d’engagement. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« La date est moins un instant qu’un consentement à se souvenir. » « Toute société se mesure aux dates qu’elle commémore. » « Le date est l’autre nom du rendez-vous mondialisé. » « Sans date, pas de mémoire ; sans mémoire, pas de soi. » « Une date est l’aboutissement d’une décision collective. » Convient à un essai de Pierre Nora (Les Lieux de mémoire), à un livre de François Hartog sur l’historicité.
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « date historique », « date butoir », formule récurrente.
- Entreprises : « deadline », « due date », « save the date ».
- Politiques : « date des élections », « date de promulgation ».
- Intellectuels : Pierre Nora sur la commémoration ; François Hartog.
- Consultants : « project deadline », « milestone ».
- Réseaux sociaux : « j’ai un date », ton fier ou anxieux.
- Publicité : Tinder, Meetic, applis de rencontre.
- Conversations ordinaires : « tu as eu un date hier ? », question rituelle.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
La date est précise et symbolique. Historique et banale. Personnelle et collective. Anglo-saxonne et adoptée. Officielle et privée. Tout est daté et plus rien n’est daté. Le date amoureux a remplacé le rendez-vous.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a montré François Hartog, notre rapport au temps est devenu « présentiste » — toutes les dates valent moins que la suivante. Et que l’« anglicisation » du « date » amoureux n’est pas anodine — c’est un import culturel qui redéfinit la rencontre comme un produit (swipe, match, end).
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« François Hartog, dans Régimes d’historicité, a montré que nous vivons dans le “présentisme” — un régime où les dates s’effacent au profit du flux continu. Pierre Nora, dans Les Lieux de mémoire, avait pourtant rappelé l’importance des dates commémorées. Aujourd’hui, le “date” amoureux à l’américaine — Tinder, swipe, match — a redéfini la rencontre comme une transaction. La rencontre française classique se mesurait par le temps ; le date américain par l’efficacité. C’est révélateur. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Date : indication calendaire ou rendez-vous amoureux, qu’on note dans Outlook ou Tinder, sans toujours savoir laquelle est la plus importante.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
C’est une date à retenir — c’est ce qu’on dit avant de noter quelque chose qu’on oubliera dans la semaine.