Plage
plage #
1. DÉFINITION REÇUE #
Étendue de sable au bord de la mer, qu’on convoque pour parler vacances (« partir à la plage »), Débarquement (« plages de Normandie »), mai 68 (« sous les pavés, la plage »), et tourisme (« plage paradisiaque »).
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est la plage. »
- « C’est la plage paradisiaque. »
- « C’est devenu une plage privée. »
- « C’est l’éternelle plage. »
- « C’est partir à la plage. »
- « C’est sous les pavés la plage. »
- « C’est les plages du Débarquement. »
- « C’est la plage de sable fin. »
- « C’est la plage sauvage. »
- « C’est la plage privatisée. »
- « C’est plage et palmiers. »
- « C’est la plage de l’enfance. »
- « C’est dans la plage qu’on est. »
- « C’est l’âme du farniente. »
- « C’est sortir de plage. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
La serviette, le parasol, le château de sable. Les plages du Débarquement (6 juin 1944 : Utah, Omaha, Gold, Juno, Sword). « Sous les pavés, la plage » (slogan mai 68). Le « cul de plage » comme paresseux. Le « beach body » de l’été. Sur la plage abandonnée (« Coquillages et crustacés », Trenet). La « plage paradisiaque » (Maldives, Polynésie). La privatisation des plages (Côte d’Azur). Le sable qui disparaît (érosion côtière, ~5 cm/an). Les plages méditerranéennes (Pampelonne à Saint-Tropez).
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Plage / mer. Publique / privée. Sable / galets. Tropicale / méditerranéenne. Sauvage / aménagée. Touristique / locale. Sable fin / sable noir.
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « C’est la plage. »
- « C’est partir à la plage. »
- « C’est l’éternelle plage. »
- « C’est l’âme du farniente. »
- « C’est sous les pavés, la plage. »
- « C’est la plage paradisiaque. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« La plage est moins un lieu qu’un consentement à ne rien faire. » « Toute société se mesure aux plages qu’elle ouvre. » « La plage est l’autre nom du loisir codifié. » « Sans plage, pas de mer ; sans mer, plus de plage. » « La plage paradisiaque est l’envers de la plage des Gilets jaunes. » Convient à un livre d’Alain Corbin (Le territoire du vide. L’Occident et le désir du rivage, 1988), à un essai sur le Débarquement (Antony Beevor), à un texte sur l’érosion côtière.
7. CLICheS PAR MILIEU #
- Médias : « plages du Débarquement », commémorations 6 juin ; « plage saison ».
- Entreprises : « beach day » corporate, « beach body » marketing.
- Politiques : « plages privatisées » (Côte d’Azur), polémique récurrente.
- Intellectuels : Alain Corbin (Le territoire du vide, 1988) ; Jean-Didier Urbain (sociologie du tourisme balnéaire) ; Antony Beevor sur le Débarquement.
- Consultants : peu présent.
- Réseaux sociaux : « beach pics » massive ; #beachlife ; #beachvibes.
- Publicité : tourisme massif, crèmes solaires, maillots de bain.
- Conversations ordinaires : « j’ai été à la plage », rituel ; « la plage de mon enfance », nostalgie.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Le « désir de plage » est récent — Alain Corbin a démontré dans Le territoire du vide (1988) qu’avant le XVIIIe siècle, la mer et la plage étaient lieux d’effroi (monstres, naufrages). La « plage » comme destination touristique apparaît avec le Romantisme et les bains de mer (Dieppe puis Biarritz, XIXe). « Sous les pavés, la plage » (mai 68) est slogan poétique — paradoxalement, signifie la libération possible sous la contrainte. Les plages du Débarquement (6 juin 1944, opération Overlord) sont mémoires majeures. Le sable disparaît globalement (érosion ~5 cm/an pour de nombreuses côtes) — fait climatique.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que comme l’a démontré Alain Corbin dans Le territoire du vide. L’Occident et le désir du rivage 1750-1840 (1988), le rapport occidental à la plage est une invention récente (XVIIIe-XIXe) — au Moyen Âge, la mer et la plage étaient effroi. Et que comme le documente la géographie côtière, l’érosion massive des plages (élévation du niveau des mers, +20 cm depuis 1900) menace de nombreux littoraux — fait climatique majeur sous-représenté dans l’imaginaire balnéaire.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Alain Corbin, dans Le territoire du vide. L’Occident et le désir du rivage 1750-1840 (1988), a démontré que le rapport occidental à la plage comme destination est une invention récente (XVIIIe-XIXe) — au Moyen Âge, la mer était effroi, monstres, naufrages. Les bains de mer apparaissent à Dieppe (1822 Duchesse de Berry) puis Biarritz (1854 Eugénie). Jean-Didier Urbain, dans Sur la plage. Mœurs et coutumes balnéaires (1994), a sociologisé la pratique. Antony Beevor a écrit D-Day. The Battle for Normandy (2009). Le slogan “sous les pavés la plage” (mai 68) est attribué à Bernard Cousin et Bernard Fritsch (peintres situationnistes). L’érosion côtière (~5 cm/an pour de nombreux littoraux français) est documentée par le BRGM. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Plage : étendue de sable au bord de la mer qu’on déclare « paradisiaque » d’autant plus volontiers qu’on est entassé sur sa serviette à côté de celle des autres.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Partir à la plage — c’est ce qu’on dit pour décrire un loisir qu’on a payé cher pour s’ennuyer paisiblement.