Boss
boss #
1. DÉFINITION REÇUE #
Anglicisme désignant le supérieur hiérarchique, qu’on emploie pour faire jeune, et qu’on a transformé sur les réseaux sociaux en figure d’auto-célébration.
2. CE QU’ON DIT TOUJOURS #
- « C’est mon boss. »
- « C’est lui le boss. »
- « Be your own boss. »
- « Like a boss. »
- « Le boss attend des résultats. »
- « C’est un bon boss. »
- « C’est un mauvais boss. »
- « C’est le big boss. »
- « C’est le sous-boss. »
- « Aujourd’hui, on est tous boss. »
- « Le boss, c’est moi. »
- « Le rapport au boss change. »
- « C’est devenu un peer-to-peer entre boss et collaborateurs. »
- « Le boss à l’ancienne, c’est fini. »
- « Lead, don’t manage : le nouveau boss. »
3. IMAGES ET MÉTAPHORES OBLIGATOIRES #
Le PDG en costume sombre. Le bureau d’angle. La voiture de fonction. Les Air Jordan en costume. Le selfie devant la pile de billets. Le t-shirt « like a boss ». Le bureau debout. Bruce Springsteen surnommé « The Boss ». Le « hustle hard » d’Instagram. La caisse claire de la « Boss DR ». Le bouton rouge de Bose.
4. FAUX DÉBATS ET OPPOSITIONS FACILES #
Boss / patron. Boss / leader. Boss / manager. Vertical / horizontal. Hiérarchique / collaboratif. Ancien / moderne. Anglicisme / français. Salarié / entrepreneur. « Vrai boss » / « pseudo-boss ».
5. MORALES PRÊTES À L’EMPLOI #
- « Sans boss, pas de cap. »
- « Trop de boss tue le boss. »
- « Le bon boss, c’est celui qui écoute. »
- « Be your own boss. »
- « Le boss, c’est aussi un humain. »
- « C’est le boss qui décide, mais avec l’équipe. »
6. PHRASES PSEUDO-PROFONDES #
« Le boss n’est plus celui qui commande, c’est celui qui inspire. » « Tout boss véritable rêve de ne plus l’être. » « Le boss est moins un statut qu’une responsabilité. » « Be your own boss : promesse libérale qui finit en auto-exploitation. » « Le boss à l’ancienne survit à ses propres réformes. » Convient à un livre de management, à un keynote inspirant.
7. CLICHÉS PAR MILIEU #
- Médias : « le boss qui dérange », portraits de PDG.
- Entreprises : « ton boss », « big boss », vocabulaire informel généralisé.
- Politiques : « le boss du gouvernement », « le boss du parti ».
- Intellectuels : Boltanski/Chiapello sur la critique du chef ; sociologie du management.
- Consultants : « bossless organization », « servant leadership », « flat hierarchy ».
- Réseaux sociaux : « girlboss », « boss energy », caption d’auto-célébration.
- Publicité : « be your own boss », « entrepreneurs », formation en ligne.
- Conversations ordinaires : « mon boss est nul », plainte universelle.
8. CONTRADICTIONS COURANTES #
Le boss est figure d’autorité et figure démocratique. Verticale et horizontale. Anglicisme cool et mépris du salarié. Indispensable et obsolète. Tout le monde veut être son propre boss et critique son boss. Be your own boss / mon boss est nul.
9. CE QUE CES CLICHÉS EMPÊCHENT DE PENSER #
Que la rhétorique « be your own boss » est massivement utilisée par les plateformes (Uber, Deliveroo, freelance) pour individualiser des risques qu’elles ne portent pas. Que le mot « boss » a remplacé « patron » pour adoucir la hiérarchie sans la supprimer.
10. VERSION « PERSONNE QUI VEUT PARAÎTRE INTELLIGENTE » #
« Boltanski et Chiapello, dans Le nouvel esprit du capitalisme, ont montré comment la critique du “patron” autoritaire des années 70 s’est retournée en figure du “leader bienveillant” — devenu aujourd’hui le “boss cool”. Ce qui a permis, paradoxalement, de précariser les salariés sous la promesse d’autonomie. “Be your own boss” est l’aboutissement parfait : on devient boss de rien, en travaillant pour des plateformes. C’est de la novlangue parfaite. »
11. ENTRÉE SATIRIQUE FINALE #
Boss : supérieur hiérarchique anglicisé, dont la version « be your own boss » consiste précisément à n’avoir personne à payer.
12. RÉSUMÉ DU LIEU COMMUN CENTRAL #
Tout le monde veut devenir son propre boss — c’est ce qu’on dit pour ne pas reconnaître qu’on travaille pour quelqu’un d’autre.